La Revue des Deux Mondes ou le discours néo-réactionnaire

Consternant, le numéro de février-mars 2016 de la Revue des Deux Monde : de conservatrice, la revue est devenue réactionnaire. Une gentille "moutonnaille" - selon les termes de la directrice Valérie Toranian, citant Rabelais - parodie le soi-disant conformisme du "camp du bien". Le "camp du bien" ? C'est le domaine des imbéciles qui s'égarent dans le laxisme, le progressisme et l'irénisme.

Le symptôme ? Une idéologie lénifiante a permis au loup d'entrer dans la bergerie. La nation est en péril à cause des "bien-pensants" qui dominent le champ de la pensée, des lettres et des arts. Et Jean Clair d'exhumer la palette tricolore de nos peintres français - l'art n'étant jamais trop moral, ni national.

Couverture du numéro de février-mars 2016 de La Revue des Deux Mondes Couverture du numéro de février-mars 2016 de La Revue des Deux Mondes
Le mécanisme ? Le déni.  Soucieux d'égalitarisme, confit dans sa culpabilité coloniale, le "camp du bien" s'aveugle sur le réel (Jacques Julliard). Tolérant, il s'ouvre tellement sur l'identité de l'autre qu'il en oublie la sienne propre. Ainsi le "pas d'amalgame", qui masque des coups incessants portés aux valeurs de la République (Jacques de Saint-Victor).

La cause originnelle ? La faute à Rousseau, un idéologue béat, pour qui "il faut aimer les hommes pour ce qu'ils sont et non pas pour ce qu'ils font". De là, une propension à accueillir l'autre sans distinction, entretenue par un relativisme culturel renvoyant ses pourfendeurs dans le camp de la réaction.

Le remède ? La rhétorique victimaire. Les néo-réactionnaires sont isolés mais courageux. Ils s'attaquent aux tabous - le muticulturalisme, le mariage pour tous, etc. Ils se disent constamment minoritaires et malmenés, victimes d'une pensée dominante sclérosant le débat depuis Mai-68. Notons qu'ils font fureur sur les plateaux télé, les ondes et les réseaux sociaux. Leurs opinions, pleurant le déclin de la France et de l'Occident, y passent même pour des analyses des maux de la société et une information originale et éclairée.

Cultivant l'art de la prétérition et de la dénégation, le numéro de la Revue discrédite l'humanisme par une simple antiphrase - le "camp du bien"-, illustrée d'une photo de moutons, pour qui ne comprendrait pas que le vrai bien, lui, est chez les libre-penseurs. Obsédés de l'identité et des origines, ils fantasment un collectif du "camp du bien" contre lequel lutter afin de légitimer la virulence de leur discours xénophobe. Décidément, la Revue des Deux Mondes n'a jamais aussi bien porté son nom.

Au menu de cette "nouvelle bataille idéologique

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