La faute à Voltaire

Le 13 avril, Emmanuel Macron s'est adressé une nouvelle fois aux Français. Il y a ce qu'il a dit, mais le plus significatif était peut-être dans ce qu'il n'a pas dit. Le 11 mai devrait être la date du déconfinement. C'est aussi une occasion unique pour toutes celles et ceux qui veulent remettre l'humain et le respect de la nature au coeur du système pour reprendre la main.

LA FAUTE A VOLTAIRE

Macron: ce qu’il n’a pas dit et ce que cela veut dire 

Espoir, humilité, contrition. Tels sont les mots que les éditorialistes retiennent du discours d’Emmanuel Macron. Tel est le message qu’il faut retenir.
Le 11 mai, nous entrerons dans une nouvelle étape, celle du déconfinement.
Ca y est, nous y sommes … presque.
Le mot a été prononcé, la date a été fixée. Les Français sont soulagés.
Notre Général en chef a fixé le cap, il tient bon la barre et n’en doutez pas, il aura tiré toutes les leçons de cette épreuve…

Voilà pour ce qu’il a dit.

Intéressons-nous maintenant, à ce qu’il n’a pas dit.

Nous sommes en Guerre!
Et bien non, c’est terminé, la guerre. On a déjà gagné!
Ce n’était pas facile, mais on a gagné.
L’heure est maintenant à la reconstruction.
Réouverture des écoles, redémarrage de la production, relance de l’économie.
On ira avec prudence, par étapes bien sûr, mais on y retournera … au charbon.

Nous nous appuierons sur la science et l’avis des scientifiques.
Et bien non, notre Président a décidé que le 11 mai serait le début du déconfinement, et il le sera, quoi qu’il en coûte!
Pas besoin d’attendre l’avis des scientifiques ni l’analyse des faits.
Quel sera le taux de saturation de nos services de réanimation et l’état de nos troupes médicales ?
Quel sera le taux d’immunité de la population ?
Disposerons-nous de traitements efficaces pour faire face à la maladie ?
Quel sera le risque d’une 2ème vague ?
Quel sera le retour d’expérience des pays qui auront été touchés avant nous par la crise sanitaire ?
Notre Président a déjà les réponses à toutes ces questions et s’il n’a pas jugé bon de les partager avec nous , c’est que le débat est tranché.

Il a tranché.
L’heure n’est plus aux polémiques, mais à l’action.
Les seules questions qui vaillent porteront dorénavant sur les modalités du déconfinement, pas sur la date ni le pourquoi.

D’ici le 11 mai, le confinement aura assez duré.
Au-delà, les Français mais surtout l’économie ne le supporterait pas.

Mais au delà de l’économie, c’est tout un système de pensée qui est en cause.
Le confinement est en effet un ennemi extrêmement subversif.

Pensez-donc, et vous avez le temps pour cela:

Qu’est-ce qu’une société où le travail et la consommation ne sont plus au coeur de nos vies?
Une société, où la priorité va à la préservation de la santé et à la garantie de ce qui est absolument essentiel ?
Une société où l’Etat est tout entier consacré à la protection de ses citoyens et où les entreprises doivent se mobiliser au service du bien commun en produisant ce dont nous avons vraiment besoin ?
Une société, où les gens doivent rester chez eux, prendre soin de leurs proches et ont le temps de s’interroger sur le sens de leur travail ?
Une société où les dogmes budgétaires et financiers sont remis en cause ?
Une société où l’utilité sociale des métiers mais aussi la fragilité et l’absurdité de notre monde moderne apparaissent au grand jour?

Cela donne le vertige, et il ne faudrait pas que ce moment de flottement dure trop.


Alors que faire ?

Le 11 mai, il faudra choisir.

Prendre le chemin du retour à la raison, du retour au travail pour que tout rentre dans l’ordre et redevienne comme avant.
Et en même temps, faire confiance à notre Président pour que plus rien ne soit comme avant…

Ou dire STOP et fixer nos conditions.

Des conditions d’un changement de cap radical sur le plan écologique, social et démocratique.
Nous resterons confinés tant que nos dirigeants n’auront pas pris des engagements forts d’un renouveau démocratique et de la mise en oeuvre d’une politique à même de faire face aux défis humains et planétaires que nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer.

Cette position, demande un gros sacrifice : le sacrifice de l’une des choses que nous avons de plus cher et qui nous tourmente le plus, notre liberté de mouvement et d’action.
Ce que je propose, c’est que nous renoncions à ce que nous désirons le plus.
Ce sera notre marche du sel!

Ne vous y trompez pas, ne vous laissez pas tenter par le chant des sirènes.
C’est la seule façon d’inverser le rapport de force et d’obtenir ce que nous voulons, un changement radical de société qui replace l’humain et le respect de la nature au coeur du système.

Nous serons traités d’inconscients, d’irresponsables, de traîtres à la Nation et de déserteurs.
Tout le système résistera et se mobilisera de toutes ses forces pour nous faire plier.
Le chemin sera difficile, mais le système est déjà à genoux et il ne tient qu’à nous d’en reprendre les rennes.

Ce système dont nous sommes nombreux à sentir qu’il ne nous rend ni libre, ni heureux, ne subsistera que le temps que nous y croirons.
Nous sommes enfermés dans une cage ouverte.
Il ne tient qu’à nous d’en ouvrir la porte.

Si nous sommes nombreux, nous obtiendrons gain de cause, car ils n’auront pas le choix.
Le système a besoin de nous pour fonctionner.
Le temps est venu de reprendre les clés de la maison et de reprendre en main nos vies et notre avenir.
Le temps est venu de passer à l’action: celle de la désobéissance civile et non violente.

Emmanuel Macron s’est plu à faire la hiérarchie des Français : 1ère, 2ème et 3ème ligne…
Montrons-lui qu’il y a aussi des Français de 4ème ligne, des déserteurs du système, qui refusent les règles du jeu qu’on leur a imposées et qui sont prêts à se lever et à s’investir… dans un autre projet de société.

« Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire
Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau
Je ne suis pas notaire, c’est la faute à Voltaire
Je suis petit oiseau, c’est la faute à Rousseau »

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