Responsables et coupables

Le droit français à l'épreuve de la diversité culturelle et des droits culturels et linguistiques des peuples ultramarins...

      Quand E.Macron assigne les peuples d’outre-mer à une « identité française…qui a des origines judéo-chrétiennes », il illustre à quel point l’Etat français a horreur de la diversité culturelle et bafoue impunément les droits culturels et linguistiques qui y sont attachés. En formulant par exemple « des réserves pour » ou en refusant de signer de nombreux traités internationaux ou européens consacrant ces droits fondamentaux :

-réserves sur l’article 30 de la Convention des droits de l’enfant : « Dans les États où il existe…des minorités linguistiques, l’enfant ne peut être privé du droit d’avoir sa propre vie culturelle… d’employer sa propre langue… »

-refus de ratification de la Charte européenne pour les langues régionales qui prévoit notamment l’usage de cette langue dans l’Education, la Justice, l’Administration, les médias…

      Refus, réserves, refus…et lorsque qu’il veut faire illusion, cela donne l’article 75-1 de notre constitution au terme duquel « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Tout est dit : l’ « âme du peuple réunionnais » est donc un patrimoine et à défaut de pouvoir nous la couper, on va la muséifier, la chosifier puis un jour la momifier. Le reste suit : dans une tradition revisitée des zoos humains, la terre réunionnaise devient une « vitrine », un immense parc d’attractions dans tous les sens du terme où l’on donne à voir, à jouir, à (sur)consommer…dans une atmosphère bon enfant.

      Enfin les lois, celle sur le port des signes ostentatoires religieux appliquée par un ex-Recteur réunionnais avec zèle et un dévouement récompensé, celle actuellement débattue au Parlement sur le séparatisme aux relents nauséabonds d’islamophobie et inspirée par une idéologie d’extrême-droite, qui sont autant de vagues destructrices pour l’archipel réunionnais des croyances et des pratiques spirituelles.

      Alors que de nombreuses recommandations de comités onusiens pressent la France « de reconnaître et de promouvoir le droit aux personnes appartenant à des groupes linguistiques régionaux ou minoritaires et, dans les Outre-mer, aux peuples autochtones de pratiquer leur propre langue, en tant qu'élément de leur droit à participer dans la vie culturelle, non seulement dans la vie privée mais également dans la vie publique », l’Etat français persiste et ne signe pas !

      Profitant cyniquement de ce qu’ils croient être un vide juridique, les Responsables du Rectorat de la Réunion, dont la maladie honteuse est la créolophobie, demeurent malgré tout responsables et coupables de violations continues et répétées de « l’intérêt supérieur » de milliers d’enfants réunionnais. Pour nos "marmay", la Francité sera toujours obligatoire et la Réunionnité, une option facultative !

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