Présidentielle française : les étranges soutiens africains de Marine Le Pen

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Le Magazine « le Quotidien » présenté par l’animateur Yann Barthès sur TMC a diffusé mercredi 3 mai à 20h un reportage intitulé :Marine Le Pen en visite auprès d’un étrange « Collectif des Africains ».

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Marine Le Pen était mardi 2 mai au soir à une rencontre avec un collectif sur l’Afrique, le Collectif des Africains. Un collectif inconnu, qu’elle a donc pris le temps de rencontrer alors que se prépare le débat le plus important de l’élection, celui du mercredi 3 mai face à Emmanuel Macron. En fait l’organisateur de cette rencontre est M. Andrea Ngombet,  responsable de l’association Sassoufit, connu pour ses diatribes homophobes à l’occasion du débat sur le mariage pour tous.

Une journaliste du magazine Le Quotidien, Valentine s’est rendue sur place, et a sondé l’audience de cette réunion qui a l’air un peu trop bien organisée…dixit la journaliste.

Dans un salon d’un hôtel du 15ème arrondissement de Paris, une vingtaine de personnes seulement sont rassemblés autour de Marine Le Pen accompagnée de Louis Alliot et de M. Gilbert Collard assis au premier rang.

En faisant un arrêt sur image, on observe à 0 minute et 38 secondes  du reportage une image projeté par rétroprojecteur  à gauche de Marine Le Pen en train de répondre aux questions de la salle, une image furtive mais non moins importante pour prendre la mesure de la manipulation et l’instrumentalisation des élections présidentielles françaises au profit d’ opposants au président Sassou Nguesso. Sur cette diapositive intitulée : " Les Affaires qui nuisent ; quelques exemples"  .

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On peut y voir les portrait de Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande ainsi qu’en bas , pas moins de 6 portraits du Président Sassou en Guesso avec la légende : 38 ans de corruption France – Congo #sassoufit accompagné de «  Le pétrole de sang de Sassou Nguesso « .

Françafrique : Corrupteur et corrompu, à qui le tour ?

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Que faisait Marine Le Pen, son mari Louis Aliot et Gilbert Collard dans une salle de 20 personnes, la veille du débat décisif d’entre les deux tours. Quelle était la motivation du trio Bleu Marine a séché les révisions du débat avec Macron et à préférer un débat  avec une obscur association sur le thème de la Françafrique et plus particulièrement sur le cas du Congo Brazzaville et sur son président l’inusable Sassou Nguesso.

Lorsqu’on voit l’état de fatigue et d’énervement dont a fait preuve Marine Le Pen lors du débat du second tour face à Emmanuel Macron, on ne peut s’empêcher de pense r que cette sortie inopportune  sur son agenda a été désastreuse sur l’issue des élections. Sa prestation catastrophique face à Macron a déchaine les critiques de tous horizons et en premier lieu de son camp, au point que l’on parle de risque de scission à l’intérieur du FN.

Que venait faire le FN dans cette galère?

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On ne l’attendait pas là !  Louis Aliot, vice-président du Front national (FN), a été l’une des seules personnalités politiques françaises à prendre ouvertement fait et cause pour l’opposition congolaise lors du référendum organisé le 25 octobre par le président Sassou Nguesso.

Le vice-président du FN, pourtant, n’est jamais allé en Afrique centrale et c’était là sa première prise de position contre le régime de Brazzaville. « Si je me suis lancé là-dedans, confie-t-il, c’est pour aider son ami Guy Brice Parfait Kolélas  qui est un proche du vice-président frontiste. Les deux hommes se sont rencontrés au début des années 2000, lorsque le Congolais achevait son doctorat en économie à l’université de Dijon. Avec son « ami », il avait contribué à « tricoter » le programme de Jean-Marie Le Pen pour la présidentielle en 2002.

