MASCARADE & DANSE MACABRE. DE LA FRANCE & DES ORIPEAUX DE LA RÉPUBLIQUE

Dans cette pandémie du Covd19, qui par bien des aspects s’apparente à la Peste Noire, les Français au lieu d’être aidés et soutenus dans leur souffrance physique et mentale, sont infantilisés par de constants messages officiels, confus et contradictoires, qui les culpabilisent et les manipulent par la peur afin de les mieux contrôler à des fins politiques.

MASCARADE & DANSE MACABRE. DE LA FRANCE & DES ORIPEAUX DE LA RÉPUBLIQUE

Il y a un an tous les yeux et les cœurs du monde entier se tournaient vers Notre Dame, le symbole de la France, consumée par les flammes.  Le cœur symbolique du pays était touché à son plus profond : du parvis de la cathédrale dédiée à la Mère Éternelle couronnée par son Fils, partent toutes les routes qui sillonnent la France. C’est le point zéro de la patrie, l’alpha et l’oméga, là où bât son cœur, là où réside son âme, sa force et son courage.

Un sombre présage envahissait mon âme et pesait sur mon esprit ce 15 avril 2018, tel je l’avais ressenti le 7 mai 2017 lors de la cérémonie dans la cour du Louvre en voyant s’avancer, compassé et raidi en une posture à la Mitterand, Emmanuel Macron, faux et cabotin, nouvellement élu Président de la République. Je vous protégerai, avait-il dit pour rassurer le pays, alors que je voyais se former au-dessus de sa tête un épais nuage noir. Ce sentiment de catastrophe imminente, je l’ai à nouveau ressenti assise dans un jardin ensoleillé au cœur de la forêt de Fontainebleau, en ce mois de mars fatidique de 2020, quand confronté à l’épidémie du Covid-19, le gouvernement Macron décida de confiner les personnes âgées pour les protéger, mais de les envoyer néanmoins voter aux élections municipales du 15 mars,  espérant ainsi asseoir le pouvoir de son parti. Cette décision sera à l’avenir la date fatidique pour Macron, ses Ides de Mars, quand l’auto-proclamé Jupiter, narcissique et pervers, s’est lui-même poignardé à sa politique néolibérale mortifère, et a entraîné la France dans le malheur et la souffrance.  

Depuis le mois de novembre 2017 le mouvement des Gilets Jaunes exprimait au niveau national, dans des manifestations hebdomadaires, les souffrances et revendications du peuple français confronté à une politique incohérente, incompétente, autoritaire et abusive de la part de son gouvernement pressé d’imposer des réformes sociales iniques. Aux Français méprisés, des Gaulois réfractaires, insultés ceux qui ne sont rien, appauvris,  je n’ai pas d’argent magique,  Macron proposa Le Grand débat. C’est làson arme et son activité favorite : se mettre en scène pendant des heures au cours desquelles il se pavana en manches de chemise, se lançant dans d’interminables monologues en réponse à des questions présélectionnées, comme l’étaient ses interlocuteurs triés sur le volet afin de ne pas poser de questions embarrassantes.

 Rien ne changea. En décembre 2019 et janvier 2020, la grève des transports, en réponse à une réforme des retraites hâtivement bâclée en urgence et imposée aux forceps, paralysa le pays. Dans les trains, les autobus, les tramways bondés, serrés les uns contre les autres dans une promiscuité insupportable après avoir attendu de longues minutes, voire des heures dans le vent et le froid, sur les quais de gare, de métro, aux arrêts d’autobus, les Français vaillamment continuèrent sans se plaindre de travailler, de vaquer à leurs occupations, de fêter Noël et l’espérance dans un esprit de solidarité renouvelé par la souffrance commune. On s’organisait déjà pour faire face à l’adversité, et je fus témoin de nombreux gestes et paroles, de situations et conversations partagées dans ces moments difficiles, qui m’ont profondément émue dans leur générosité et humanité.  En janvier, n’en pouvant plus, je fuyais le chaos et la folie de la capitale pour le calme et la sérénité de Bois-le-Roi, où je me consacrai pendant deux mois à la recherche sur Georges Moreau de Tours, un artiste aujourd’hui oublié, qui y vécut dans la seconde moitié du 19esiècle, et que j’avais découvert  dans son ancienne demeure à Paris, où j’avais habité.

