Pour un service public des taxis

            Jean Jaurès disait : « le service public est le patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas ». L’Etat mène des politiques publiques à destination de tous. Pour celles et ceux qui sont les plus démunis, les services publics sont nécessaires et peuvent prendre plusieurs formes : la crèche pour permettre aux parents d’aller travailler, l’école pour éduquer nos enfants, l’hôpital pour se soigner, etc. La mobilité physique des citoyens est devenue fondamentale.

 

A ce titre, la convention sur le climat a établi 149 propositions visant à réduire nos émissions polluantes de 40 % dans les 10 prochaines années avec un esprit de justice sociale. Le secteur des transports est primordial avec 11 objectifs poursuivis.

 

            Pourtant, aucune proposition ne concerne directement nos taxis qui font face à de nouveaux défis et doivent participer à cette transition écologique. La transition vers des déplacements moins polluants ne sera possible que si nous établissons une complémentarité entre les différents moyens de transport et envisageons une réflexion globale sur la mobilité dans nos villes.

 

            A cette fin, je propose la mise en place d’un service public des taxis. Ils participent à la mobilité de tous, en ville et dans nos territoires. Leur mission est d’intérêt général et notre histoire a montré leur dévouement à la nation.

 

            Les 6 et 7 septembre 1914, 1 100 taxis de Paris transportent jusqu’au champ de bataille de la Marne 6 000 soldats afin de stopper l’invasion allemande. L’effet psychologique sur les troupes et à l’arrière fut important et devint symbole de l’unité nationale.

 

            Aujourd’hui, ils nous permettent d’effectuer nos déplacements professionnels, transportent les personnes âgées ou malades, nous raccompagnent quand les transports en commun ne sont plus disponibles. Ils fournissent une prestation de qualité au service de tous.

 

            Pour effectuer au mieux ces missions, ils bénéficient d’une réglementation particulière. Ils peuvent ainsi emprunter les voies de bus afin d’éviter les bouchons ou bénéficier d’autorisations de stationnement pour accueillir leur clientèle. Le métier est réglementé et les chauffeurs sont de vrais professionnels qui paient une licence, réussissent un examen et disposent d’un véhicule sécurisé qui passe régulièrement divers contrôles pour s’assurer de leur qualité de transport.

 

            Or, ces professionnels sont maintenant concurrencés par les VTC qui profitent de la déréglementation pour utiliser des procédés déloyaux. Ils viennent aux aéroports et dans les gares prospecter et trouver clientèle. La police spécialisée, les boers, fait un travail remarquable et sanctionne plusieurs centaines d’infractions chaque année.

 

            Mais ce travail n’est pas suffisant, le prix des licences de taxis s’effondre et la condition de nos conducteurs se noircit. Un service public des taxis permettrait alors d’établir une réglementation stricte du secteur au bénéfice de nos chauffeurs, tout en participant aux transformations nécessaires à leur métier.

 

            Dans la mise en relation avec les clients d’abord. Les applications smartphones constituent un progrès majeur et permettent de trouver un chauffeur en quelques instants. L’Etat doit être en mesure de produire de tels outils, contrôlés par la personne publique pour la sécurité de nos concitoyens et la loyauté de la concurrence entre les taxis. Ce service doit être organisé au niveau territorial, par les communautés de communes, communautés d’agglomération, communautés urbaines et métropoles. En outre, la création du service public permettra d’offrir de nouvelles prestations à nos concitoyens, avec des véhicules adaptés aux personnes à mobilité réduite ou encore respectant des conditions sanitaires strictes.

 

            Dans l’effort écologique ensuite. La mise en place de ce service public permettra d’astreindre les chauffeurs à l’utilisation de véhicules peu polluants. Il sera même possible d’envisager la mise à disposition de bornes de rechargement à leur bénéfice, par les collectivités. Enfin, un contrôle pourra être exercé sur les itinéraires choisis et la souplesse de la conduite afin de favoriser les chauffeurs les plus diligents.

 

            C’est enfin une politique publique d’avenir, dans quelques années la voiture autonome fera partie de notre paysage urbain et une réglementation territoriale devra être établie. Il faudra alors innover en matière de politiques publiques pour permettre l’organisation d’un réseau de transport multimodal, associant taxis traditionnels, taxis autonomes, métros, bus, tramways et mobilités douces.

 

            Par la création d’un service public, rendons grâce à nos chauffeurs et permettons-leur de participer à la transformation de notre société tout en valorisant ostensiblement leur outil de travail : la licence de taxi pour le service public.

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