Lettre à Soulaimane Raissouni et sa bande de LibreMen

Les braves partent les uns après les autres ! Dans un pays où la démocratie n'est qu'un étendard pour flatter la conscience des investisseurs économiques, les journalises libres et indépendants continuent à pourrir derrière les barreaux, se font punir pour les résistances insolentes dont ils font preuve par leurs geôliers. Dans un élan d'impuissance, j'adresse cette lettre à l'un d'eux.

Cher Soulaimane,

On ne se connait pas et on ne se connaitra peut-être jamais. Je t’écris juste pour te dire mon désamour.

Je ne t’aime pas !

Je n’aime pas les gens comme toi. Des gens sous prétexte de dignité ou je ne sais quel principe de justice se croient tout est permis. Se croient libres. Libres de lire, libres d’écrire, libres de réfléchir voire pire libres de clamer qu’ils sont libres.

Tu n’as pas honte ? toi et ta bande de libreMen ?

Heureusement pour ce pays, heureusement pour nous. Vous êtes tous frappés par la malédiction de la Bite-fourreuse. A partir d’un certain niveau de librattitude, votre bite se fourre quelque part où elle ne devrait pas. Elle aurait pu choisir des mineurs, l’affaire serait classée sans suite, au pire c’est l’affaire de quelques semaines, voire quelques mois si le juge est dans un mauvais jour et avec un peu de chances, de couleur bleue de préférence, elle sera graciée à la prochaine fête de trône. Mais non, elle est aussi têtue que vous. Elle joue les difficiles à toujours se fourrer là où on prend 5 ans ferme !

5 ans ! ça nous fera du repos tient ! Un de moins de ton espèce. Un de moins pour nous rappeler notre médiocrité, notre silence coupable et pathétique. A ce rythme, bientôt on ne sera qu’entre nous. Enfin ! Je peux briller en société à nouveau. Clamer mon désaccord. Crier mon opposition. Exprimer ma révolte … mais bien à l’abri. Chez moi de préférence et encore mieux si je suis seul !

J’ai évidement voulu manifester devant les tribunaux et dans l’espace public. Mais tu comprends, ça tombait mal. Entre les vacances, la fête, le mariage de ma cousine, la rentrée scolaire, je n’ai même plus le temps de me gratter la tête. Et puis j’ai mes privilèges moi, merde ! Je ne vais pas tout gâcher. Pas maintenant. Plus tard. Peut-être ! En plus, à chaque fois il n’y a que ta famille et quelques-unes et quelques-uns de tes amis. Je ne vais quand même pas déranger leur intimité. H’chouma !

Il parait que tu fais une grève de la faim ! que tu es en train de mourir ! Sérieux ?!

Pourquoi tu fais ça ?

J’espère que ce n’est pas pour moi. Je te préviens ! Je ne marcherai même pas derrière ta dépouille.  J’aurais toujours quelque chose à faire, et surtout j’ai trop de choses à perdre, à protéger, à garder, à fructifier. Je serai certainement en train de ronger l’os que l’Makhzen m’autorise, pour que ma gueule ne puisse pas servir à autre chose.

Je te hais car tu me rappelles que je ne suis qu’un lâche parmi les lâches.

Pour tout le désamour que je te porte, ne lâche pas ta vie. Pas pour moi. Je ne la vaux pas.

Signé, Un Sujet.

 

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