Lettre ouverte à M. Debré

Monsieur le Président.

 

Vous qui êtes juriste et ancien magistrat pourriez-vous dire ce que c’est pour vous la « liberté individuelle » ? Et pourriez-vous soutenir cette formule : «Tant par leur objet que par leur portée, ces dispositions ne comportent pas de privation de la liberté  individuelle au sens de l’article 66 de la Constitution.» si elles s’appliquaient à vous ? Faire dire cela de cet article relève de l’art de tordre les textes pour les faire aller dans le sens souhaité et d’une certaine dose de cynisme et/ou d’hypocrisie.

Pensez-vous, réellement, qu’après une dénonciation anonyme ou pas, une supposition que.., une suspicion de commettre, dans un avenir indéfini, un acte susceptible de nuire à l’ordre public la mise en résidence surveillée sans jugement, ni motivation ne soit pas une atteinte à la liberté individuelle ? Etre dans l’obligation de demeurer chez soi de 8 ou 9 heures du soir au lendemain 6 ou 7 heures, pointer 3 fois par jour matin, midi et soir sur simple décision d’un préfet ne constitue pas une atteinte à cette liberté ? Pas pour vous ? Risquer de perdre son emploi, ne pas pouvoir vaquer à des occupations habituelles, affronter le regard des autres ne constituent en rien à une atteinte à la liberté d’un citoyen  ? Un gouvernement qui se met ainsi hors la loi mérite lui aussi d’être en résidence surveillée ! Pour beaucoup de citoyens c’est que nous faisons et ferons.

Le jugement, délivré par votre Conseil, n’est pas celui de la Justice mais un jugement politicien pour donner raison à la peur.

Grâce à vous les temps à venir promettent d’être risqués (par actes ou écrits) pour tous manifestants, syndicalistes, salariés et paysans en colère s’exprimant face aux injustices, aux dérives de la société. Et que peut-il se passer dans l’avenir s’il advient un régime extrêmes ? Vos actes de ce jour seront pain béni pour eux ! J’espère que l’histoire n’aura pas à vous juger ! A son tour !

Une si longue et respectable carrière pour en arriver là et finir ainsi son mandat, quel dommage !

Avec mes respects.

M. Letellier

 

 

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