Confinée au bout du monde

Ce billet de blog est en écho au thème Covid 19 et écologie, apportez votre témoignage. Je souhaitais apporter ma contribution. J'ai posté mon témoignage ici.

Illustration Comores Pandémie © MMeril Illustration Comores Pandémie © MMeril

 Je suis arrivée aux Comores à l'automne 2019, deux mois avant que l'alerte de l'OMS n'est été donnée.

Logées au coeur du Canal du Mozambique, les îles font face à une recrudescence de catastrophes naturelles. Le pays traverse une crise sans précédent. Les accès à l'eau et à l'électricité 24h/24 ne sont toujours pas garantis.

L'arrivée de la pandémie est apparue brusquement dans nos vies. Jamais nous n'avions vécu une chose d'une telle ampleur.
Il y a eut une onde de choc dans le secteur de l'économie en France et à l'international. Nous l'avons ressentie. L'hexagone a été touché très fortement par la pandémie, cela a eut des répercussions ici, les liens socio-économiques étant étroits. De nombreux magasins s'approvisionnent directement sur le marché français. On a pu observer des pénuries sur les produits de première nécessité et ceux de la vie courante. De plus, la diaspora participe activement à la vitalité de l'île. Beaucoup de secteurs économiques aux Comores ont été à l'arrêt, tout comme la vie culturelle du pays.

La plupart des pays prenaient déjà des mesures pour le confinement que les autorités ici tardaient à annoncer leur 1er cas et à mettre en place des mesures de restriction.

Au départ, il y a eut un silence. 
Celui-ci a été brisé par des initiatives citoyennes. Des voix s'élevaient, sur les réseaux sociaux et à la radio, pour réclamer la mise en place de mesures à l'échelle nationale et appeler tout le monde à se mobiliser.

Au tout début de la crise, nous nous sommes retrouvés sans masque ni gel hydroalcoolique. Nous avons dû utiliser le système D. Tout le monde recouvrait son nez et sa bouche avec du tissu.

Puis, la société s'est organisée:
-Clips musicaux réalisés pour sensibiliser la population aux gestes barrières et à la maladie.
-Témoignages de comoriens à l'étranger et dans le pays
-Des volontaires ont proposé leur aide
-Des appels à la solidarité et à la générosité des citoyens ont été lancés 
-Des couturières se sont mobilisées pour confectionner des masques bien avant l'arrivée de l'aide internationale.

Entre les confinements et les couvre-feu successifs, nous avons pu observer une baisse de la pollution atmosphérique. La particularité de nos îles, l'absence de feux de signalisation. Résultat, les routes sont souvent encombrées. Le confinement a entraîné une diminution de la circulation et a contribué à l'amélioration de la qualité de l'air. La capitale respirait à nouveau.
Toutefois, avec le temps, beaucoup de personnes ont baissé leur garde par rapport à la maladie (gestes barrières et port du masque). Les plages sont restées ouvertes pendant un bon moment et les rassemblements de grande ampleur ont repris leur cours.

Cette pandémie a changé mon mode de vie et a bouleversé mes habitudes. Je regrette mon cinéma, les activités de plein air, les rues animées. Tout cela a été remplacé par un monde virtuel.
J'ai remarqué que de nombreuses initiatives citoyennes ont permis de faire bouger les choses depuis que je suis ici. Tout cela m'a fait prendre conscience de l'importance de faire entendre sa voix et de sortir de ces logiques partisanes afin de trouver des solutions communes. Notre système de soins est en souffrance et l'assainissement laisse toujours à désirer. Une meilleure prise en compte de notre environnement contribuerait à éviter la propagation des maladies.

A mon sens, il est souhaitable de trouver un juste équilibre entre nos écosystèmes, nos développements et notre avenir dans une perspective de développement durable.

Tout cela afin d'obtenir des sociétés plus résilientes.

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