Ce qu'aurait dû être ce remaniement

Il ne fallait pas compter sur Emmanuel Macron pour être un homme intuitif qui aurait été révolutionnaire. Le remaniement qu'il vient d'effectuer, avec Jean Castex comme premier ministre, relève d'idées politiques, d'une banalité et d'un conformisme de bourgois de l'ancien monde, à nulle autre pareille.

Il ne fallait pas compter sur Emmanuel Macron pour être un homme intuitif qui aurait été révolutionnaire. Le remaniement qu'il vient d'effectuer, avec Jean Castex comme premier ministre, relève d'idées politiques, d'une banalité et d'un conformisme de bourgois de l'ancien monde, à nulle autre pareille.

Mais alors que depuis trois ans, les gilets jaunes ont voulu et enfin faire entendre leur voix de classe sociale oubliée et réclamant enfin une visibilité et une reconnaissance de leurs revendications hyper légitimes - ce mouvement des gilets jaunes ayant été plébicité par une majorité de Français ;

alors qu'enfin  il est dernièrement reconnu dans la police française du racisme, de la discrimination au faciès et une violence inacceptable envers ceux qui refusent de se soumettre à la simple loi  ;

alors qu'aux dernières élections municipales, se sont élevées mille voix en France pour réclamer enfin une véritable politique prenant en compte une écologie saine pour mieux respirer, mieux se nourrir, pour enfin prendre au sérieux le réchauffement climatique, etc. ;

alors que partout en France s'exprime un immense désarroi à tous les échelons, et pour réclamer un retour à des services publics qui en soient (un hôpital "public" digne de ce nom, qui ne soit plus un hôpital qui doive être "rentable" ), et non toujours à plus de privé et ses lobbies ;

alors que les Français de tous bords (à gauche mais aussi à droite et au centre) réclament, depuis le covid, une toute autre politique qui puisse enfin changer le cours des choses - et cela s'est clairement exprimé lors de ces municipales, et avec ce si grand taux d'abstention -, Emmanuel Macron, continuant coûte que coûte à vouloir ne s'en tenir qu'à sa volonté obstinée de gouverner seul, pour toujours sa politique pro les riches et le profit de ses amis du Cac40, ne voit rien, n'entend rien. 

Qu'aurait-il donc fallu, hier, pour un nouveau Gouvernement, qui aurait véritablement répondu aux aspirations des Français - et j'allais dire de la France ?

Certainement pas la reconduite de Bruno Le Maire aux finances, ni la nomination de Madame Pompili à l'écologie, mais l'arrivée enfin d'un homme ingénieur agronome sérieux, enfin issu de la société civile et non plus du microcosme d'énarques, s'y connaissant enfin bien quant à l'état des sols et de la biodiversité, tel que le très reconnu Claude Bourguignon qui, enfin, parlerait un discours écologique sérieux et interdirait donc immédiatement tout pesticide reconnu par tous comme poison.

Et pour une politique des finances en accord avec une volonté écologique, pourquoi, enfin, n'avoir pas nommé Jacques Attali qui ne cesse plus que de parler d'une "écononomie de la Vie", voulant enfin mettre fin à l'automobile et aux avions - voulant entièrement réformer l'économie mondiale, au profit de la Vie ? 

À la culture, plutôt qu'une très médiatique Roselyne Bachelot (et voir avec curiosité le film très amusant qu'en avait fait d'elle le merveilleux journaliste cinéaste Serge Moati qui avait vu chez elle une magnifique hystérique(!) ), un bon choix n'aurait-il pas dû être vers des personnalités, enfin véritablement de culture française et sachant enfin parler et écrire, et je pense principalement à Fatou Diome - mais il y aurait tant d'autres personnalités - écrivains, artistes -, dignes de représenter et défendre la culture en France...

Et à l'Intérieur qui aurait-on dû donc choisir ? Castaner, après avoir été le très "Sinistre de l'Intérieur", accordant sa toujours confiance dans sa police répressive et meurtrière, n'avait-il pas dernièrement enfin voulu reconnaître cette violence dans la police et le racisme reconnu par tous en son sein ? Mais Castaner vient donc d'être limogé pour son amendement et sa franchise , et qui donc aurait-il donc fallu nommer aujourdh'ui, pour réconcilier les Français avec sa police, pour une sécurité véritable ? Monsieur Darmanin, sans aucune personnalité ni autorité pouvait-il décemment faire l'affaire ?

À la Justice, le très fougueux et médiatique Éric Dupond-Moretti va peut-être enfin lancer ses pavés dans la mare de la magistrature française qui en aurait sans doute grand besoin.. Mais avec son caractère et ses humeurs, et son franc-parler quant à notre société qu'il qualifie de culpabilisatrice et d'hygiéniste, sans parler de ce qu'il pense de MeeToo et de la "transparence"..., va-t-il pouvoir tenir longtemps ?

Et qui donc, en fin de compte, aurait-il fallu choisir comme premier ministre ?

Je ne vois, pour tout cela, qu'une Eva Joly qui aurait su allier intelligemment les aspirations des Français, en étant au service de la France et non pour son pouvoir personnel.

...Si Emmanuel Macron avait été intuitif et à l'écoute des Français...

-------------

Mais ce dernier discours d'aujourd'hui d'Éric Dupond-Moretti - magistral -, lors de la passassion de pouvoir, me fera toujours douter de mes préjugés...

Le discours d'Eric Dupond-Moretti devant la précédente garde des Sceaux Nicole Belloubet © Eric Dupond-Moretti

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.