Les premières nouvelles du Covid-19 me parvinrent dans cet univers clos et privilégié de la recherche historique qui est le mien, dans l’inspiration poétique et artistique, dans la créativité de l’écriture, qui ont toujours été mon refuge contre la laideur, la violence et la brutalité du monde : Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.En janvier un conseil des Ministres supposément consacré au Covid-19 avait été détourné au profit de cette réforme des retraites qui faisaient naître tant de protestations et de polémiques. Il fallait se conformer au calendrier du Président Macron, Jupiter, maître des horloges.  Pour cela tous moyens étaient bons.  Je n’oublierais jamais, lors d’une visite en février, Paris sous siège,  des soldats lourdement armés en compagnie de huit ou dix, patrouillaient les rues, les gares, les boulevard. Je n’oublierai pas la rue Royale barrée, où pour atteindre la Madeleine et St. Augustin, je dus franchir une  barrière d’acier de plus de 3m de haut, par une étroite entrée, où une seule personne à la fois pouvait passer sous surveillance policière et militaire. Mon cœur se glaça. Paris, la France, n’appartenaient plus aux Français, mais étaient soumis à des forces sombres, brutales et répressives qui les emprisonnaient. Toute joie de vivre, toute beauté, toute légèreté, étaient bannies au profit des ambitions politiques et financières d’un homme cupide, immature et instable, l’instrument d’intérêts occultes multinationaux, et de son parti hâtivement constitué, qui étranglaient le pays et ses citoyens d’une main de fer.  

Le poids du Destin pesait sur la France, et bouleversait l’ordre établi. Alors que je travaillais sur Moreau de Tours, j’écrivais aussi un article sur Léonard de Vinci et Pierre-Yves Trémois, https://blogs.mediapart.fr/monique-riccardi-cubitt/blog/020320/du-divin-dans-l-art-dans-la-science-de-leonard-de-vinci-pierre-yves-tremois

Pierre Yves Trémois, l'Odyssée, 1966 Pierre Yves Trémois, l'Odyssée, 1966
dont l’illustration de l’Odyssée d’Homère réalisée en 1966 m’avait frappée dans son exposition en octobre 2019 aux Cordeliers, à l’École de Médecine, et que je contemplais maintenant sous un jour nouveau.  Cette pieuvre géante évoquant Scylla et Charybde au chapitre VI,  ce monstre marin transpercé d’une lance devant lequel un homme se voile la face d’un pan de sa tunique en signe d’épouvante, me sembla évoquer dans le geste et le symbole l’horreur du fléau qui frappait la France et le monde. L’artiste y avait ajouté le vers : Il y a dans l’air du jour des forces étranges que nous connaissons mal, l’expression de l’impuissance de l’homme devant un destin qu’il doit affronter et assumer pleinement pour survivre et l’accomplir.

Le spectre de la mort était entré en jeu et redistribuait les cartes, changeant la donne. L’air du jour, sous le ciel haut et serein d’un printemps précoce qui jonchait les sous-bois de la forêt de Fontainebleau de tapis d’or des jonquilles et primevères, ceux bleus des jacinthes, parmes des violettes, et blanc des anémones sauvages,  qui faisait éclater les fleurs des prunus au parfum de miel enivrant, cet air embaumé du renouveau de la nature triomphante, s’alourdissait de sombres nuages voilant la splendeur de ce paradis terrestre. Je ne pouvais me soustraire à ces lourds présages dont je pressentais déjà toute l’ampleur et la gravité. Je vécu la campagne électorale à Bois-le-Roi, en ressenti toutes les incompréhensions et les sentiments confus de l’administration, des élus et de des électeurs devant les messages et informations contradictoires envoyés par l’exécutif dans une stratégie incohérente. Les élections passaient avant toutes précautions sanitaires, malgré les premiers signes d’infection, les premières hospitalisations, les premiers décès, et le risque accru de contamination contre laquelle les personnes âgées devaient être protégée par le confinement décrété, pourtant levé en cette occasion pour qu’elles accomplissent leur devoir citoyen. Malgré aussi la déclaration de l’ancienne ministre de la Santé, Anne Buzyn, devenue candidate à la Mairie de Paris, qui ayant alerté le gouvernement en janvier du danger d’une possible épidémie, et qui dénonça le 11 mars ces élections comme une mascarade, un terme on ne plus approprié à la situation, qui s’aggravait. Devant le nombre  record d’abstention et l’explosion des malades infectés, le second tour fut annulé et le lundi 16 mars le confinement total et indéfini de la population prononcé.

La mascarade se poursuivait, le matériel médical manquait, les hôpitaux de pouvaient plus recevoir tous les malades infectés qui étaient transférés vers le Luxembourg, l’Allemagne et l’Autriche. À bas les masque ! Les masques des manquements, dysfonctionnements, incompétences, incohérences et mensonges de l’État étaient tombés, ceux qui pouvaient sauver des vies dans les hôpitaux manquaient cruellement… La France qui avaient délocalisé ses usines et industries vers l’Asie devait maintenant payer à la Chine à prix d’or médicaments, matériel médical de première nécessité, et les fameux masques, que le gouvernement s’obstine toujours, malgré le bons sens et les conseils des médecins, à déclarer inutiles dans la lutte contre la contamination. Sans doute faut-il voir dans cette mauvaise foi évidente non seulement le désir de justifier l’incapacité de l’État à protéger les citoyens faute, sinon d’un sens des ses responsabilités essentielles et d’humanité fondamentale, celui d’un manque de volonté politique, d’anticipation et d’approvisionnement, mais aussi, peut-être un blocage psychologique très français qui a fait récemment du port du voile des femmes musulmanes une question politique. Cette obsession, incompréhensible aux autres pays, remonte à l’anticléricalisme révolutionnaire de la Révolution, où durant la Terreur les religieuses, qui avaient pris le voile, étaient persécutées et exécutées, ainsi dans l’opéraLe Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc. La loi de 1905 de la séparation de l’Église et de l’État, qui instaura une laïcité supposément sans excès, couvre en fait un athéisme latent, et est prétexte à une chasse aux sorcières contre toute forme de  manifestation physique ou autre, de croyance religieuse dans la société. Le voile, et par extension inconsciemment, le masque, sont donc honnis et bannis. Méditant ainsi sur ces ressorts cachés, et assidûment déniés, de l’esprit national français, que je tente de déchiffrer depuis mon retour au pays natal, je quittais Bois-le-Roi, une terre gauloise secrète, depuis toujours rebelle, qui avaient accueilli après la guerre de 1870, une colonie d’artistes, poètes et écrivains qui fuyaient les rigueurs et le chaos du siège de Paris et de la Commune, où certains avaient participé. J’en avais fait mon sujet d’étude pendant deux mois, il me fallait maintenant revenir aux dures réalités du moment et vivre le confinement à Paris.