L’opposant congolais Guy Brice Parfait Kolélas , et ami de Jean Marie Le Pen décrit un FN  « humaniste », dont l’image extérieure tranche avec « ce qu’il est en réalité » : « Jean-Marie Le Pen, souligne-t-il, a été le premier à proposer en 1988 un moratoire sur les dettes des pays du tiers-monde. »

Rappelons que  Guy Brice Parfait Kolélas a contribué à organiser le déplacement avorté de M. Le Pen en  Afrique du Sud en 2002. L’ancien président frontiste comptait s’y entretenir avec Nelson Mandela et lui offrir en signe d’amitié, un couple de colombes en cristal de Baccarat. Qu’importe si le candidat d’extrême droite qualifiait Madiba de « terroriste » en 1990 sur le plateau de « L’heure de vérité ».

Le Front national (FN) serait-il sincèrement opposé à la Françafrique ? Décryptage.

L’intérêt du Front national pour le continent africain reste toutefois à géométrie variable. Louis Aliot le reconnaît lui-même : rares sont les dirigeants du parti à s’intéresser vraiment à la question. Si la ligne officielle brocarde les réseaux de la Françafrique, plusieurs proches du FN ont servi de conseillers politiques ou militaires à des chefs d’Etat du continent, ou ont même trempé dans des tentatives de coups d’Etat, comme le frontiste François-Xavier Sidos aux Comores, en 1995. Le parti avait pris ses distances à l’époque, assurant que son militant était là-bas « en vacances depuis plusieurs mois »« Beaucoup d’historiques du FN sont d’anciens soldats ou mercenaires qui ont, au cours de leur carrière, été déployés en Afrique francophone », abonde le politologue Jean-Yves Camus.

Ceux qui ne connaîtraient pas le DPS (Département Protection Sécurité) du Front National, devraient effectuer quelques recherches sur le net pour savoir que ce service de sécurité du FN est un instrument de cette bonne vieille « Françafrique ». En effet, le DSP , par le biais de sociétés de sécurité privées, fournit aux différents gouvernements français des mercenaires qui vont faire le sale boulot (conseils et soutien logistique aux dictateurs, déstabilisation armée des démocraties africaines, etc.).

Très récemment, Louis Aliot, vice-président du FN, a pris fait et cause pour Guy Brice Parfait Kolelas, opposant au coup d’Etat constitutionnel de Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, et s’est insurgé contre le soutien de la France au dictateur congolais. Face à ce qui semble être une nouvelle, et bien curieuse, solidarité du FN pour les peuples africains, deux approches pour démêler le vrai du faux : étudier ses liens éventuels avec la Françafrique et analyser ses actes et discours dans le détail.

Le FN dans la Françafrique ? Le FN a-t-il joué lui aussi sa partition dans le système françafricain ?

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Un retour historique s’impose. Le FN est avant tout le parti des anciens partisans de l’Algérie française qui ne se sont pas ralliés à De Gaulle. Un parti héritier, donc, de la tradition et de l’idéologie colonialiste et impérialiste française, qui ne reste pas à l’écart de l’histoire françafricaine qui se met en place suite aux décolonisations. En témoignent les mercenaires et barbouzes issus du FN et qui se sont mis au service des crimes françafricains. Le Département Protection Sécurité (DPS), service d’ordre du FN et sorte de garde présidentielle de Jean-Marie Le Pen, a ainsi fourni plusieurs mercenaires pour des expéditions aux Comores en 1995, au Zaïre en 1996 et 1997, au Congo-Brazzaville. Des expéditions qui n’avaient pas pour objectif de soutenir des peuples en lutte, mais de fomenter des coups d’Etat et d’alimenter des guerres civiles. En 1999, le dirigeant du DPS, Bernard Courcelle, prend brièvement la tête de la garde présidentielle du dictateur Sassou Nguesso au Congo, après son retour au pouvoir au terme d’un long et violent coup d’Etat soutenu par la France et son entreprise Elf.

