ALGÉRIE : HALTE A LA PROVOCATION ET Á LA DIABOLISATION DE LA KABYLIE

L'État algérien qui a signé la déclaration universelle des droits de l'homme et les nombreuses conventions internationales, intensifie les violations des règles fondamentales de l’État de droit, en incriminant la liberté d'expression et en bafouant la présomption d'innocence. Ce silence des européens sur ce qui se déroule à moins d'une heure d'avion des portes de l'Europe, est affligeant.

ALGÉRIE : HALTE A LA PROVOCATION ET A LA DIABOLISATION DE LA KABYLIE

L'État algérien qui a signé la déclaration universelle des droits de l'homme et les nombreuses conventions internationales, intensifie les violations des règles fondamentales de l’État de droit, en incriminant la liberté d'expression et en bafouant la présomption d'innocence. Ce silence des européens sur ce qui se déroule à moins d'une heure d'avion des portes de l'Europe, est affligeant.

Des semeurs de haine au secours du régime

Tous les jours, des supplétifs illuminés, protégés par le pouvoir politique, vocifèrent leur haine contre les Kabyles sur la toile et sur les plateaux de télévisions poubelles, financées par l'argent de la rente pour les besoins de propagande du régime et pour offrir une vitrine aux racistes qui s'expriment sans complexe. Ce sont des appels caractérisés à une purification ethnique, en bonne et due forme, sans que l'institution judiciaire ne bouge le petit doigt. Ce qui se trame et qui se prépare, n'est rien d'autre qu'un remake pour parachever le massacre de 2001 qui a coûté la vie à 128 innocents. Les stigmates de ce carnage sont encore visibles sur les 3000 blessés dont certains sont restés infirmes pour la vie.

La machine diabolique du régime a été enclenchée depuis deux ans pour tenter de briser l'insurrection citoyenne de février 2019 qui veut la chute de ce système autoritaire et corrompu. Cette fois, le régime ne convoque, que du bout des lèvres, la "main étrangère", qui cherche à déstabiliser le pays, il privilégie l'autre arme de "l'ennemi intérieur" en désignant la Kabylie, son bouc-émissaire favori, qu'il accuse de mettre en péril l'unité nationale.

De l'interdiction de l'emblème fédérateur de l'Afrique du Nord à l'apocalypse des feux dévastateurs

Les provocations du régime se multiplient et montent crescendo jour après jour. Après les arrestations arbitraires des détenteurs du drapeau Amazigh (berbère) dans les manifestations du Hirak/Tankera, il a tenté de bloquer l'élan de générosité de la diaspora en France, mobilisée pour apporter secours en fournissant médicaments et concentrateurs d'oxygène pour lutter contre la pandémie de Covid-19 qui a frappé le pays de plein fouet. Des hôpitaux croulent sous les malades et des citoyens, en grand nombre, meurent à cause de la pénurie d'oxygène. La provocation a atteint son apogée, cet été 2021, quand des brasiers dévastateurs, allumés par des mains criminelles, téléguidées, sont déclenchés avec une précision chirurgicale, y compris, tout près des villages et des habitations, pour faire le plus grand nombre de victimes. Par magie, ces incendies sont déclenchés au même moment, dans des dizaines de lieux de la Kabylie, très éloignés les uns des autres, un jour de canicule et de fort vent. Une opération de grande ampleur qui ne peut être l’œuvre de quelques pyromanes égarés, mais d'une entreprise criminelle minutieusement préparée et planifiée. Au dernier décompte, hélas, non définitif, 215 âmes ont péri dans ce drame. Des familles entières décimées, des enfants et des bébés carbonisés par les flammes, des centaines de blessés marqués à jamais dans leur chair et avec des séquelles physiques et mentales. Un patrimoine forestier inestimable, avec sa faune et sa flore, a été détruit et transformé en un décor lunaire et apocalyptique.

Un crime odieux pour sceller le pacte de la discorde

Deux jours après le départ de ces feux ravageurs, un jeune artiste, Djamel Bensmail, venu de sa région natale à plus de 250 kilomètres de la Kabylie pour prêter main forte aux citoyens de la région qui luttaient contre le feu avec des moyens rudimentaires, est tombé dans un traquenard. Accusé à tort de pyromanie et livré à la foule en délire, il a été victime d'un lynchage et d'une exécution barbare. Cet assassinat abominable, monté de toutes pièces ne peut profiter qu'à des officines, habituées aux pires coups tordus, pour faire endosser ce crime abject à toute une région, la mettre sur le banc des accusés et inciter à la vengeance. 

L'arme fatale de la justice aux ordres

"Il n'y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l'on exerce à l'ombre des lois et avec les couleurs de la justice." (Montesquieu). Pour donner un semblant de légalité et offrir des gages à l'extérieur, le régime convoque sa justice pour lui faire exécuter la sale besogne. Des personnes au-dessus de tout soupçon, connues et reconnues pour leur engagement et leur militantisme de longue haleine pour la démocratie, se retrouvent calomniées et affabulées de l'infamante accusation de terrorisme. Bouaziz Aït Chebib, Hamou Boumedine, Lounès Hamzi, la liste est beaucoup trop longue pour être publiée entièrement dans ce journal, qui se battent pacifiquement contre les injustices et pour la dignité de leur peuple, croupissent en prison, depuis plusieurs mois, sans procès ni jugement. La semaine dernière, en toute impunité, les sbires du pouvoir aux abois, ont agi en véritables barbouzes pour kidnapper Kamira Nait Sid, Présidente du Congrès Mondial Amazigh, en piétinant toutes les règles de droit les plus élémentaires. Le régime a même exercé des pressions sur le voisin tunisien, en mauvaise passe en ce moment, pour obtenir l'arrestation et l'extradition d'un militant politique, Slimane Bouhafs, pourtant, réfugié politique bénéficiant de la protection internationale. Ce militant politique a déjà été condamné en 2016 à cinq ans de prison pour "insulte à l’islam". Plus de quarante ONG, dont la Ligue tunisienne des droits de l’homme, ont exprimé leur "indignation devant ce dangereux précédent ".

