Frédéric Fiolof (La Moitié du Fourbi), la poésie dans la réflexion sur les migrations

La Maison de la Poésie de Nantes interpelle les auteurs et artistes invités à MidiMinuitPoésie #16 sur une question d'actualité. Le deuxième sujet : quel rôle tient la création poétique dans la réflexion sur les migrations ?

« J’avais moi aussi des représentations concernant l’exil, la frontière, la mort, la parole et le droit. Elles étaient issues du fond culturel antique de notre civilisation. Je tentais donc de montrer comment chacun d’entre nous, avec ses préjugés, fragilités, peurs et connaissances, peut parler de ce qui se passe, ici et aujourd’hui, en matière de droit des étrangers. Ces différentes manières de parler créaient un espace de représentation qui faisait ou pouvait faire, de manière infime, bouger le réel. »
Marie Cosnay, in
Comment on expulse, Responsabilités en miettes, éditions du Croquant, 2011.

Quel rôle tient la création poétique dans la réflexion sur les migrations ?

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Là où la langue pousse, laisse passer, fait de la place. Reconnaître ce qui fait de l’autre dans ma langue. M’y fait autre. Là où la parole me réinvente migrant entre mes propres murs. La poésie-langue-morte-des-identités-nationales versus la poésie-qui-creuse, dévoile des refuges, déplace, ouvre, transhume - produit de l’espace entre, cartographie les possibles. Celle qui se souvient à chaque mot que le quant-à-soi est une fable. Rancière à propos de Philippe Beck : la poésie esquisse des communautés de langage qui n’existent pas encore, crée du territoire partageable. Elle nous dit, au cœur même de son étrange étrangeté, quelque chose du vivre-ensemble. Un vœu pieux, sans doute, quand les claques de la Realpolitik s’abattent sur tous les museaux, quand les frontières se hérissent et statuent sur notre divisibilité. Mais il faut se méfier de la piété : la langue du poème travaille, agit, redistribue, contrarie, tient en éveil les muscles que voudrait atrophier un trop plein de réalité. Elle déconfère, s’insinue, préconfigure. La poésie réserve une force de dégel et d’élasticité - gage modeste mais indissoluble que quelque chose, toujours, peut changer. Car ce qui n’est pas fatal dans la langue, ne l’est nulle part ailleurs.

Frédéric Fiolof (rédacteur en chef de la revue La Moitié du Fourbi) - décembre 2016

 

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www.midiminuitpoesie.com
Vendredi 9 décembre, lectures de textes inédits et table ronde sur le sujet des migrations, avec Frank Smith, Amandine André, Thomas Vinau et Mathias Kusnierz de la revue Vacarme. Animé par Alain Nicolas.
Au Château des Ducs de Bretagne (place Marc Elder, Nantes) à 21h.

 

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