 Ma réflexion sur l’épidémie présente me ramena au Moyen Age tardif et à la première Renaissance du 14esiècle, au temps de la Peste Noire. Les similarités avec l’épidémie du Covid-19 m’interpellèrent : toutes deux étaient originaires d’Asie, toutes deux s’étaient déclarées en Lombardie, centre de passage et de commerce sur la Route de la Soie, qui avait apporté dans son sillage la Peste Noire. Toutes deux étaient d’origine animale, les puces sur les rats des navires génois arrivant en Sicile, Gènes, Venise et Marseille, propagèrent le virus dans toute la Méditerranée, qui fit des ravages de 1347 à 1351 en Afrique du Nord, en Europe comme en Asie  réduisant de plus d’un tiers la population de l’Europe. Comme avec le Covid-19, de par sa situation géographique et son ouverture commerciale vers l’Orient, l’Italie du Nord fut la première frappée, avant que l’épidémie se propage en Europe du Nord. Ce n’était pas la première épidémie de peste, elle avait déjà fait des ravages dans l’Antiquité sous l’Empire Romain : la Peste de Justinien au 6esiècle av JC, et au 1ersiècle de notre ère quand Sénèque décrivit une épidémie. Le terme même, Peste ou Mort Noire, remonte à Homère, qui l’utilisa pour décrire Scylla dans l’Odyssée avec sa bouche pleine de mort noire, que Trémois représente sous la forme d’une pieuvre à l’encre noire, alliant dans sa gravure le sens propre et le sens figuré de la couleur noire, soit ce qui est affreux, ce qui cause la terreur.

Si des épidémies de peste se déclarèrent jusqu’au début du 20esiècle,  dont la première aux États Unis à San Francisco de 1900 à 1904, et la dernière en date à Madagascar en  2017,  la Peste Noire eut de grandes répercussions sociales, politiques et économiques qui modifièrent la carte géopolitique du monde médiéval. Le Proche et le Moyen Orient, l’Afrique du Nord, furent sévèrement touchés, et continuèrent de l’être tous les ans de 1500 à 1850, l’Empire Byzantin affaibli tomba aux mains des Ottomans.  En France les références littéraires et artistiques au fléau pestilentiel demeurent La Peste d’Albert Camus, écrit en 1957, inspiré des épidémies d’Alger en 1944 et d’Oran en 1945, et le tableau de Gros au Louvre montrant Bonaparte visitant Les pestiférés de Jaffa,le 11 mars 1799, à l’hôpital militaire du lazaret de la ville en Syrie, une toile destinée à la propagande napoléonienne.

Cependant l’œuvre la plus influente inspirée par la Peste Noire est le Decamerone surnommée L’umana commedia, La Comédie Humaine, de Boccaccio, écrit après l’épidémie de 1348 dans sa ville natale de Florence. Humaniste et ami de Pétrarque, il se tourna vers le passé sur la forme et sur fond, émulant dans sa description de l’épidémie les récit d’une même épidémie du bénédictin Paul Diacre qui rédigea au 8esiècle l’Histoire des Lombards.

