Violence : pur produit d’importation visant nos sociétés festives, tolérantes et pacifiées

Ce matin sur France Culture il était question, dans le cadre d’une réflexion sur les violences faites aux femmes, de la dramatique nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne et à Stockholm. Le débat sur la présence d’étrangers en Europe ne cesse de se cristalliser sur les ferments de désordre que des étrangers instillent en temps de paix, en terre de paix.

Pour les uns, nos sociétés pratiquent un irénisme inconséquent : elles font preuve d’un laxisme, voire d’un déni à l’égard d’étrangers vecteurs de troubles, parce qu’issus de cultures inassimilables à la nôtre. En cause : le multiculturalisme aveugle qui prétend intégrer en faisant l’impasse sur les antagonismes culturels et qui, de fait, importe en Europe les ferments de la destruction de notre civilisation. En cause encore : l’islam, cette religion arriérée qui dénie aux femmes leur liberté de sujet.

Pour d’autres, l'événement ne doit pas masquer les violences courantes faites aux femmes occidentales : attouchements, coups et viols ne sont pas l’apanage des hommes musulmans. Ce que les crimes de Cologne et de Stockholm ont mis en lumière existe déjà et ne doit pas être dilué dans une attention accrue portée aux problèmes posés par les étrangers.

C’est un fait : des crimes ont été commis par des étrangers. Nous n’avions pas encore établi qui ils étaient que tout monde savait déjà de qui il s’agissait. Michelle Perrot tentait ce matin de dégager la réflexion de ses crispations. Pour l’historienne, ce type de violence commise par des musulmans vise à être dépassé : toutes les sociétés n’en sont pas au même point sur la question de l’égalité des hommes et des femmes et le monde arabo-musulman n’en est qu’à une étape de son histoire. Wassyla Tamzali, ancienne avocate et militante féministe qui intervenait depuis Alger, oppose à l’hypothèse culturaliste une lecture politique : pour elle, si la religion musulmane est en effet un outil de coercition des hommes sur les femmes, cela vient notamment du fait que les hommes, lorsqu’ils sont écartés d’un exercice juste du pouvoir, reportent de manière inappropriée et injuste leur domination sur les femmes. 

Nous aimons tant nous gargariser de ce que nous sommes et nous complaire à l’éloge de nos modes de vie décomplexés que nous concluons que les étrangers, à peine arrivés sur notre sol, se comportent ici selon les "coutumes de là-bas". Pourquoi Le Monde (19 janvier 2016) choisit-il d’aborder le drame de Cologne sous l’angle de la ville festive assiégée par des barbares assoiffés ? De quel idéalisme le journal veut-il nous bercer ? « La ville [Cologne], chef-lieu du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a la réputation d’être l’une des plus cool[s] d’Allemagne. Les fêtes y sont joyeuses, les habitants noceurs, et pas seulement en période de carnaval. La fête du Nouvel An, son chahut, ses pétards et son feu d’artifice tiré sur les berges du Rhin attirent la jeunesse de toute la région. » Le journal recueille le témoignage de Lisa « blonde, mince, ravissante », qui tout comme Jessica, à « la peau ambrée [et aux] cheveux couleur de paille », a eu affaire à « une masse compacte d’hommes bruns, entre 20 et 30 ans, visiblement originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient […] au regard allumé et intrusif. »

Punissons les crimes et posons la question des étrangers, très bien. Mais posons aussi ces questions : ne connaissons-nous de violence qu’importée ? N’avons-nous pas eu, nous pays occidentaux, de rapports de domination avec d’autres sociétés que le crible de l’histoire n’aurait pas liquidés ? Un discours politique organise toujours le champ social. Il donne droit de cité et ordonne, dans ce champ, ce qui est licite et ce qui est exclu. Quand l’interdit fait retour, notamment sous une forme aussi funeste, il convient de s’interroger sur la part de vérité que nous ignorons ou voulons ignorer.

           

           

            

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