Lettre à mes enfants, pourquoi je voterai Mélenchon dimanche

Lettre d'un ami à ses enfants trentenaires : je voterai Mélenchon

 Lettre à mes enfants,

 

Je voterai Mélenchon...

 

Parce que je ne peux oublier d'où je viens, d'un Père et d'une Mère illettrés.

D'un Père jeté sur les chemins à l'âge de quatorze ans, d'une Mère ayant émigré à dix-huit ans.

Parce que Français j'ai le devoir d'accueillir et de respecter ceux qui fuient la misère comme l'a fait ma Mère.

 Parce que je suis contre toutes les guerres et que je n'oublie pas celles qui ont volé les plus belles années de vie de mon Père et tué mes deux Grands-pères.

 Parce je crois qu'il n'y a pas de guerres de religion mais seulement des guerres économiques.

 Parce que ce que je suis, je le dois à l'école publique et à mes maîtres laïcs qui ont su me respecter et me permettre de sortir de ma condition. Parce que je veux une école qui ouvre l'esprit et développe le sens critique qui mène à la liberté.

 Parce que je crois à une laïcité forte qui cantonne le religieux à la sphère privée, seul chemin pour la tolérance et la paix.

 Parce que je ne peux pas accepter de vous laisser, ni mes petits-enfants, devant des risques nucléaires majeurs et imminents. Parce que je ne veux pas que l'on abandonne des déchets nucléaires pour des millénaires.

 Parce que la terre qui appartient à nos descendants doit être protégée pour leur survie.

 Parce que se nourrir sainement, disposer d'eau, respirer un air sain sont des droits élémentaires.

 Parce que je veux que demain vous puissiez être soignés, quelle que soit votre situation financière.

 Parce que je ne veux pas que mon pays soit coupé en deux : des métropoles qui accumulent services et richesses, des campagnes qui ne sont plus que des mouroirs coupés de tout service public.

 Parce que je pense que la vie de l'homme vaut mieux que toutes les richesses matérielles, et que le temps libre pour s'épanouir et la santé sont bien plus porteurs de bonheur.

 Parce que l'homme a davantage besoin de sécurité, de rencontres, de partages que de compétitions cruelles, incessantes et destructrices.

 Parce qu'on est plus intelligents à plusieurs qu'à lutter les uns contre les autres.

 Parce que la vie n'est pas à sacrifier au travail.

 Parce que je reconnais au travail, quand il n'est pas un esclavage, une dimension qui permet la socialisation, la rencontre de l'autre, et que c'est un moyen d'acquérir son autonomie et sa dignité.

 Parce que la misère qui s'expose dans les rues et dans le monde heurte ma conscience.

 Parce que je ne peux tolérer cette dérive croissante où toujours moins possèdent toujours plus.

 Parce que je préfère entendre parler de philosophie que d'économie aux lignes comptables simplistes et inhumaines.

 Parce que non, le marché ne doit pas dominer nos vies et nous définir un avenir qui obère notre libre arbitre.

 Parce que je souhaite que mes petits-enfants aient la liberté de choisir, de créer, de consommer, d'écouter, de jouer, de vivre sans être esclaves d'un modèle tout puissant.

Parce que je ne veux pas qu'ils aient uniquement le choix indigne entre le « shit » et « uber ».

 Parce que je crois à l' Europe des hommes, de la justice sociale, fiscale, pacifique, et non à l'Europe qui s'appuie sur des traités ratifiés contre la volonté du peuple, qui permet l'évasion fiscale, qui institue la concurrence sociale, qui nie la représentativité des peuples, qui s'en remet aux plus puissants.

 Parce que je crois que nous sommes au terme d'une République qui a failli à ses idéaux, « liberté, égalité, fraternité », une république aux mains de politiques de profession qui ne connaissent que les salons dorés, les honneurs, l'apparat, qui ne rendent jamais de comptes, qui se comportent en petits barons qui confondent leur intérêt et celui du peuple qu'ils sont censés représenter.

 Parce que nous souffrons non pas tant de ceux qui nous soumettent que de notre soumission consentante.

Je voterai Mélenchon...

 Parce que je me suis informé tout au long de ces semaines, que j'ai suivi ses meetings, rencontré d'autres personnes, réfléchi, partagé avec elles.

 Parce que j'ai vu, entendu beaucoup d'intelligence, de bon sens, de sensibilité à la culture.

 Parce que j'ai vu des gens ouverts au monde et non recroquevillés sur leur pré carré.

 Parce que j'ai lu, entendu des outrances, des mensonges éhontés dans le seul but d'apporter un discrédit.

 Parce qu'aussi avec le plus d'objectivité possible, j'ai comparé avec ce que proposent les autres candidats.

 Parce que j'ai vu des problèmes analysés depuis leurs causes et non avec les idées toutes faites habituelles n'ayant trait qu'aux conséquences, sans aucune inventivité, sans remise en cause du modèle qui nous est imposé et qui détruit le peu qui nous reste de justice sociale.

Parce que chaque fois c'est à notre engagement, à nos responsabilités que nous avons été renvoyés.

 Parce que les femmes et les hommes qui se mobilisaient n'étaient pas des apparatchiks, n'étaient portés par aucune force de l'argent, mais des citoyens responsables, soucieux de leur futur, généreux de leur temps.

 Parce que c'étaient surtout des jeunes concernés par leur avenir.

 Parce que pour une fois des idées nouvelles, des sollicitations généreuses, intelligentes et concrètes émergent, et qu'un optimisme naît.

 Parce que la révolution qui nous est proposée est une révolution citoyenne, sans violence et que c'est à mon avis la dernière chance avant que nous ne sombrions justement dans une violence nihiliste.

 Je voterai Mélenchon mais...

 Je suis conscient que personne ne puisse prétendre être parfait et je n'adhère pas à une religion ou à un gourou, mais à un ensemble d'idées.

Pour n'avoir plus l'enthousiasme de la jeunesse, je n'attends pas tout d'un homme, mais plutôt de nous tous et des engagements collectifs.

 Parce que le droit de révocation est la garantie contre toutes ces dérives.

 Je sais que les puissances d'argent ne feront pas de cadeaux et que l'avenir sera fait de luttes mais que nous avons notre destin entre nos mains.

 J'ai bien conscience que rien ne sera facile.

Mais pour un fois, j'ai un peu d'espoir, au risque bien sûr de me tromper je veux continuer à espérer que les choses peuvent changer.

 Je voterai en mon âme et conscience.

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.