Il Decamerone, Boccaccio, illustré par Taddeo Crivelli, 1467, The Bodleian Library, Oxford University Il Decamerone, Boccaccio, illustré par Taddeo Crivelli, 1467, The Bodleian Library, Oxford University
 La structure narrative de l’histoire des sept femmes et trois hommes confinés pendant quinze jours dans une villa à Fiesole sur les hauteurs de Florence, se racontant chaque soir des histoires sur un thème choisi,  s’inspire d’un recueil de fables indiennes, dont le texte  sanscrit du 6esiècle av. JC avait atteint l’Italie à travers diverses traductions en perse, hébreu, grec, arabe et latin. Les intrigues des cent contes, certains mettant en scène des personnages historiques, sont elles aussi tirées de romans, récits et fables provenant du passé, entre autres, de la Grèce antique, du Moyen Orient, de la Péninsule Ibérique, tout autant que de la tradition orale, nous dit l’auteur. Il en résulte une Comédie Humaine,qui dans le cadre d’un fléau porteur de mort, explore les divers aspects de la nature humaine, dans ses aspirations les plus nobles ou ses travers les plus bas,  à travers la sagesse ancestrale d’un patrimoine universel. La société médiévale est mise en scène avec verve, humour, érudition, et sophistication dans un décor de nature paradisiaque où règne Eros. À  la manière antique l’amour y est décrit sous tous ses aspects, de l’amour courtois à l’amour charnel, de l’amour intéressé à l’amour pervers,  de l’amour vulgaire à l’amour sublimé. L’homme est au centre de la nature, il y appartient, il la ressent, il la décrit en termes de splendeur, de beauté et de révérence, car la Nature est souveraine déclare l’auteur dans l’introduction à la Quatrième journée : E sentì incontanente piú aver di forza la natura che il suo ingegno. Il sentit immédiatement que le pouvoir de la Nature était plus grand que celui de son esprit ingénieux.La femme y est exaltée, l’auteur dédie son œuvre à un lectorat féminin, les quatre femmes sont à l’origine de cette réclusion choisie, mais sagement y font participer trois hommes,  Assurément, les hommes sont les chefs des femmes, et s'ils n'y mettent bon ordre par eux-mêmes nos entreprises ont peu de chances de connaître une fin louable… Le Décaméron, Première journée. Les personnages féminins sons sensés représenter les Quatre Vertus Cardinales : la Prudence ou Sophia, Sagesse, la Justice ou la Droiture morale,  la Tempérance ou Contrôle des Désirs, la Force d’Âme ou Courage, telles exposées par Platon dans la République, dans la Bible, et par l’Église. Les trois hommes représentent les Trois Vertus Théologales :  la Foi, l’Espérance et la Charité, ce qui est consistent avec l’esprit du temps quand le pouvoir de l’Église était aussi un pouvoir temporel et politique. Une autre optique renvoie à la tradition classique des Sept Arts Libéraux, composés selon les termes de Boèce, le philosophe romain du 8esiècle, du Quadriviumdans leur plus haute manifestation : Arithmétique, Géométrie, Musique et Astronomie, tous associés à l’harmonie pythagoricienne qui gouverne le monde, une vertu féminine, et le Trivium, représenté par le masculin : Grammaire, Logique, Rhétorique, ou aux trois divisions de l’âme humaine selon Platon : la Raison, l’Esprit, le Désir.

Empruntant à Dante la mystique médiévale, qui repose sur l’allégorie, la métaphore et sur la tradition Hermétique du sacré des astres et des nombres, les nouvelles ne sont pas pour autant didactiques mais satiriques. Sur une trame complexe et savante le destin humain se joue gouverné par les aléas de la Roue de la Fortune, une notion inspirée de la Samsara indienne et de la tradition Hermétique, que Boèce exposa dans La Consolation de la Philosophie, enfermé en prison. Les revers du destin donnent lieu à l’humour et à la satire, dirigés, entre autres, vers les femmes sous leur aspect sombre et manipulateur, et les abus des ecclésiastiques, thèmes repris par Chaucer dans les Contes de Canterbury, et par Shakespeare dans plusieurs de ses pièces. La satire, un exutoire de la souffrance et de la folie humaine, est inhérente à l’esprit médiéval et démontre une vitalité d’esprit et une force d’âme devant les faiblesses humaines, l’adversité, l’injustice, le malheur et la mort. Devant le fléau qui les menace tous sont concernés : Combien de vaillants hommes, que de belles dames, combien de gracieux jouvenceaux, que non seulement n'importe qui mais Gallien , Hippocrate ou Esculape auraient jugés en parfaite santé, dînèrent le matin avec leurs parents, compagnons et amis, et le soir venu soupèrent en l'autre monde avec leurs trépassés.Le Décaméron, Première journée.

Les Trois Vifs & les Trois Morts, Les Petites Heures du Duc de Berry,1375-1415, BNF, Paris Les Trois Vifs & les Trois Morts, Les Petites Heures du Duc de Berry,1375-1415, BNF, Paris

La satire envers la Mort se manifesta d’abord par les mots à la fin du 13esiècle et au 14e dans les Dits en Flandre. Ce fut Baudoin de Condé, ménestrel à la cour de Marguerite II, comtesse de Flandre (1244-80), qui le premier mit en scène dans un petit poème plein de vivacité et de verve satirique et morale, trois Vifs,princes, ducs et comtes et trois Morts :Memento Mori, Vanitas vanitatu et omnia vanitas,tout ici-bas est vanité et la fin inéluctable, tout grand que l’on soit. Le thème se retrouve illustré dans  le Roman de la Rosede Guillaume de Loris et Jean de Meung ( 1230-1280), et dans les Livres d’Heures de l’époque, ainsi Les Petites Heures du Duc de Berry, dont les enluminures furent réalisées par des maîtresflamands, tels Jacquemart de Hesdin et les Frères Limbourg de 1375 à 1415. Il fut utilisé dans les peintures murales des églises, dont la première à la cathédrale Notre-Dame des Doms à Avignon.

