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Billet de blog 24 nov. 2022

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L'Iran est devenu la Palestine

Après chaque soulèvement réprimé dans le sang Comme ils sont beaux et expressifs les cris de révolte de ces jeune Iraniens exaltés par la colère et exaspérés par l’occupation de leur pays : « Nous nous battrons, nous mourrons, nous reprendrons l'Iran. » Ce sentiment n’est-il pas d’une certaine manière similaire au sentiment palestinien sous occupation ?

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L'Iran est devenu la Palestine

Le régime qui a émergé de la révolution iranienne s'est séparé du peuple et de la démocratie dès le lendemain de la victoire et ceci a poussé, dès cette époque, la société civilisée iranienne sous le joug d’un régime de califat prémédiéval. 

Le peuple iranien a patiemment et vaillamment enduré toutes sortes de pressions et de violences, une partie de la population par foi religieuse, l’autre partie dans l'espoir de jours meilleurs.  La répression aveugle, l’obstruction de toute forme de critique et de proposition, l'étouffement des journaux et la censure totale de tous les médias ont ouvert la voie à l'autocratie et à sa progéniture, la corruption.  Malheureusement, celle-ci a pénétré le régime jusqu'à la moelle, sans issue possible pour le régime. Ces quarante-trois années de répression aveugle et répétée, d'assassinat brutal des éléments les plus cultivés de la patrie sont le fruit du califat islamique, le gouvernement du docte appelé velayet-e faqih par les mollahs. C'est arrivé à tel point que la troisième génération de la révolution, celle qui a subi le lavage de cerveau de ce régime, a perdu patience et espoir, descendant dans la rue en quête de liberté. Au péril de sa vie, cette jeunesse a pris son destin entre ses mains, exigeant un rejet constant et définitif de ce régime misogyne et cruel. Pouvons-nous trouver un meilleur exemple que celui-ci pour la mort de ce régime de l'intérieur, par la main de ses propres enfants et de ceux qu'il a éduqués ? Laissons de côté la frange cléricale, corrompue et cupide, dont les enfants partis à l’étranger ôtent le voile ouvertement et vivent de l’argent volé au peuple. Il s’agit là d’une autre forme de schisme entre les tenants du régime et leurs enseignements. N’est-il pas incroyable que ces pères qui imposent le hijab à l'intérieur du pays prennent des photos avec leurs épouses et leurs filles sans hijab à l’étranger ? Quand on pointe cette hypocrisie, les mêmes se réfugient derrière la liberté de leurs enfants, une liberté qu'ils n'acceptent pas pour les femmes d'Iran. 

Mais, revenons à notre sujet.

Après chaque soulèvement réprimé dans le sang – et ils sont hélas nombreux : 1997, 1999, 2009, 2017, 2019, 2021 –, le régime est devenu de plus en plus cruel envers le peuple, de sorte que dans ce soulèvement de 2022, il n'y a plus ni connexion ni dialogue. Il n'y a plus aucune tolérance de la part du peuple envers le régime, ce régime oppressif dont le traitement violent et brutal envers ses enfants en a fait un régime d'occupation. Comme ils sont beaux et expressifs les cris de révolte de ces jeune Iraniens exaltés par la colère et exaspérés par l’occupation de leur pays : « Nous nous battrons, nous mourrons, nous reprendrons l'Iran. » Ce sentiment n’est-il pas d’une certaine manière similaire au sentiment palestinien sous occupation ?  D'un côté, des jeunes sans armes ; de l'autre, des forces répressives armées jusqu'aux dents avec des armes de haute technologie. 

