Moi femme trans et combattante

J'ai 19 ans, je suis précaire et étudiante. Je pratique le kung-fu et la boxe depuis 12 ans et si il y a une chose que j'ai compris lors de ma transition, c'est que peu importe qui je suis, la violence transphobe me suivra et sera plus tenace qu'une ombre.

J'ai 19 ans, je suis précaire et étudiante. Je pratique le kung-fu et la boxe depuis 12 ans et si il y a une chose que j'ai compris lors de ma transition, c'est que peu importe qui je suis, la violence transphobe me suivra et sera plus tenace qu'une ombre.

Mon premier jour en tant que femme me fit déchanter de l'euphorie dans laquelle j'étais au départ, et mes rêves et espoirs furent brisés à la seconde où je sorti dehors.

Alors que j'allais prendre le tram, un individu une bière à la main s'approche de moi, me touche les cheveux vois que je suis transgenre et m’insulte de salope. Je ne me laisse pas faire et lui dit clairement de dégager, celui-ci veut m'attaquer avec sa bière. A ce moment là, j'ai ressenti une peur nouvelle, je m'étais déjà battu, on m'avait déjà agressé, mais c'était la première fois qu'on m'agressait car j'étais trans. Cette nouvelle sensation me fit vriller. J'ai dégainé mon épée télesco (une matraque télescopique en somme, mais ayant le poids la taille et la forme d'une épée de kung-fu) alors que l’homme essaie de me hurter le crâne avec sa bouteille je le roue de coups avec ma télesco. Le souffle lourd, le sang de ce porc sur moi, je montais dans le tram.

Me faire agresser, le premier jour

Mais ce ne fut pas la dernière agression que je subit. Alors que je voyais bon nombre de groupes affinitaires, ainsi que des personnes pseudo « anti-fa » qui se masturbent sur la lutte contre la transphobie, personne n'était là pour agir et m’aider à guérir les cicatrices qui s'accumulaient, je prenais sur moi et je banalisais.

Les camarades me disaient : « tu as de la chance toi, tu sais te défendre ne te plains pas». 

Ces camarades n'avait rien compris, quand bien même je m'en tirais plus ou moins indemne physiquement, il n'en était rien mentalement. Et les arts martiaux face à 10 personnes ou une arme, cela ne t’empêche pas d’être blessée, ça limite juste la casse. 

Mais malgré tout, ce discours était rentré à l’intérieur de moi, je serrai les dents.

Mais un jour, alors que je rentrais d'une soirée de la Casa del sol (un squat militant), dans l'allée pour rentrer chez moi, on commença à m'insulter ? Rien de nouveau : «pd », « pédale », « salope », « p’tite trav’ », « garage à bite». Je continuait de marcher, l'un des hommes me bloque la route et tenta de me frapper, il finit la tête dans le mur. Je ne cours malheureusement pas assez vite, une bouteille de d'alcool de 1 litre explose sur mon crâne. Je traîne mon corps jusqu'à mon appartement, grâce a la bonne fée adrénaline. Beaucoup doivent se dire pourquoi ne pas appeler les pompiers ou aller aux urgences ?

Car je préférais mourir que d'y aller.

Je connaissais trop de sœurs trans ayant été brisée par l'hôpital même un cour passage (et le futur me donnera raison puisque ma seule visite a l'hôpital depuis ma transition fut un enfer.). 

Je suis donc rentrée chez moi, j’ai gobé des antidouleurs et toute la nuit, j'ai hurlé.

Un à un, j'arrachais les bouts de verre de mon crâne ; à plusieurs reprise j'ai cru mourir et j'ai tourné de l’œil. Mais ce n'étais que le début. Pour cicatriser : des shampoings au sel et à nouveau, j'ai hurlé, j'ai crié. Personne n'est venu, et ce n'est pas les militant-e-s qui manquaient dans ma rue pourtant. Les jours qui suivirent, de temps en temps, un filet de sang coulais de mon crâne et je n'avais le droit qu'à un regard de pitié que je méprisais plus que tout.

J'ai compris que je devais être forte désormais, et je ne sortais que toujours armée.

Les agressions s’enchaînaient je devais composer avec, c'était devenu banal, j'étais constamment sur la défensive. Certains camarades disait que je faisais peur, mais ce n’était qu'un infime reflet, un aperçu de ce que je subissais tous les jours. Il ne se passait pas une journée sans que je me fasse insulter physiquement. J'étais plus ou moins intacte, mais mentalement, j'étais changée.

Comment ne pas osciller continuellement entre humanisme érasmien et profonde misanthropie?