 La Danse Macabredu charnier des Innocents à Paris, situé sur un ancien site funéraire mérovingien, est une variation plus accomplie sur le thème, puisque tel le Décaméron,  elle mit en scène tous les protagonistes de la vie sociale de l’époque, dont les nouveaux métiers engendrés par le développement urbain. Réalisée durant la Guerre de Cent Ans, de 1424 à 1425, elle consiste en une peinture murale anonyme et d’un commentaire en vers attribué à Jean Gerson. Le concept de la Danse Macabre a son origine dans les Mystères, ces représentations théâtrales populaires qui, au 15esiècle, mêlaient le surnaturel mystique et religieux au réalisme dans des tableaux animés commentés par un dialogue. Une telle représentation eut lieu à l’Église des Saints Innocents en célébration des mémoire des défunts. Le ton vif et satirique des vers et la représentation pleine d’humour et d’imagination de la farandole des vingt quatre personnages interpellés par la Mort, qui apparaissaient dans les cortèges du Carnaval, est celui des Dits des Trois Vifs et des Trois Morts,que le duc de Berry avait fait sculpter sur le portail de l’église des Saints Innocents en 1405. Si le mur de la Danse Macabre a été détruit en 1669 afin d’élargir une rue voisine, son art et son message semblaient barbare à la France de Louis XIV soumise à la pompe et magnificence baroque de Versailles, elle a survécu dans des manuscrits, dont une version en vers à la BNF, et une autre avec gravures et vers publiée en 1485 par l’imprimeur Guyot Marchant, à la Bibliothèque de Grenoble. Le récitant  s’adresse tout d’abord au lecteur comme en un sermon, le thème de la vanité de la vie terrestre et de l’égalité de tous devant la mort avait été répandu dans la Chrétienté par les Ordres Mendiants, les Franciscains et les Dominicains, Frères Prêcheurs.

L'acteur 

Oh toi, créature raisonnable,

Qui désire la vie éternelle,

Tu as ici une leçon digne d'attention

Pour bien finir ta vie de mortel.

Elle s'appelle la danse macabre;

Chacun apprend à la danser.

Elle est naturelle à l'homme comme à la femme:

La Mort n'épargne ni petit, ni grand.

En ce miroir chacun peut lire

Qu'il devra un jour danser ainsi.

Sage est celui qui s'y contemple bien!

La Mort mène les vivants;

Tu vois les puissants partir en premier,

Car il n'est personne que la Mort ne vainque.

C'est pitié que d'y penser:

Tout est forgé d'une seule matière.

 

Des vers commente la scène sous chaque illustration du dialogue de la Mort avec lesVifsreprésentés deux par deux, entre deux colonnes pour évoquer les arcades du cloître du charnier, alternant un membre du clergé, (les lettrés tels les maîtres, médecins, avocats étaient considérés cléricaux à l’époque), et un laïque. Ainsi, choisi d’entre les personnages illustrés : le Pape, l’Empereur, le Roi,  l’Évêque, le Médecin, l’Avocat, le Courtisan, le Paysan, l’Enfant etc.  voici le Bourgeois dont les préoccupations financières évoquent le mieux le personnage d’Emmanuel Macron, présentement Président de la République Française, en paire avec le Savant qu’il se targue d’être, pédant et arrogant.

Le Bourgeois, le Savant & la Mort, Danse Macabre des Saints Innocents à Paris, 1424-25 Le Bourgeois, le Savant & la Mort, Danse Macabre des Saints Innocents à Paris, 1424-25

La Mort

Bourgeois, hâtez-vous, ne tardez pas.

Vous n'avez ni avoir, ni richesse

Qui puisse vous garder de la Mort.

Des biens qui vous furent octroyés avec largesse,

Si vous en avez bien usé, vous avez agi avec sagesse.

Ce qui vient d'autrui retourne à autrui.

Fou est celui qui se tue à amasser;

On ne sait pour qui on amasse.

Le Bourgeois

Il me fait mal de quitter si tôt

Rentes, maisons, taxes et provende.

Mais tu rabaisses le pauvre et le riche,

Mort; telle est ta nature.

Les créatures ne sont pas sages

D'aimer trop les biens

Matériels, qui appartiennent de droit au monde.

À ceux qui ont plus, la Mort est plus

Si l’Enfant est inclus dans la Danse, la Femme est épargnée. Il faut y voir l’influence de l’Amour Courtois, issu des cours musulmanes de Cordoue et de Bagdad, diffusé dans les Cours d’Amour par les troubadours et ménestrels, d’abord en Provence, et en Aquitaine sous l’influence d’Aliénor d’Aquitaine, puis dans les cours du Nord. Cette dévotion au principe féminin, dota la France de ses églises et cathédrales nommées Notre Dame, montrant sur leurs tympans la Femme exaltée, la Vierge Marie couronnée par son Fils, ainsi à Paris.