Pour trouver des liens avec la Françafrique, il faut aussi tracer l’argent puisque ce système sponsorise les partis politiques français depuis des décennies… y compris le FN. En effet, pour financer sa campagne présidentielle de 1998, le FN aurait bénéficié du soutien financier de l’ancien dictateur gabonais Omar Bongo, au même titre que les autres partis, à en croire Robert Bourgi (un émissaire officieux de la Françafrique qui s’est vanté en 2011 d’avoir transporté des mallettes de billets) et l’ancien Premier ministre gabonais Jean Eyeghe Ndong.

La Françafrique, ce sont également des réseaux. Autour du FN gravitent des personnages proches de certains anciens chefs d’Etat africains : l’avocat Marcel Ceccaldi, ancien conseiller de Jean-Marie Le Pen, a défendu Moussa Dadis Camara (chef de la junte militaire en Guinée en 2008), Mouammar Kadhafi, Laurent Gbagbo ; et Bernard Houdin, ancien dirigeant du GUD (Groupe Union Défense, organisation étudiante d’extrême-droite) dans les années 70, était un conseiller spécial de Laurent Gbagbo lorsqu’il était au pouvoir en Côte d’Ivoire.

Marion Maréchal Le Pen a elle aussi des liens avec la Côte d’Ivoire, à travers son père Samuel Maréchal qui a épousé une petite fille de Félix Houphouët-Boigny, président de Côte d’Ivoire pendant 33 ans et au cœur des réseaux d’influence de la France. Samuel Maréchal est aujourd’hui très proche des milieux d’affaires ivoiriens, il est à la tête d’un cabinet de finance et de conseil implanté dans une douzaine de pays, dont le Burkina, le Mali, le Congo, la Côte d’Ivoire et le Tchad. Le FN a ainsi des connexions évidentes avec les anciennes colonies françaises.

Décrypter les discours et les actes

Les liens entre le FN et la Françafrique mettent la puce à l’oreille, mais c’est principalement par l’analyse du discours et des actes du FN que l’on peut véritablement comprendre en quoi son positionnement actuel n’est pas une dénonciation sincère de la Françafrique.

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Tout d’abord, le rejet de la Françafrique par le FN ne sert qu’à appuyer son idéologie anti-immigration : le FN cherche à faire passer la pilule du blocage total des flux migratoires en l’associant au nécessaire développement de l’Afrique. Si le FN prétend vouloir mettre fin à la Françafrique, c’est uniquement dans l’objectif de stopper l’immigration africaine en France, selon son adage « La France aux Français, l’Afrique aux Africains ». Suppression du regroupement familial, suppression de la double nationalité, expulsion de tous les migrants en situation irrégulière, expulsion des migrants en situation régulière mais au chômage depuis plus d’un an : autant de mesures qui porteront directement atteinte à la liberté des personnes et des peuples que le FN prétend défendre.

Opportunisme politique

Revenons pour finir sur ces positions au coup par coup de dénonciation de l’ingérence française ou de soutien à tel opposant politique africain. La lecture du programme du FN l’a confirmé : elles ne sont pas ancrées dans une réflexion de fond sur la Françafrique. Elles sont le fait d’opportunités politiques ou de liens personnels avec les individus ou situations concernés. La virulence du FN contre l’intervention française en Côte d’Ivoire en 2011 vient probablement des liens de certains proches du FN avec Laurent Gbagbo, écarté du pouvoir par la France. L’opposant congolais Guy Brice Parfait Kolelas, récemment soutenu par le vice-président du FN, est un de ses amis personnels, également ancien membre du FN et proche de Jean-Marie Le Pen [Son père, Bernard Kolelas, était conseillé par Marcel Ceccaldi Etrangement, le FN a été complètement muet à propos du soutien de la France au Togo, lors des élections présidentielles dans ce pays en avril dernier, ou au Tchad, lors des répressions violentes de manifestations fin 2014. Le FN n’a pas non plus soutenu les militants camerounais arrêtés en septembre par le régime dictatorial de Paul Biya.

Député européen et vice-président du Front national, Louis Aliot est curieusement monté au créneau depuis le début de ce mois d’octobre pour intervenir dans le débat intérieur congolais.

 

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