Bonne question, si j'avais la réponse je la hurlerais ici. Ce n'est pas ou plus l'amour et la révolution, pas de danse sur les barricades. On voit la lutte et ces militant-e-s de manière idéalisées, mais la fange qui est traînée ramène vite à la réalité. On se contente de se battre pour une bannière dans une lutte féodalisée. Ceux et celles qui veulent l'union sont au début acclamé. Puis on comprend l'absence de danse et tout s'arrête, la bannière reviens, l'albatros se pose et dans sa gueule la fin, la fin de cet idéalisme d'union, de prolétariat unifié, juste une énième querelle qui sent le certificat pontifical et d’une telle récurrence que est liée à une moral ombilicale.

S’il suffisait de quelques barricades dignes, manifestes onanistes et Grands Soirs pour changer la société humaine et sa psyché collective, nous aurions atteint une Olympe commune depuis bien longtemps. L’égo est le plus vénal et terrible poison de la lutte. Le monstre aux yeux verts produit sa propre nourriture en plus de dévorer l'albatros, au fur et à mesure que l’idée se partage et que le mouvement se créé. L’union n’est que chimère face à la bêtise et à la nuit dans lesquelles sont plongés les êtres humains. Un humanisme absolu serait la dissolution de son être, de sa subjectivité, dans l’idée et l’intelligence collective. Mais encore, faut-il se lever, marcher, et tomber pour la bonne idée. Celle qui est juste, et non-pas seulement plaisante à imaginer. À nous de créer notre propre temps des cerises, tout en préparant le commun. Ces mots à moitié à l'homme que j'aime reflète parfaitement l'état mental dans lequel j'étais.

Et enfin, fut venu le déclic, une phrase toute simple empruntée à ce cher Brassens : «Mourir pour des idées d'accords, mais de mort lente».

Tout changea, et peut importe qui m'agressait ou m'insultais, je ne me contentais plus d'encaisser. Et cela me brisa un plus chaque jour. Les petits nazillons qui, chacun à leur tour, tentaient de m'attaquer en firent les frais, car j'avais trouvé quelque chose qui, pour moi, vaut la peine de se battre. J'avais un objectif : créer des cours d'auto-défense LGBTI+ pour qu'ensemble nous puissions créer une puissante riposte capable de répondre et d'endiguer les crimes transphobes. Alors je le redis à ce moment, j'ai décidée de ne plus fuir, mais je ne comptais pas non plus mourir.

Alors je tiens bon et garde la tête haute fière, en colère et bien décidée à remplir cet objectif qui en cache un autre.

Car au fond tout ce que je veux, c'est vivre en paix. Être trans n'est pas un crime la transphobie elle, en est un.

Grâce au support incroyable, proche d'un soutien familial, de militants syndicalistes, ainsi qu'à l'aide d'un camarade pour qui j'ai une grande reconnaissance, un nouveau jour commença pour moi.

J'avais un travail, un soutien et un objectif clair. Bref, tout allait bien dans le meilleur des mondes (je ne serai d'ailleurs jamais assez reconnaissante envers mes collègues de la SNCF ayant été d'une délicatesse incroyable).

Pourtant le 15 juillet tout bascula à nouveau. Alors que je me rendais au travail, le bus ne passait pas. Je décide donc de partir à pied. Je marche avec un passing franchement pas mal, tout le monde me prenait pour une femme cis. Il faut dire que la robe ça aide. Mais sur le trajet plusieurs personnes qui étaient encore en soirée ont commencé à me proposer de les rejoindre. Je ne réponds pas et continue mon chemin, ils commencent à me traiter de salope. L'un d'eux se lève et arrache mon masque. Il se rend alors compte que je suis trans, m'insulte de tout les nom d'oiseaux possible. Je suis très rapidement entourée par une dizaine de personnes et je vais subir un énorme passage à tabac. Battons, barre en fer, cailloux dans un t-shirt je suis littéralement rouée de coups. Je m'en suis sortie avec un œil qui ne voit presque plus encore aujourd'hui, et des acouphènes atroces qui m'handicapent encore. Et bien évidemment des douleur un peu partout avec une majorité de douleur costale.

Encore une fois, quelle a été l'aide fourni par les groupes affinitaires/LGBT ? Aucune, à part un regard de pitié absolument misérable ou quelque tweets de soutien. Car c'est bien là toute l'activité de ces groupes perdus dans un microcosme d'entre sois petit bourgeois qui ne rendent service à personne à part à leur égo mal fagoté. Ces groupuscules se plaignent tout le temps en disant que partis et syndicats se fichent éperdument des personnes trans. Pourtant, qui m'a aidée qui m'a porté secours ? Ce sont les syndicats, pas eux.