Le mensonge éhonté et l'attaque délibérée contre le sacerdoce culturel et identitaire

S'attaquer à la fibre culturelle et identitaire de la Kabylie pour l'opposer au reste du pays est une vieille et grossière supercherie du pouvoir. À la vieille de la rentrée scolaire, le pouvoir, n'a rien trouvé de mieux que de s'en prendre à l'enseignement de la langue berbère (tamazight) qu'il veut bannir des programmes scolaires. Avec l'énergie du désespoir et pour cacher son incurie et son incompétence, ce régime continue de prendre les enfants du peuple pour des demeurés et des débiles mentaux. Son accusation extravagante et grotesque, portée contre le MAK (Mouvement pour l'Autodétermination de la Kabylie), comme "organisation terroriste" n'est qu'un stratagème pour abuser l'opinion publique, ruiner l'espoir levé par le soulèvement Hirak et désarmer l'insurrection citoyenne pour faire perdurer un système de rapine et de confiscation des libertés qui sévit depuis 60 ans. En s'attaquant violemment à la Kabylie, le régime voulait punir ce bastion de la résistance au système militaro-islamiste, casser l'éternel rempart à la dictature pour se débarrasser de ce caillou dans la chaussure des dignitaires du régime, et stopper la contagion de la contestation aux autres régions du pays. La Kabylie, qui n'arrête pas de saigner et d'irriguer la terre algérienne du sang de ses plus valeureux enfants, demeure l'abcès de fixation du pouvoir sur lequel s’agrègent toutes les haines et toutes les frustrations qui construisent les diversions et les plans machiavéliques et sordides des manipulateurs de l'ombre.

Toutes ces provocations, ces manœuvres diaboliques et ces accusations farfelues, visent manifestement à mettre cette région à feu et à sang, à lui faire courber l'échine, comme les autres régions, et provoquer la colère, le désespoir et la haine. La purge et la chasse à l'homme engagées en Kabylie ne visent pas uniquement les chefs de la contestation mais toute la population de la région.

L'indignation sélective et les droits de l'homme à géométrie variable de l'Occident

Cet épisode tragique, a fait naître une lueur d'espoir. La Kabylie, habituée à vivre sa douleur dans la solitude et l'indifférence, a vu une mobilisation citoyenne des autres régions du pays venir la soutenir et la soulager de sa terrible souffrance. Des personnalités éclairées et des citoyens responsables, à l'image du père de D. Bensmaïl, tentent d'appeler au calme et à la raison pour éviter le chaos. Toutefois, la situation reste fragile et préoccupante et la menace d'autres agressions n'est pas totalement écartée. Chaque jour est déterminant pour empêcher l'irréparable de se produire. Ce pays est assis sur un baril de poudre et des pyromanes, actionnés par des officines occultes, tiennent la boite d'allumettes dans les mains. La Kabylie ne peut servir, éternellement, de victime expiatoire des luttes claniques au sommet de l'État, ses enfants ont en assez de remplir les prisons et de servir de chair à canon aux nervis surexcités des brigands et des despotes qui gouvernent le pays. La Kabylie a déjà, dans le passé, payé un très lourd tribut pour libérer le pays du colonialisme et à combattre les mercenaires de l'armée des frontières qui a confisqué l'indépendance du peuple algérien au lendemain de l'indépendance. Les Occidentaux, les européens en tête, pourtant, prompts à dégainer l'arme des droits de l'homme dès qu'un seul opposant, A. Navalny, se fait arrêter en Russie, font semblant de ne rien voir et de ne rien entendre. Soumis au dictat américain, l'UE ne se gêne pas à imposer un embargo drastique au peuple iranien, à dézinguer le régime de N. Maduro au Venezuela ou la junte militaire birmane. Quant aux proches voisins de la rive sud de la méditerranée, on compte sur eux, pour protéger les puits de pétrole et de gaz et à bien assurer la quiétude et la sécurité des frontières, des voies maritimes et terrestres pour empêcher les migrants de la misère de traverser. Les droits de l'homme et la démocratie sont, décidément, un luxe réservé au "col blanc occidentalisé".

Il est de la responsabilité et du devoir des instances européennes d'intervenir, maintenant avant qu'il soit trop tard, auprès des autorités algériennes pour arrêter cet engrenage. L'Europe ne peut continuer à clamer son attachement à la liberté et à la démocratie et continuer à faire l'autruche sur ce qui se passe de l'autre côté de la méditerranée. Si elle ne le fait pas, elle cessera d'être complaisante, pour endosser les habits de complice des bourreaux. Ni les larmes de crocodile, ni les envolées lyriques d'indignation et de condamnation ne serviront pour la dédouaner et pour lui donner bonne conscience.

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