mikele lucu
Abonné·e de Mediapart

3 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 nov. 2021

Je crache au visage de votre bonne conscience

Réaction viscérale suite au naufrage d'un bateau de migrant-es au large de Calais

mikele lucu
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je crache au visage de votre bonne conscience.

Elu-es de la vieille Europe, de la France de feu les Lumières, de la Grande Bretagne brexitée, je vous en prie, taisez-vous ! Fermez vos gueules zemmourisées ! S’il vous reste un tant soit peu de dignité, taisez-vous, ayez au moins un peu de respect pour les humaines et les humains, enfants et adultes, tous ces migrants et migrantes en quête d’un peu de vie meilleure, avalé-es par nos mers côtières, leurs embarcations de fortune retournées d’un revers de Manche. Arrêtez de nous jouer la rengaine du passeur criminel, seul responsable de cette hécatombe en Méditerranée ou au large de Calais. Vous êtes grossiers et obscènes. En ce 25 novembre 2021, lendemain de la nième tragédie maritime, cette fois un peu plus près de Paris que celles au large des côtes libyennes, de Lampedusa, dans les flots de la Bidassoa ou entre les rails d’une voie ferrée entre Ciboure et Saint Jean de Luz, ce refrain du méchant passeur complété de quelques relents de compassion à deux balles pue la défaite d’un monde, de votre monde. La faillite de votre politique gangrénée par des idées nauséabondes. Ne vous dédouanez pas de votre écrasante responsabilité sur quelques truands des mers qui profitent sur le ponton du désespoir et de la misère. Dans le même temps que vous versez des larmes de crocodile sur les pauvres victimes de Calais, vous votez des milliards pour financer ce que vous nommez pudiquement l’agence des garde-frontières et gardes-côtes  Frontex, en fait une police des frontières, vous ne désirez qu’ériger des murs et des barbelés aux limites extérieures de la vieille Europe pour soi-disant endiguer le flux migratoire. Comme si l’Humanité dans sa petite existence avait réussi à contenir la migration, comme si celle-ci ne faisait pas intimement parti de son Histoire-on en sait quelque chose nous autres en Pays basque où durant des décennies, des milliers de basques ont émigré aux Amériques et bien ailleurs-.  S’il vous reste encore un zeste  de probité, cela ne vous trouble-t-il pas, au moins par moment, le sommeil ?

Et vous médias bollorisés et autres télés d’infos spectacles en continu, y compris celles et ceux d’un service public ou l’on cherche de plus en plus la notion de service au public, vous aussi taisez-vous, arrêtez, bouclez-là. Arrêtez de remplir papier et antenne avec des reportages  type faits divers sur le malheur migratoire aux portes de l’Europe. Car vous savez. Vous connaissez la réalité. Vous êtes témoins du Grand Cirque. Vous êtes aux premières loges pour capter à Calais ou ailleurs les propos indécents  de ces candidat-es déclaré-es ou faussement pas déclaré-es tellement obnubilé-es par la prochaine élection présidentielle sous influence de l’extrême droite et du grand remplacement. Alors de grâce, fermez-là. Car à part quelques confrères qui font encore de l’information (Médiapart et Médiabask  par exemple), vous êtes témoins et complices de cette dérive. Au même titre que vous, réseaux sociaux qui n’avaient de social que le nom et qui êtes devenus les fossoyeurs de la réflexion et de la clairvoyance.

Lundi dernier, 22 janvier, nous étions quelques centaines sur le pont Saint-Jacques à Hendaye à nous recueillir pour cet ivoirien de 38 ans mort dans les flots de la Bidassoa. Le 7ème chez nous en Pays basque depuis le début de l’année. Car depuis des mois, cette frontière entre la France et L’Espagne, qui n’en est pas une pour nous les basques, est cadenassée par les forces de police françaises et espagnoles pour raison fallacieuse de menace terroriste. Nous étions quelques centaines à dire aski, assez, dans l’indifférence quasi générale, en sentant bien au fond de nous-mêmes que ce ne serait sans doute pas suffisant pour arrêter cette ignoble hémorragie. Mais, cela nous a fait du bien de nous retrouver là, un moment, nous qui oeuvront humblement et quotidiennement pour sauver du naufrage quelques migrantes et migrants, mineurs ou majeurs en Pays basque, à Calais, à Briançon, dans la vallée de la Roya ou ailleurs. Quand je vois ce qu’avec nos petites forces, nous pouvons encore faire, je ne désespère pas encore totalement de l’Humanité.

Quant à vous, élu-es de la vieille Europe, de la France de feu les Lumières, de la Grande Bretagne brexitée, je crache au visage de votre bonne conscience.

Txomin Heguy

25 novembre 2021

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Zemmour : les « Zouaves Paris » derrière les violences
Le groupuscule « Zouaves Paris » a revendiqué lundi, dans une vidéo, les violences commises à l’égard de militants antiracistes lors du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte. Non seulement le candidat n’a pas condamné les violences, mais des responsables de la sécurité ont remercié leurs auteurs.
par Sébastien Bourdon, Karl Laske et Marine Turchi
Journal — Médias
Un infernal piège médiatique
Émaillé de violences, le premier meeting de campagne d’Éric Zemmour lui a permis de se poser en cible de la « meute » médiatique. Le candidat de l’ultradroite utilise la victimisation et des méthodes d’agit-prop qui ont déjà égaré les médias états-uniens lorsque Donald Trump a émergé. Il est urgent que les médias français prennent la mesure du piège immense auquel ils sont confrontés.  
par Mathieu Magnaudeix
Journal — Social
Les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal
Fonderies : un secteur en plein marasme
L’usine SAM, dans l’Aveyron, dont la cessation d’activité vient d’être prononcée, rejoint une longue liste de fonderies, sous-traitantes de l’automobile, fermées ou en sursis. Pour les acteurs de la filière, la crise économique et l’essor des moteurs électriques ont bon dos. Ils pointent la responsabilité des constructeurs.
par Cécile Hautefeuille

La sélection du Club

Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie
Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B