La Danse Macabre de Paris devint vite célèbre dans l’Europe entière, et il est fort possible que l’occupation de Paris par les Anglais et les Bourguignons - l’hôtel de Bourgogne était proche des Saints Innocents -  ait contribué à son renom. Elle est mentionnée à plusieurs reprise dans le Journal de Paris, 1405-1449, un franciscain à la cour de Bourgogne y aurait prêché. Un moine anglais qui la vit, John Lydgate, aussi poète et grand admirateur de Chaucer,  fut persuadé, nous dit-il, par des clercs français, de traduire les vers. Elle fut reproduite à Londres c. 1430, sur le mur du cimetière du Pardon à l’ancienne Cathédrale de St. Paul, détruit en 1549, avec sa traduction. Il existe plus de quatre vingt dix versions en France, et le thème se propagea en Flandre, en Italie du Nord, en Allemagne, en Suisse et jusqu’au Danemark.

Le thème de la Vanitas de la folie humaine inspira une satire mordante des mœurs de l’époque, La Nef des Fous, de l’humaniste et poète strasbourgeois Sébastien Brandt, publié en allemand à Bâle en 1494 au moment du Carnaval. Le volume orné de gravures sur bois attribuées au jeune Albrecht Dürer, fut un succès populaire immédiat, d’où la demande croissante de traductions : d’abord en latin, la lingua franca du temps, en 1497, et dans les diverses langues européennes, dont le français par Pierre Rivière en 1497,  le flamand à Bois-le-Duc en 1500, et l’anglais par Robert Barclay en 1509. Les cent treize poèmes, illustrés pas cent dix sept gravures, décrivent chacun une forme de folie. Le trope, ou allégorie, décrivant un bateau sans pilote, pris de force par des passagers forcenés et frivoles, sans jugement ni discernement, inconséquents et irresponsables dans leur action, qui mènent le navire à sa perte, est commun à l’époque. Il remonte à Platon, chapitre VI de la République, qui en fait une satire du gouvernement des pays et des hommes.

La Nef des Fous, Hieronymus Bosch, c. 1500, Musée du Louvre, Paris La Nef des Fous, Hieronymus Bosch, c. 1500, Musée du Louvre, Paris

La Nef des Fousde Hieronymus Bosch, au Louvre, est similaire à celle du frontispice. Bosch appartenait, comme beaucoup de notables de son temps, à une confrérie, La Confrérie de Notre Dame, dédiée au culte de la Vierge, ce qui était à la fois un honneur, et un service civique. Les membres devaient apporter un soutien financier aux bonnes œuvres, qu’ils se devaient aussi d’accomplir dans le service à autrui, selon les Sept Actes de Miséricorde énoncés dans l’évangile de Saint Matthieu : Nourrir l'affamé, abreuver l'assoiffé, accueillir l'étranger, vêtir les malheureux, soigner les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts. Toute son œuvre, comme La Nef des Fous de Brandt, est satirique et didactique, elle vise à alerter les hommes aux dangers de leur propre folie dans l’ignorance des résultats de leur veulerie et de leurs faiblesses, de leurs excès, de leurs vices et coupables complaisances.

Cinq cents ans plus tard la condition humaine reste la même, les mêmes conflits religio-politiques détruisent les pays, éparpillent les peuples aux hasards des mers et des chemins, engendrent la même haine, créent la même misère et le même désespoir. Ou faudrait-il dire que la folie humaine a empiré ? Car nul ne s’aventure plus aujourd’hui ouvertement à la dénoncer, et ce n’est plus un seul pays, une seule contrée, un seul continent, mais la terre entière qui court à sa perte, dans la course aveugle et suicidaire aux plaisirs égoïstes de la société de consommation, au pouvoir et à l’appât du gain, et maintenant dans cette pandémie du Covd19 qui résulte d’une globalisation irréfléchie et effrénée. La spiritualité qui animait les poètes, humanistes et artistes du Moyen Age et de la Renaissance, n’existe plus, le culte de Mammon lui a succédé. A tel point que le respect dû au morts n’est même plus honoré dans un pays chrétien comme la France, historiquement Fille aînée de l’Église. De tous les abus commis par Emmanuel Macron dans sa présidence, il n’est pire ignominie que d’avoir interdit aux proches d’ensevelir dignement leurs morts. Les obsèques hâtives autorisées comprenant un officiant, prêtre, imam ou rabbin, et quatre employés des pompes funèbres, sans homélie aux défunts, sans les chants, les pleurs et les prières qui doivent accompagner les âmes dans leur dernier repos, restera une tache indélébile sur l’honneur de la France, et la faute cardinale de ce Président, qui en a commis bien d’autres. Elles pâlissent devant la gravité de ce mépris accordé à l’un des devoirs les plus sacrés de l’humanité, honorer nos morts, qui nous élève au-dessus de l’ordre animal.

