J'espère vous voir, de l'autre côté

Traduction d'un discours prononcé par Neil Oliver, présentateur de télévision écossais, archéologue et écologiste. Le discours traite de la notion de liberté et de la mise en place des tyrannies.

Pour moi, sans la liberté, la vie n’a pas de sens.

Enlevez tous les chiffres, toutes les statistiques, tous les modèles et les prédictions, toutes les promesses, toutes les menaces, toute coercition en gants de velours, enlevez tout ça, pour moi tout se résume à quelque chose de simple.

Je déclare que je suis un homme libre, je suis né il y a 54 ans, quelque part dans le monde, dans un endroit assez petit, où on m’a appris que ma liberté avait été jadis gagnée pour moi par des hommes et des femmes qui se sont battus et qui sont morts pour y arriver. Je suis né 22 ans seulement après la seconde guerre mondiale. Dans un monde encore rempli de ces hommes et de ces femmes, qui s’étaient battus pour ma liberté et qui ont survécu pour pouvoir raconter leur histoire.

Et quelle histoire c’était. Ça a commencé avec l’arrivée soudaine d’une force tyrannique. Bien sûr, cette arrivée soudaine n’était qu’une illusion d’optique. En vérité, cette force était en train de monter et de comploter depuis des années avant d’être prête à appuyer sur la détente. Il faut se souvenir que cette force pensait être motivée par l’idée de faire du monde un meilleur endroit, un endroit glorieux.

Quand cette force commença son ascension, il semblait que personne ne pouvait ou n’allait l’arrêter. Et au début du combat pour empêcher l’avènement de cette tyrannie, c’était une minorité, une minorité désarmée et insultée par ses concitoyens qui pensaient qu’on pouvait faire des arrangements avec les tyrans, qui s’est levée et a dit non.

L’auteur anglais Marvin Peak a dit : La vie est déjà assez miraculeuse en soi. C’est une bonne phrase, et je la cite depuis des années. Mais maintenant je vois que vivre n’est pas assez. Pas du tout.

Un oiseau en cage est vivant. Mais sans la liberté de voler dans le ciel infini, c’est comme si on lui refusait tout ce qui faisait de lui un oiseau. Le simple fait de vivre n’est pas assez. Ce qui compte, c’est de vivre libre. L’oiseau est un animal si fragile, il dépend en réalité seulement de la notion de mouvement. Enlevez à l’oiseau le mouvement, et il devient un amas de plumes et de chair, à la merci du premier prédateur venu.

La liberté ne se négocie pas. Vous êtes libres, ou vous ne l’êtes pas. La liberté n’est même pas sure. Ceux qui ont été emprisonnés sont souvent terrifiés par la liberté, tous ces choix, toutes ces responsabilités personnelles. C’est pourquoi les anciens détenus récidivent souvent, pour qu’ils puissent retourner derrière les barreaux, où ils se sentent en sécurité.

J’ai 3 enfants, ils grandissent très vite, tous adolescents maintenant. Je me dis souvent que j’aimerais les garder près de moi pour l’éternité. Où je pourrais les empêcher de faire des choses stupides, des choses dangereuses. Si je les gardais constamment à la maison, aucun inconnu ne pourrait venir leur faire du mal. Mais ce ne serait pas une vie. Ni pour eux, ni pour moi. Je serais leur gardien de prison, et ils seraient mes oiseaux en cage.

Ces 18 derniers mois m’ont donné l’occasion de voir ce qui arrive aux enfants qu’on garde enfermés dans des cages, en sécurité à la maison. Et ce n’est pas bon, pas du tout. Et donc si je ne le savais pas avant, je le sais maintenant, que je dois laisser mes enfants aller dehors, explorer un monde rempli de tout un tas de choses, dangereuses inclues.

Si votre liberté implique que je puisse attraper le Covid par votre faute, ainsi soit-il. Si ma liberté implique que vous pouviez attraper le Covid par ma faute, ainsi soit-il. C’est honnêtement ma façon de voir les choses. Pour le bien de la liberté, de ma liberté mais aussi de la vôtre, je prends avec plaisir le risque d’attraper le Covid. C’est une chance, une parmi tant d’autres, que je suis préparé à affronter. La vie n’est pas sûre. La liberté n’est pas sûre. Pour la liberté, la mienne et la vôtre, les deux étant de valeur égale, je prendrais plaisir à risquer bien plus.

C’est l’été maintenant. Parfaite période pour commémorer la bataille d’Angleterre. L’histoire qui m’émeut le plus c’est celle de Churchill, à Oxbridge, dans le centre d’opérations du groupe 11 qui avait pour mission de défendre Londres et le Sud-Est des bombardements. Le ciel au-dessus de leur tête était couvert d’avions de chasse et de bombardiers. Churchill interroge le Vice Air Marshall, Keith Park, à propos des réserves.

« Combien d’avions et de pilotes nous reste-t-il ? En réserve, au cas où l'on devrait remplacer ceux qui sont déjà au combat. »

« Chaque avion et chaque homme que nous avons est actuellement en l’air » dit Park. « Il n’y a plus de réserve. »

Ces avions étaient pilotés par des hommes, ou plutôt des garçons, à peine sortis de l’école. Ils ont tout risqué pour la liberté. La mienne, et la vôtre. Le dernier exemple en date de la dévotion totale.

Je ne suis pas sûr, mais je ne pense pas qu’ils se soient battus et qu’ils soient morts pour qu’un gouvernement puisse aujourd’hui s’emparer de ces libertés comme d'un jeu de cartes, les redistribuant au compte-gouttes à ceux qu’il juge assez méritants. Je pense qu’ils se sont battus pour la liberté inconditionnelle de chaque homme, femme ou enfant. Voilà ce que je pense.

J’ai entendu parler de gens qui appelaient « pestiférés », « rats », « meurtriers », des gens qui ont choisi de ne pas se faire vacciner. J’ai entendu des gens qui voulaient que ces meurtriers soient regroupés et enfermés hors de leur vue.

Il y a une autre bataille d’Angleterre qui est en train de se jouer actuellement. Et elle est menée par une minorité désarmée et insultée par ses concitoyens. Insultée par ceux qui ont accepté la liberté qui leur a été offerte par des parlementaires, à la condition qu’ils fassent ce qu’on leur dise.

 Ce n’est pas la liberté. C’est la tyrannie. Et moi, je ne vais pas vivre sous ce joug. Comme je l’ai fait toute ma vie, je rejoins la minorité. J’espère vous voir, de l’autre côté.

Discours original : https://twitter.com/GBNEWS/status/1421539786360246276

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