Il existe plusieurs différences entre la Palestine et l'Iran palestinien.  Grâce au soutien des Iraniens de l'étranger, l'opinion publique occidentale se tourne progressivement en faveur des soulèvements en Iran, et il n'est pas trop tard pour que les gouvernements occidentaux soient contraints de suivre leurs opinions publiques. Ce tournant profitera aux mouvements de révolte en Iran.  Dans le même temps, il montre le visage du régime occupant, qui n’a plus de lien avec le peuple, vendant le pétrole contre des armes pour mieux continuer à opprimer la population.  La poursuite de ce soulèvement va non seulement révéler le vrai visage du régime, mais il va aussi l'isoler et le mettre dans une situation intenable — processus qui a d’ores et déjà commencé.  Seuls des pays dirigés par des dictateurs soutiennent le régime iranien, comme la Syrie de Bachar Al-Assad ou la partie du Liban sous contrôle du Hezbollah.

Soulignons un autre aspect important de la révolte à l’œuvre.  Il y a beaucoup de questions sur l'avenir de ce soulèvement à l'intérieur et à l'extérieur du pays, notamment ce sur quoi il pourra déboucher.  Personne n'a de réponse.  Ce qui est certain, c'est la voie choisie par ce soulèvement : persévérance, diffusion et résistance de la lutte.  Ces trois tactiques désespèrent les forces répressives qui montrent des signes de fébrilité et de nervosité, et font adhérer au mouvement les parties indécises de la population.  Cette génération a compris qu'elle est dans une guerre d’usure, qu’elle a pour elle un nombre infini en lien avec le peuple, que la force de l’oppresseur est limitée et surtout impuissante face à la multitude qui cherche à se libérer et à vaincre.  Si cette étape est franchie, les couches les plus pauvres de la société, qui sont obligées de travailler dur pour survivre et ne sont pas en mesure de se battre, entendront également l'appel de la liberté et, en ralliant le mouvement, barreront la route au gouvernement. « Le peuple n’accepte pas le gouvernement et, dans le même temps, le gouvernement n’est pas capable de gouverner ». Telle est l’équation qui sous-tend l’aboutissement d’une révolution, et qui semble à l’œuvre avec le soulèvement actuel. La première moitié de l’équation est en effet en cours ; il suffit que le mouvement s’étende à la classe ouvrière pour que la désobéissance civile débouche sur le blocage total du pays, achevant d’illustrer la deuxième partie de l’équation.

Ces dernières semaines ont été dures et douloureuses pour tout le monde, le bilan des pertes humaines s’avère lourd et glaçant pour celles et ceux qui sont en première ligne de la lutte. Sans aucun doute. La force qui émane des jeunes partout sur le terrain, et la présence des femmes en première ligne ont accru l'espoir dans la poursuite de ce soulèvement. Leurs slogans montrent qu’ils n’ont pas l'intention de s’arrêter ni de faire marche arrière.  « Nous sommes la génération la plus entêtée » : preuve de l'intelligence collective de cette génération, mais aussi de sa détermination à la poursuite du mouvement.  Il faut accepter que les forces de la révolution s’émancipent en se développent dans ce processus de lutte.  Si les jours présents sont durs et douloureux, le fruit attendu est doux et à la hauteur des espérances.  Ces souffrances et ces scènes douloureuses ouvrent la voie à l’émancipation de cette génération —femmes et jeunes —, elles les aident à trouver leur chemin et leurs leaders, tout en fermant la voie à toutes sortes d’opportunismes et de profiteurs.  Malgré la difficulté de ces moments, ce chemin ne doit pas être écourté : plus ces jours dureront, plus les fruits seront mûrs et plus la jeunesse sera prête.  Nous pouvons déjà constater de quelle manière cette génération a intelligemment barré la route aux forces opportunistes — qu’il s’agisse d’États ou de personnalités diverses tentées d’interférer ou de se mettre en avant à l’occasion de ce soulèvement.  Prenons cela comme le signe que les enfants de la terre d’Iran sont déterminés à choisir leur propre voie et à en payer le prix.

 En espérant voir le jour de la liberté advenir.

 Femme, Vie, Liberté

Modjtaba.mofidi@free.fr

France octobre 2022

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