Les répercussions seront immenses et de lourdes conséquences. Ces défunts que le gouvernement n’a pas hésité à exposer à la contagion durant la campagne électorales, désormais inutile, sont jetés à l’oubli sans une arrière-pensée, comme un objet de consommation périmé à disposer. Les mots manquent devant tel cynisme, une telle dureté de cœur,  un tel manque de valeurs humaines, sinon morales ou spirituelles. Ainsi on peut très bien accommoder le flux des clients dans les supermarchés, mais pas les proches à l’enterrement d’un être cher en respectant des consignes de sécurité ! Ceux qui ont ainsi été privé des rites de la mort, nécessaires au vivants comme aux défunts, en porteront à jamais les cicatrices dans un deuil qui leur sera encore plus long et plus douloureux. Omniprésente en cette épidémie, la mort reste un sujet tabou, pourtant elle fait partie inhérente de la vie. Celle-ci peut se concevoir en termes philosophiques comme une série de métamorphoses dans lesquelles l’être humain, tel le papillon, meurt sans cesse à lui-même pour renaître autre, de l’enfance à la jeunesse, en maturité et à la vieillesse. C’est un long, ou pour certains un court cheminement initiatique vers la mort, où toutes les étapes doivent être pleinement vécues et assumées pour son plein accomplissement, et qui ont toutes la même importance et la même valeur. Les Anciens le savaient et l’honoraient dans leur sagesse. Le déni de la mort, le refus de la confronter dénote une immaturité de l’esprit, un manque de sagesse et de profondeur de l’âme. C’est la maladie du monde moderne tourné vers l’extérieur et la vie active, aux dépens de la contemplation de la vie intérieure.  Je l’ai constaté lorsque j’ai accompagné ma belle-mère âgée de plus de quatre vingt ans durant son cancer, alors que je n’avais pas encore atteint mon trentième anniversaire, et que je confrontais physiquement la mort pour la première fois. J’ai ainsi accompli, selon les Actes de Miséricorde, le devoir de soin aux malades et d’ensevelir les morts, puisque je l’ai préparée dans sa toilette funèbre, avec amour et respect, à son repos éternel. Elle ne m’avait jamais montré de bienveillance dans la vie, et ses mauvaises intentions me portèrent préjudice après sa mort, mais je l’avais faite belle pour le dernier adieu à ses fils - elle était très coquette - et elle savait qu’elle pouvait compter sur moi puisqu’elle m’avait donné des instructions en ce sens avant son trépas. 

Dans un monde athéiste et matérialiste gouverné par l’économie du marché et la consommation effrénée, la mort n’est plus vécue et honorée comme par le passé. Elle a été aseptisée, déconnectée de la vie et des émotions par la science et la technologie, au pire elle est monnayée, comme devoir payer 55 euros pour dire un dernier adieu à la personne chère décédée du Covd19 dans un entrepôt à Rungis, sans pouvoir lui offrir des funérailles dignes de ce nom. Elle est aussi devenue une expérience virtuelle, un divertissement que l’on contemple sur un écran en technicolor avec les détails les plus crus, les plus violents, les plus cruels, mais qu’en est-il devenu de son impact émotionnel et spirituel sur les vivants et des liens, qui les unissent aux morts qui sont en droit d’attendre dans le deuil le respect de leur mémoire ? Qu’ils soient d’amour ou de haine, et l’Amour triomphe toujours sur la haine, Omnia vincit amor, comme le Bien sur le Mal, ces liens sont réels et influencent la santé psychique des vivants. Jusqu’à récemment la France faisait preuve de plus de sagesse. Au milieu du 19esiècle, elle était à l’avant-garde des recherches psychiques et psychologiques avec les études de Jacques-Joseph Moreau de Tours (1804-1884), et de Jean-Martin Charcot (1825-1893), sur l’hypnose et l’hystérie, conduisant à la théorie du traumatisme psychique à l’hôpital de la Salpêtrière, qui influencèrent Sigmund Freud, l’un de ses élèves. Le père du peintre George Moreau de Tours fut un pionnier de la psychiatrie. Il démontra l’effet négatif du deuil et des chocs émotionnels sur le psychisme humain, le rendant vulnérable  à des troubles psychologiques.  Et pour démontrer sa théorie de la folie, selon lui un délire identique au rêve, il étudia et expérimenta l’effet du cannabis et du hachisch sur le système nerveux central durant un voyage au Proche et Moyen Orient, 1834-40,  qu’il codifia de retour à Paris en créant leClub des Hashischinsen 1844 fréquenté par les artistes et poètes.

