Affaire Tariq RAMADAN : Le moratoire, probité ou double discours avéré ?

Le moratoire n’est-il pas une manière de vouloir faire contenir la loi divine au profit de l’émergence de celle positive de l’humain.

 

Qu’évoque le moratoire de Tariq RAMADAN ?

Cela fait plusieurs mois que l’affaire Tariq RAMADAN occupe la scène médiatique, il est accusé de viols, actes qu’il n’a peut-être pas commis. Une affaire qui fait couler beaucoup d’encre. Tout naturellement, tout ce qui est en relation avec sa personne et sa pensée est mis en avant avec une cadence soutenue. Le moratoire de TR lui aussi est de retour mais malheureusement encore et encore revient en sujet polémique, prend des tournures extravagantes et des dimensions politiques inutiles dans un climat social nauséabond et un milieu intellectuel plein d’animosité et d’hostilité.

Mettre en avant le célèbre débat de TR avec Nicolas SARKOZY pour comprendre le moratoire est le moins qu’on puisse dire de la non responsabilité civique et citoyenne, mêlée à de la démagogie et de la non loyauté. On peut même lire que TR a appelé à la lapidation des femmes ! C’est de l’ignominie, de l’abjection pure, de la destruction morale et une paresse intellectuelle inouïe le fait d’oser ou d’admettre l’inadmissible ou recevoir l’irrecevable. Ce n’est pas de la faute des manipulateurs me direz-vous, mais plutôt celle des manipulés, encore faut-il savoir que la malice et l’habilité du manipulateur renferme les surefficients dans des valeurs humanistes et les détourner à son profit. C’est la règle du jeu me diriez-vous encore, le principe du libre arbitre et de la liberté individuelle, Je suis tout à fait d’accord, encore faut-il qu’on soit conscient de nos actes pour prétendre à une liberté de choix.

On ne projette pas dans ces quelques lignes de donner notre avis sur le moratoire, ni dans quelle mesure cet appel peut être entendu ou prétendre à la réalité de son application, à la lumière des textes scripturaires et des contextes socio-politiques des sociétés visées par cet appel. On s’efforcera d’expliquer de manière brève et précise le vrai sens (de manière littéraliste !!) de la démarche du moratoire. Une façon pour nous de ne pas lui infliger une double injustice, celle des médias qui ont fait son procès, avant sa tenue, en avant-première et celle des juges qui ont bafoué, piétiné, la présomption d’innocence.

Des semaines durant, les médias « juges » nous ont assommés avec un matraquage incessant que les preuves apportées par les deux premières plaignantes sont accablantes. Depuis la troisième plainte, on peut lire sur les différents supports des mêmes médias :  Henda Ayari et celle qui se fait appeler Christelle dans les médias, ont certes obtenu gain de cause puisque Tariq Ramadan a été mis en examen puis incarcéré, mais n'ont pas été en mesure d'apporter beaucoup d'éléments vérifiables ???? “ A noter tout de même que malgré ces éléments invérifiables, T.R a été incarcéré et ceci depuis le 02 Février!!

 

Qu’est-ce qu’un moratoire ?

Un moratoire (du latin moratorius, de morari : retarder) est un terme de droit qui désigne d’accorder un délai, ou une suspension volontaire d’une action. [1]

L’action visée dans le moratoire de Tariq RAMADAN est celle de faire un appel au monde musulman pour suspendre l’application des châtiments corporels (Les hudûd [2]) et d’ouvrir un débat entre les différents courants théologiques au sein des sociétés majoritairement musulmanes, dans le but est d’abolir définitivement leurs applications. Les femmes et les pauvres sont d’ailleurs les plus touchés par ces lois, précise-t-il. Partir des bases de références islamiques pour concilier les textes avec le contexte, pour s’émanciper de la tradition et pour actionner l’abolition et rejeter la conservation. Etre comme le disait T.R lui-même dans la transformation au lieu de s’enfermer dans l’adaptation. [3]

Maitriser ses émotions, c’est respecter son intelligence :

Nous ne devons pas nous laisser traînailler par quelques Idéologues ; politiciens, laïcards, opportunistes, musulmans serviles et idiots et tout naturellement par le rédacteur de ces lignes. Soyons acteurs en se positionnant en observateur averti et ne pas céder au sensationnalisme. On est envahi par une masse d’information à très haut débit, raison de plus que le chemin le plus court et le moins chronophage est de revenir à la source, d’être raisonnable et éviter les surabondances.

Les littéralistes parmi les musulmans sont les plus amenés à « se révolter » par cette démarche du moratoire, ceux qui voudront appliquer de manière stricte et textuelle la « Charîa ». Mais venant de personnes prônant la laïcité et la non intervention divine dans les affaires de l’Homme n’a comme explication que de vouloir noyer le poisson à des fins autres que d’ouvrir ou enrichir un débat. Le moratoire n’est-il pas une manière de vouloir faire contenir la loi divine au profit de l’émergence de celle positive de l’humain ? Par conséquent n’est-elle pas une démarche très laïque si c’est la laïcité qu’on veut instaurer et installer ?  

Il va sans dire que tous ce qui s’évoque à la marge du procès intenté à Monsieur RAMADAN : usurpation de diplômes, son appartenance forcée à la confrérie des frères musulmans qui lui colle comme une seconde peau, vouloir mourir en martyre…prouve que le différend de Monsieur RAMADAN avec ces détracteurs se situe ailleurs que sur le plan des idées. Le gène n’est pas son double discours, mais plutôt le discours lui-même. La tactique est de semer la confusion, surtout dans les médias où l’information s’avère le Pouvoir au-dessus de tous les pouvoirs, une arme de destruction massive ! Des consciences et du vivre ensemble.

[1] : https://fr.wikipedia.org/wiki/Moratoire

[2] : Concept qui signifie littéralement « les limites ». Dans le langage spécialisé des juristes musulmans (fuqahâ’), le terme renvoie à l’ensemble des peines qui relèvent de l’application du code pénal islamique

[3] :https://tariqramadan.com/appel-international-a-un-moratoire-sur-les-chatiments-corporels-la-lapidation-et-la-peine-de-mort-dans-le-monde-musulman/

 

Mohamed HERRAG

Paris le 14/03/2018

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