Mais quel importance, après tout au bout d'une semaine ils sont déjà passées à autre chose, là où pour moi c'est inscrit au plus profond de ma chaire, dans tout les sens du terme. Et le pire est en outre de les voir venir ensuite pleurnicher pour un simple tweet que tel ou un tel a reçu, levant une levée de boucliers et partant alors en croisade de harcèlement contre l'inconscient du jour ayant eu des mots déplacés. Avec du recul, il n’y a que du cynisme grotesque : rien face à des agressions, mais un tweet et c'est parti !

Enfin viens le surin final, parodiant l’arrogance en une phrase "tu n'as aucune idée de la transphobie", ou bien "tu ne sais pas ce que ça fait".

Surin que je retrouve bien des fois sur mon dos comme mon torse, sous bien des formes.

Comment ces gens n'ayant jamais rien subit, n'ayant jamais manqué de rien, ayant toujours vécu dans leur cocon d'opulence peuvent me regarder et me dire ça. C'est inconcevable et culotté, mais c'est pourtant bien le cas.

Il est grand temps de casser les canons et les topos patriarcaux. Car oui une femme qui fait du sport et qui a du muscle n'en demeure pas moins une femme. Pourtant, nombreux et nombreuses sont les individu-e-s de la "communauté" à remettre en question une chose aussi logique que ça.

 

Un autre exemple non exhaustif : le 14 septembre, ma pré-rentrée. Je m'habille bien pour l'occasion. Je mets du maquillage et suis assez euphorique à l'idée de cette rentrée. Pourtant, dans le bus un homme qu'on appellera Mister B, fasciste notoire de la ville, se pose a côté de moi et commence à m'insulter, me traiter de folle. Les insultes transphobes fusent. Je dis clairement à l'homme " trace ta route qu'est ce que tu viens m'emmerder" mais celui continue. Je descends du bus ; il descend ; me pousse une, fois deux fois ; je m'énerve et lui dit "si tu me pousse encore une fois je te nique tout tes morts" .L'homme tente de me frapper et fini au sol avec quelques coups.

Coups de poings, couteau, encore et encore. Je n'ai plus que mon cri comme armure. Mon corps lui est fatigué, tout comme mon esprit. Je ne veux, encore une fois, que vivre en paix.

L'autodéfense est pour moi une des 3 clefs

Les autres sont le syndicat sans qui nous n'avons aucune chance, qui m'a tant aidée, et le parti qui m'a énormément soutenue. En combinant ces 3 clefs, en reprenant le travail de masse, en recréant des lieux de socialisation, en formant les masses, et en luttant quotidiennement, nous arriverons peut être à enfin pouvoir souffler et vivre en paix.

Face au fascisme une seule solution : la riposte unifiée.

La lutte contre l'extrême droite et les groupes fasciste est pour l'instant un échec. L'antifascisme sur le terrain concret a presque totalement disparu du terrain syndical ; absent dans la quasi-totalité des groupuscules et partis de gauche. Et pendant que bon nombre de groupes antifascistes fantasmaient sur une vision idéalisée romantique de la lutte contre l'extrême droite, ajoutant parfois un soupçon de virilisme masculinisme, on se retrouve avec une espèce bâtarde qui puise ses repères, marques, origines et noms de groupuscules n'ayant pour la plupart jamais existé. Et pendant que cette illusion intellectuelle et idéologique s'opère nous, nous mourrons. Nous ne remettons pas en cause le fait que du travail soit effectué, mais celui n'est pas suffisant. Qui peut regarder une femme, une personne racisé ou lgbti et lui dire qu'elle ne risque pas de se faire attaquer de quelques manières que ce soit par les groupes fascistes. Qui peut regarder ces gens dans les yeux et peut prétendre au risque 0 ou minime? 

C'est pourquoi contre l'antifascisme nous devons constituer les parties, constituer les syndicat, développer la politique dans les associations. Car l'heure est grave, bon nombre de personnes n'osent plus sortir de chez elles par peur, par instinct de survie. L'extrême-droite se renforce, se constitue et se prépare. Quand on voit dans bon nombre de villes à proximité des facs des tags « SNCF 1 Doona 0 » on comprend tout de suite a quel point l'extrême décomplexée n'a plus peur et n’hésite plus à occuper l'espace et faire régner une terreur.

Combien de camarade devront être agressée avant qu'une réaction s'opère ? Nous devons réagir.

C'est pourquoi la création de cellules d'autodéfense est essentielle pour lutter contre l'extrême droite et tirons des sonnette d'alarme pour que des à présent vous vous saisissez de cette problématique et impulsé la création de groupe d'autodéfense afin de répondre directement et rapidement au problème contre l'extrême droite. Sans pour autant oublier la bataille syndicale et politique derrière.

Le temps presse et la riposte ne peut plus attendre

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