Dans cette pandémie, qui n’est pas sans précédent puisque par bien des aspects elle s’apparente à la Peste Noire, les Français au lieu d’être aidés et soutenus dans leur souffrance physique et mentale, sont infantilisés par de constants messages officiels confus et contradictoires, qui les culpabilisent et les manipulent par la peur afin de les mieux contrôler à des fins politiques. Où sont les voix pour dénoncer cette ignominie qui va faire naître un grand bouleversement de valeurs, un retour aux fondamentaux ? Le bon sens populaire voit déjà la vanité de tous ces oripeaux de la vie moderne, ce n’est certes pas la technologie, l’intelligence artificielle, les robots, qui s’ils peuvent venir en aide à la médecine traitante, vont nourrir les corps et soulager les âmes. Ce ne sont pas les grandes agglomérations urbaines avec leurs gratte-ciels dévoreurs d’énergie qui produiront la nourriture essentielle à la survie des corps, mais la nature, la terre mère protectrice et généreuse, qui pardonne tout à l’homme s’il sait se repentir, car elle est plus forte qu’il ne l’est. Primum vivere, deinde philosophari, Vivre d’abord puis philosopher, m’enseigna mon professeur de philosophie, alors âgée de plus de soixante dix ans. Ce sont les gens de la terre,  les paysans, comme les médecins et autres soignants,  qui sont à l’honneur dans ce fléau, ceux qui ont une éthique de vie, un respect de la vie en eux et autour d’eux, comme de la mort, qu’à l’encontre des citadins maintenant entassés angoissés dans leur confinement aseptisé, ils côtoient journellement.

En 2016 j’avais utilisé l’allégorie de la Nef des Fous aux moments des attentats terroristes à Paris, François Hollande, comme Emmanuel Macron récemment devant lépidémie du Covid-19 , parlait alors deguerre se drapant dans la fausse dignité de ses postures belliqueuses afin dassurer son pouvoir politique. Macron ferait bien de méditer sur lesFolies Humaines de Brandt, dans la version anglaise de Robert Barclay,  Folio 111, Sur la Fin des Pouvoirs et Honneurs, et de la Folie de s’être fier à Eux. Il montre des ânes liés à une roue, celle de la Fortune, qui finit toujours par tourner. https://blogs.mediapart.fr/monique-riccardi-cubitt/blog/310316/la-nef-des-fous.

The Ship of Fools, Robert Barclay, 1509 The Ship of Fools, Robert Barclay, 1509

Et  sur la folie de lélection dEmmanuel Macron : De la Folie délire un homme pervers et immature, de lui concéder tous Pouvoirs, de le mettre à la Barre du Navire, quil entraîne vers les Récifs et vers sa Perte

Quant aux autres passagers de La Nefs des Fous, aveugles et incultes, inconscients d’eux-mêmes et des autres, ignorants de leur héritage, insensés incapables de concevoir l’avenir, voguant à leur perte, se devraient bien de méditer la première Lauda, Louange, du franciscain ombrien du 13e siècle, Jacopone Da Todi, poète et mystique : La Prima Lauda del Libro di questa Morte : Armate, omo, che se passa l'ora. La Première Louange du Livre de cette Mort : Aux Armes, homme, l’heure est venue ! Parce que l’être humain est infiniment perfectible, ainsi le déclarait le poète et philosophe, Pico de la Mirandola, dans son Discours sur la Dignité de l'Homme en 1486, traduit par Marguerite Yourcenar dans l'Oeuvre au Noir: Je ne t'ai fait ni céleste ni terrestre, mortel ou immortel, afin que de toi-même, librement, à la façon d'un bon peintre ou d'un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme. Boèce l’affirmait dans La Consolation de la Philosophie : L'humanité est vouée à atteindre sa perfection, la Tradition Hermétique enseigne que l’histoire se répète, le temps retourne sur lui-même, l’Ouroboros des Anciens Grecs, que les cycles succèdent aux cycles tant que ce but n’est pas atteint. Il faut donc voir dans cette pandémie la fin d’un cycle, la fin d’un monde, celui du néolibéralisme qui a tant détruit au nom du profit de l’économie de marché. Comme la Renaissance succéda à la Peste Noire, sur les ruines de l’ancien monde, que représente Macron, se construira un monde nouveau, où l’humain reprendra ses droits sur l’argent, le profit et le paraître, et sera de nouveau au centre de la vie. Les mots de l’auteur britannique Katherine Mansfield, gravés sur un rocher dans la forêt de Fontainebleau, où elle résida, doivent résonner en ce sombre moment : Life never becomes a habit, it remains a marvel,La vie ne devient jamais une habitude, elle reste toujours une merveille. Dans l’angoisse, la peur et la solitude de ce confinement forcé, le monde, les hommes, doivent retourner aux fondamentaux, retrouver cet émerveillement devant la vie, retrouver la simplicité et la générosité du cœur et de l’esprit, retrouver leur âme dans l’amour de la vie, du monde et des autres. Et alors dans les mots du Christ, que la recluse mystique anglaise Julian de Norwich (1342- 1416) rapporte dans ses Révélations de l’Amour Divin :  'All shall be well, and all shall be well, and all manner of thing shall be well Tout finira bien, tout finira bien, toutes choses, quelle qu'elles soient, finiront bien, car il en est ainsi du Divin Dessein.

Monique Riccardi-Cubitt.

Paris, le 24 avril 2020

 

 

 

  

 

 

  

  

 

 

 

 

 

 

              

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.