Racisme et mépris sous couvert d'art

Le billet de Jean-Louis Le Galery m'interpelle, étant moi-même une plasticienne, donc confrontée à beaucoup de formes d'art.

Formes ? oui, matières, catégories, supports etc...

On débat volontiers de la liberté d'expression, je me souviens de ce tableau d'Andrès Serrano "Piss Christ" à Avignon qui avait été vandalisé parce que blasphématoire.

Où finit la liberté d'expression dans l'art ? Qu'il s'agisse de Dieudonné, du sketch ayant pour thème le génocide au Rwanda ou de cette photo de Dasha Zhukova, on peut bien sûr se poser la question.

En la regardant, j'ai pensé : comment cette jeune femme noire a-t-elle pu accepter de poser ainsi ?

Quelles furent ses motivations ? Ou peut-on penser qu'elle n'avait pas le choix ? La galerie de Dasha Zhukova se trouvant à Moscou, quelle liberté de manoeuvre peut avoir un mannequin sous le "règne" de Poutine ?

Cette violence faite à la personne humaine, ce mépris des victimes d'exactions, nous renvoient brutalement à ce que produisent les médias sous couvert de liberté d'expression.

Etre victime. La télévision a tellement banalisé les comptes-rendus de guerre, d'attentats, nous renvoyant d'un coin du globe à l'autre, que nous ne sommes plus capables parfois de distinguer le bien de ce qui ne l'est pas.

Nous sommes submergés de comptes-rendus plus saignants les uns que les autres, plus violents, mais l'esprit humain ne peut que se lasser de voir et revoir sans cesse des images d'horreur sans pouvoir agir.

Cette banalisation est devenue tellement monnaie courante que nous ne nous posons plus la question : pourquoi ?

Au nom de quoi ?

Le respect de soi et des autres ne peut faire bon ménage avec l'argent. Et lorsque l'on creuse quelque peu les motivations des médias et des affairistes, nous nous apercevons que  nos valeurs morales sont roupies de sansonnet à côté de ce bel argent sonnant et trébuchant.

Et Dasha Zhukova, par sa filiation et son statut de femme d'oligarque, peut se croire tout permis. L'argent étant devenu le moteur de nos sociétés modernes, il flatte et développe les plus bas instincts puisque en se savant riche et puissant, on est inattaquable !

Aller toujours plus loin dans le mépris sous couvert d'art est l'apanage à présent de beaucoup "d'artistes"qui pour percer, n'hésite pas à utiliser ce qui aurait scandalisé, il y a 30 ou 40 ans, leurs aînés.

Je pense à des Devos, Bedos, Coluche, Fernand Raynaud etc.. qui nous ont habitués à un humour dénonciateur des inégalités et des déviances humaines jamais malsain.

La liberté s'arrête où commence la gêne de l'autre dit-on. Combien s'en souviennent encore ?



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