Le mouvement des Gilets jaunes et la dictature du capital

Il est grand temps que tous les exploités et tous les pauvres se réveillent et rejoignent ceux et celles qui mènent depuis presque cinq mois maintenant un magnifique combat contre une classe sociale ultra-minoritaire mais qui possède tous les pouvoirs.

 

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   «c'est précisément dans les républiques les plus démocratiques que règnent en réalité la terreur et la dictature de la       bourgeoisie, terreur et    dictature qui apparaissent ouvertement chaque fois qu'il semble aux exploiteurs que le pouvoir du   capital commence à être ébranlé». Lénine (1).

 

La révolte des Gilets jaunes a révélé au monde entier le caractère de classe de la démocratie en France. Parler de la démocratie dans l'absolu, non seulement n'a pas beaucoup de sens, mais permet surtout de nier l'existence même des classes et de la lutte des classes. Dans le système capitaliste, il n'existe pas de démocratie en dehors des classes sociales. La démocratie française, comme dans tous les pays capitalistes, est une démocratie bourgeoise. Cette classe qui possède tous les pouvoirs impose à toutes les autres classes, c'est à dire à l'immense majorité des citoyens, sa propre démocratie. La résistance des Gilets jaunes au pouvoir bourgeois a mis à nue cette démocratie tant vantée.Une partie du peuple commence à se rendre compte que L’État de droit, la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse, d'expression, de circulation, de manifestation, etc. ne sont que de grossiers mensonges destinés à tromper les classes populaires et à perpétuer les privilèges de la classe des possédants et des exploiteurs.

Le mouvement des Gilets jaunes montre d'une manière éclatante que la liberté de la presse par exemple n'existe tout simplement pas. Les moyens de communication de masse sont quasiment tous dominés par le grand capital. La bourgeoisie qui possède les moyens de production matériels, concentre également entre ses mains les moyens de production de l'information. Derrière chaque grand quotidien, chaîne de télévision, station de radio etc. se cachent un ou plusieurs milliardaires voire toute une famille de riches : le Monde pour Xavier Niel et Daniel Křetínský, TF1 pour la famille Bouygues, BFM TV pour Patrick Drahi, CNews et canal plus pour Bolloré, Le Figaro pour la famille Dassault, Europe1 pour Lagardère, etc. etc.(2).

Les chaînes et radios publiques sont, quant à elles, toutes aux ordres du pouvoir politique.

La presse et l'information dans la démocratie bourgeoise ne sont que des marchandises qui s'achètent et se vendent sur le marché comme n'importe quel article de commerce. Elles ne peuvent être achetées que par les plus riches. Économiquement, ces groupes puissants et influents, ne sont là que pour faire du profit et idéologiquement pour servir les idées de leur propre classe. La liberté de la presse dans cette démocratie c'est la liberté de corrompre les journalistes, de façonner et de fabriquer une « opinion publique » qui transpire l'idéologie dominante.

Lorsque les exploités relèvent la tête, ils trouvent face à eux non seulement la police et l'armée comme dans des régimes autoritaires (le peuple comme ennemi intérieur) (3), mais aussi une propagande médiatique sans bornes. Les Gilets jaunes sont ainsi traités dans les médias du capital avec une extrême violence. Le Président de la République, les ministres, anciens et nouveaux, les journalistes, mais aussi les intellectuels, les « experts »... défilent sur les plateaux de télévision et de stations de radios pour déverser sans retenue aucune leur haine de classe : une « foule haineuse », des «bœufs», des « casseurs » des « nervis », des «salopards d’extrême droite et extrême gauche», des «fascistes», des «conspirationnistes», des «antisémites» et bientôt peut-être des mangeurs d'enfants ! Certains vont même jusqu'à appeler les forces de l'ordre et l'armée à se servir des armes : «qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois ! […] On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies» (4).

Les Unes, les éditos, les chroniques, les compte-rendus, les reportages ou encore les tweets n'ont qu'un seul et même objectif, détruire le mouvement des Gilets jaunes. La minorité d'exploiteurs, à travers l'appareil répressif de l’État et la propagande des médias, ne peut supporter que des « gueux » lui tiennent tête, de surcroît sur une aussi longue durée (cinq mois déjà !). Elle tente alors par tous les moyens de terroriser les manifestants afin de les réduire au silence pour mieux perpétuer ses privilèges. Au-delà des Gilets jaunes, ce sont tous ceux et celles qui critiquent cette politique de régression sociale sans précédent et qui aspirent à plus de justice sociale et à un meilleur partage des richesses qui sont visés par cette propagande et répression aveugle.

Le principe sacré de la séparation des pouvoirs, cher à Montesquieu, est lui aussi chaque jour profané. Les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif ne forment en réalité qu'un seul et même pouvoir : derrière les parlementaires et les juges, il y a Macron et derrière Macron il y a la classe qui l'a hissé brutalement à la tête de l’État, la bourgeoisie. Sans remonter loin dans l'histoire de cette fable de la séparation des pouvoirs, quelques exemples liés au combat des Gilets jaunes suffisent à montrer que ce principe est un leurre. Madame Belloubet, ministre de la Justice, s'est ainsi déplacée personnellement au tribunal de Paris «pour annoncer, à la place du Procureur de la République de Paris, que deux-tiers des personnes placées en garde-à-vue seront déférées et jugées dans le cadre de la comparution immédiate». Il s'agit des personnes arrêtées durant la manifestation des Gilets jaunes pour lesquelles la ministre exige « une réponse pénale extrêmement ferme » (5).

