Gauche : art, culture et big-bang

La gauche pouvait autrefois s’enorgueillir d’un niveau élevé de ses exigences culturelles. Elle semble aujourd'hui s'accommoder davantage avec la communication “fonctionnaliste“ des médias dominants.

Par le passé, bon nombre d’intellectuels de renom : artistes, écrivains, philosophes, scientifiques, metteurs en scène, acteurs, etc. se retrouvaient  de fait dans la mouvance de la gauche parce qu’elle portait haut : les arts, la culture, le savoir, et tout ce qui concoure à transformer et dépasser les conditions d’asservissement et d’aliénation de la pensée humaine. 
Aujourd’hui, (et avec beaucoup de nuances), bon nombre de militants et de responsables de gauche ont oublié ou laissé en route ce niveau d’exigence, et se retrouvent, par contrecoup, embarqués dans la communication “fonctionnaliste" des médias dominants. Ce courant, qui masque bien son fond idéologique, nous fait assimiler la culture aux loisirs, l’art au “marché  de l’art“ et l’information à l’audience avec comme seule forme d’évaluation le nombre (de clics, de spectateurs, d’entrées, de like...), c’est-à-dire tout ce qui peut être traduit en clients et donc en marché.

Il est indispensable si l’on veut reconstruire une gauche dynamique de reprendre la main dans ces domaines. Retrouver une éducation populaire digne de ce nom, faire vivre la création, soutenir les lieux où émergent des formes originales dans une visée émancipatrice, dans la richesse des rapports humains, au-delà des intérêts particuliers et des petits calculs mercantiles. Que ce soit en photographie, dans le cinéma documentaire, dans le théâtre, dans l’écriture, dans l’infinie diversité des arts-visuels… on sent bien ces bouillonnements qui ne demandent qu’à déborder pour peu qu’on les aide, qu’on les partage ou qu’on se les approprie.

Et puis cette exigence sur les arts, le savoir, la culture, la création, la pensée, l’éducation populaire… c’est autant de domaines dans lesquels la droite et l’extrême droite s’affichent d’eux-mêmes dans leurs décalages réactionnaires. 

C’est aussi pour cela qu’il faut combattre "bec et ongle" le populisme ravageur, car la simplification binaire entre un peuple et une élite, porte en elle cet appauvrissement des aspirations culturelles et tire un trait sur toute pensée dialectique. 

Les tentatives de justification théorique qui ont pris pied dans une partie de la gauche sont dans ces domaines une catastrophe idéologique.

Que dire, par ailleurs, des démarches et actions qui s’inscrivent et alimentent le spectacle de la “société du spectacle“, avec ses bouffons, ses petites phrases, ses talks shows, ses bouts de vidéos que les médias mainstream vont utiliser à leur gré, à leur besoin, à leur idéologie. Ce n’est pas à nous militants, gens de gauche de fournir les rushes des scénarios que la pensée dominante sait très bien utiliser quand elle en a besoin.

Notre lutte doit être aussi une lutte sur les formes. Tout le contraire des démarches qui singent ou cherchent à s’insinuer dans les formes dominantes de la communication, des formes si bien adaptées au système qu’elles en constituent une de ses structures.  

On ne saurait que trop rappeler ce que d’autre comme Jean-Louis Comolli ou Gérard Paris-Clavel ou Marie-José Mondzain ont si bien dit à ce propos, sans oublier bien sûr Guy Debord.

 

JPA

 

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