Je, sans frontière ?

Confinement 12 ème jour. Grand écart conceptuel pour la très internationaliste institution. La championne toute catégorie de l'abolition des frontières perd pied. La seule défense que trouve l'Europe contre un "ennemi venu d'ailleurs" c'est de nous enfermer à l'abri de la plus restrictive des frontières : notre tanière, notre grotte. Le plus petit territoire possible.

Confinement 12 ème jour.

Grand écart conceptuel pour la très internationaliste institution. La championne toute catégorie de l'abolition des frontières perd pied.
La seule défense que trouve l'Europe contre un "ennemi venu d'ailleurs" c'est de nous enfermer à l'abri de la plus restrictive des frontières :
notre tanière, notre grotte. Le plus petit territoire.

Pas très Schengen tout ça... Peut-être faudra-t-il s'interroger.

Facile pour certains, pour qui le rétablissement des frontières est inscrit dans le génome. Plus compliqué quand on se pense "de gauche"

"Peut on être de gauche et être nationaliste ?” A priori la réponse était évidemment non..Et pourtant,...

 

1/ Gauche et internationalisme

Et je dis bien de gauche,  la gauche fondatrice, celle du 28 août 1789, qui en transformant le droit de veto du Roi a rendu au peuple de France un droit que les monarchies européennes n'ont eu de cesse de tenter de lui re-confisquer pendant des décennies ensuite.

Cette gauche là qui seule, faisant Nation, s'est opposée à une Europe, faite d'une monarchie trans-nationale, qui ne  visait qu'à imposer sa loi. Défendant le peuple contre ce qui n'était pas à l'époque les puissances de l'argent mais une oligarchie prétendant imposer sa vision du monde. C'est de cette gauche là et de ses descendantes dont je parle. Celle du respect de l'individu dans le cadre d'un projet commun.

Or cette gauche là s'oppose par nature à l'internationalisme. Le genre humain n'est pas l'individu.

Aujourd'hui l'aristocratie se contente de faire la une de la presse people et le communisme, là où il tente de survivre a perdu toute velléité et toute capacité prosélyte et c'est tant mieux. Reste le seul vrai courant trans-national ou plutôt supranational qui existe encore (même si un autre frappe à la porte) : il se nomme mondialisation. Qu'est-ce que la mondialisation si ce n'est un avatar financier de cet internationalisme qu'il soit monarchique, communiste ou demain religieux. Dans les trois occurrences on retrouve l'idée centrale d’individus mis au service (asservis donc) d'une idéologie dominante trans-nationale qui entend se jouer des états-nation. Et ce n'est pas vraiment un projet de gauche… 



2/ Gauche et immigration 

 

J’entends l’objection :  “qui dit nationaliste dit méfiance, voire opposition à l'immigration”  . Et apparaît le paradigme sous-jacent :"la défense de l'immigration est un concept de gauche".

Alors qu’à y regarder de plus près quand on parle d’immigration, la gauche semble aujourd’hui “ l'idiot utile”, celui qui croyant défendre un juste combat, sert en réalité le combat adverse...Parce que depuis une lurette, l’immigration est utilisée pour faire pression sur le peuple dès qu’il aspire à un meilleur partage de la valeur ajoutée. Pour ce qui concerne juste la France d’aujourd’hui, les migrations italienne ou polonaise du début du 20ème, la migration nord-africaine dans les années soixante en sont un bel exemple. Et encore les mouvements ouvriers (PCF inclus) se sont-ils à cette époque opposés - en vain-  à ces ouvertures des frontières. Aujourd’hui encore, les migrations massives sont d’origine économique. Le vrai défi pour les financiers c'est de toujours rendre le travail moins cher….et de faire payer les conséquences de cette baisse aux populations autochtones (parce que les migrations sont toujours d'une zone pauvre vers une zone moins pauvre). Sans pour autant enrichir les migrants.

 

3/ Gauche et laïcité

 

Enfin être de gauche en France cela devrait aussi vouloir défendre une certaine idée de la laïcité. Celle qui vise à protéger la République de la religion. Et non cette évolution, que l’on voudrait nous imposer aujourd'hui, vers une forme dévoyée de la laïcité à l'américaine. Celle-ci  visait à protéger les religions de la République. Et qui est tranquillement détournée pour permettre à une religion d'imposer ses lois au mépris de celles de la République. Et accessoirement asservir la moitié féminine de l'humanité. A vous qui semblez aimer les noms en "iste" , je dirais volontiers que ceux que certains nomment islamo-gauchistes sont les pires fossoyeurs de la laïcité telle qu'elle est née de la Révolution puis de 1905. Et certainement pas des descendants des Lumières.



 Au final je me demande si la question fondamentale n'est pas plutôt :"  Peut-on être de gauche sans être nationaliste". 

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