Dans une lettre envoyée le 12 janvier 2019 aux membres du parquet, le procureur de Paris, Rémy Heitz nommé explicitement par Macron, ordonne clairement de maintenir les Gilets jaunes en garde à vue jusqu’à la fin des manifestations : «Les levées des gardes à vue doivent être privilégiées le samedi soir ou le dimanche matin afin d’éviter que les intéressés grossissent à nouveau les rangs des fauteurs de troubles» (6). Quand ce n'est pas le ministre qui parle à la place du procureur, c'est le procureur qui parle à la place des magistrats ! La justice est ainsi instrumentalisée par le pouvoir pour venir à bout du mouvement des Gilets jaunes. La justice n'est en fait qu'un moyen dont dispose le pouvoir politique pour maintenir l'ordre. Dans cette démocratie, l'ordre bourgeois prime sur la justice ! Les institutions bourgeoises, aux prérogatives déjà limitées, sont rabaissées au rang de simples instances aux ordres du Président. Macron, en tant que pouvoir exécutif devenu relativement indépendant, légifère par ordonnances et décrets, réduit le nombre de députés et limite le droit d’amendement. Sa domination sur le législatif est totale.

Et pendant que la classe dirigeante prétend défendre et célèbre la liberté de circuler et de manifester dans les médias, ses institutions répressives, traquent, matraquent, mutilent, interpellent, jugent, condamnent et emprisonnent des manifestants (7). Les condamnations des gilets jaunes à des peines d'emprisonnement ferme ou avec sursis atteignent des proportions inédites. Selon la ministre de la justice elle-même, il y a eu depuis le début du Mouvement (17 novembre 2018), 9000 interpellations. Sur les 2000 condamnations annoncées, «40 % sont des peines d’emprisonnement ferme et 60 % sont d’autres types de sanction, par exemple des travaux d’intérêt général, des sursis, etc.» (8). Il s'agit des chiffres qui s'arrêtent le 24 mars 2019. Depuis d'autres interpellations et d'autres condamnations sont intervenues.

Une nouvelle loi vient d'être votée par le parlement le 12 mars 2019 qui se rajoute à l'arsenal juridique répressif qui existe déjà (lois antiterroristes, état d'urgence désormais inscrit dans le droit commun...). Mais cette fois elle ne concerne pas des terroristes mais des hommes et des femmes qui ont décidé de prendre leur destin en main, les Gilets jaunes. Il s'agit de la loi «anticasseurs» imposée par le pouvoir et qui constitue une attaque sans précédent contre le droit de manifester même si son article 3 a été censuré par le conseil constitutionnel (9).

Partout on interdit aux Gilets jaunes de manifester. La liste des villes où les manifestations sont interdites dans les centre-villes et dans certains quartiers est longue : Paris, Nice, Toulouse, Marseille, Rouen, Metz, Poitiers, Lyon, Bordeaux, Avignon, Dijon etc.

On ne veut plus voir ces « gueux » qui défilent dans l'espace public sans pudeur et qui osent de surcroît demander à Macron de démissionner et aux riches de rendre l'ISF. Il faut les réprimer, les condamner et les emprisonner. Il faut terroriser et cacher ce petit peuple de pauvres qui fait honte à la nation. Qu'elle est belle la démocratie bourgeoise.

Cette terrible répression qui s'abat en ce moment sur les Gilets jaunes est en soi une négation éclatante de cette démocratie des riches et une confirmation par et dans les faits de la dictature du capital. Lénine disait que « La démocratie bourgeoise, tout en constituant un grand progrès historique par rapport au moyen âge, reste toujours (...)  une démocratie étroite, tronquée, fausse, hypocrite, un paradis pour les riches, un piège et un leurre pour les exploités, pour les pauvres» (10).

Il est grand temps que tous les exploités et tous les pauvres se réveillent et rejoignent ceux et celles qui mènent depuis presque cinq mois maintenant un magnifique combat contre une classe sociale ultra-minoritaire mais qui possède tous les pouvoirs. Leur lutte dépasse le cadre étroit des revendications corporatistes et s'inscrit dans une perspective plus large, celle d'un combat contre les injustices de classe et la misère sociale. Le Mouvement des Gilets jaunes a réveillé de profondes espérances, mais il ne peut réussir que s'il mène une résistance collective, consciente et déterminée, une lutte politique de classe contre classe.Toutes les forces qui se réclament de la classe ouvrière, tous les progressistes, tous les citoyens appauvris, méprisés et humiliés, soyons donc tous avec le Mouvement des gilets jaunes contre les privilèges et pour l'abolition de la domination de classe. Sans cette unité, sans ce lien fraternel de solidarité, le mouvement risque d'échouer et la classe dirigeante, ennemie du progrès, poursuivra sa politique de régression et de misère sociale.

Mohamed Belaali

http://www.belaali.com/

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(1)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1919/03/19190304.htm

(2) https://www.monde-diplomatique.fr/cartes/PPA#&gid=1&pid=1

(3)http://www.belaali.com/2019/02/la-revolte-des-gilets-jaunes-et-la-violence-d-etat.html

(4)https://www.dailymotion.com/video/x70bgv3

(5)http://lesaf.org/madame-belloubet-la-separation-des-pouvoirs-ca-vous-parle/

(6)https://www.mediapart.fr/journal/france/120319/gilets-jaunes-paris-le-procureur-invente-la-garde-vue-sans-motif

(7)https://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=24166&LangID=F

(8)https://www.bfmtv.com/politique/gilets-jaunes-nicole-belloubet-affirme-que-2000-jugements-ont-ete-rendus-1658603.html

Voir également :

https://www.bastamag.net/Pour-quels-faits-et-a-quelles-peines-de-prison-des-centaines-de-gilets-jaunes

(9)https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2019/2019780DC.htm

(10)https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110c.htm

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