Humour. Macron le stendhalien, le Don Juan, le cynique, le narcissique !

*** Voir des extraits d’articles sur le personnage qui pourraient vous inciter à consulter Internet si … (Très peu pour moi !) IL A RÉPÉTÉ PLUSIEURS FOIS QU'IL AIMERAIT TERMINER TRAGIQUEMENT ! (Désolé M. Badinter, il en rêve !)

Morgane Kieffer 2 mai 2018 Revues, Tribunes

Macron à la NRF ou le romanesque : que d’la com’ ? Des usages de la littérature en politique (Des extraits)

« Par romanesque, j’entends une redécouverte au sens tragique : une perception non point du réel mais dramatique, c’est-à-dire posant la question du sens ».

Détaché du réel, mise en scène à l’eau forte d’une aventure pour un retour dialectique à la quête du sens qui anime, selon une certaine vision de l’art, toute entreprise de création : le romanesque selon Emmanuel Macron est le moyen de convertir le peuple à la politique. Contre la science aride, pour la littérature sensible ! La technique pour l’arrière-garde : on n’explique plus la politique, on la rend vibrante (« preneurs d’otages », les cheminots ; « preneurs d’otage » les étudiants qui bloquent une université déjà ruinée. Vous reprendrez bien un peu de drame ? Le réel disparaît sous la rhétorique). Sublime outil, celui des histoires que l’on raconte pour convaincre ! Sublime, le passage de la fable à la moralité, du movere (l’émotion) au docere (l’instruction). Quoi de plus attendu, de la part de celui qui « ne se « sépare pas de l’édition du théâtre de Molière illustrée par Debout » » : châtier les mœurs par le rire, orienter les esprits par le cœur. C’est le tournant empathique du contemporain qui se dit là, celui qu’identifie dans le roman – de manière critique – Suzanne Keen (Empathy and the novel, New York, Oxford University Press, 2007), que cartographie récemment Alexandre Gefen dans la littérature française contemporaine (Réparer le monde, Corti, 2017). Président, as-tu du cœur ? s’inquiète le peuple.

ohan Faerber 20 février 2017 Tribunes

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Emmanuel Macron ou le macronisme est un donjuanisme

Extraits

Car, contrairement à nombre de politiciens, le modèle politique de Macron n’est en rien le prince de Machiavel. C’est un seigneur pourtant, mais un homme en cavale, un homme qui passe de conquêtes en conquêtes, de femmes en femmes, de déclarations en déclarations, qui ne cesse de se contredire d’une heure à l’autre, d’une minute à l’autre, d’un instant au suivant. De fait, le modèle le plus franc de Macron est plutôt bel et bien Don Juan

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la politique de Macron s’offre sans répit mais avec une tranquille assurance comme une permanente séduction donjuanesque par laquelle Macron est à chaque fois et à l’instant où il le dit dans une seule et unique vérité : celle de sa séduction. Comme Don Juan, il n’éprouve que la vérité unique de son instant – faisant non de la politique par séquence – mais homme de média, figure télégénique mais télé sans génie, fabriquant à chaque déclaration une pure déclaration au sens amoureux du terme, la bouche devenant l’oreille qui est celle qui veut entendre, faisant de chaque séquence une scène de presque marivaudage où il s’agit par le dire d’apparaître.

L’amour de Don Juan pour les femmes comme celui de Macron pour la France ne se donne pas comme une simple demande mais fait de l’amour, de la déclaration et de son retour énamouré la condition d’un apparaître : la déclaration d’amour de Marcon est toujours une demande de visibilité, une grande quête d’apparaître par où il est à lui seul l’acteur et la scène de son propre théâtre. Mais Macron ne joue pas. Nous ne sommes pas ici dans la métaphore rebattue et populiste sinon poujadiste de l’homme politique comme acteur et cabotin.

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À rebours de ces considérations de l’homme-politique-comme-acteur-qui-ment, Macron dévoile un geste politique qui ne ment pas mais emprunte au théâtre en ce que son positionnement au centre doit se lire, comme décidément tout homme d’image, comme on dit de Don Juan qu’il veut être perpétuellement au centre de la scène. Sans le savoir, la récente couverture de L’Obs ne s’y trompe pas puisque on lui fait revêtir comme à une poupée, un acteur, ou Don Juan se déguisant pour échapper à ses assaillants, les vêtements du président de la République, attestant également et fortuitement combien, par l’image, il est non l’objet mais le jouet des médias – à savoir, ce que les médias produisent de mieux, une image dramatisable, un dramaticule, une méta-image, Macron parlant des médias qui, eux, parlent de Macron qui lui-même parle des médias qui parle des médias qui parlent de Macron, ad lib. Molière découvrirait alors à son corps défendant que Don Juan est le candidat de l’inceste de l’image. Avec Macron, ressortissant davantage désormais à une créature de Sophocle et Pasolini, Don Juan est devenu totalement oedipien.

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De fait, il actualise et rend la figure de Don Juan contemporaine

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En ce sens, il est la pure image d’un temps où tout vient à se confondre et à se chevaucher, pas un rendez-vous amoureux sans qu’on vous parle de « mon boss », l’horreur de notre temps, sans qu’on s’investisse dans un travail synonyme d’épanouissement personnel – où tout discours néo-libéral devient l’occasion d’une parlure collaborative où la société devient un écosystème de désirs à entretenir et épanouir. Macron est le Don Juan de ce jardin urbain, son jardinier le plus expert, celui dont les meetings sont un date hyperbolique – un speed-dating (c’est sa campagne, la version cool de la blitzkrieg sarkozyste) mais sans sexe, un Don Juan asexué dont les discours n’ont cependant rien du libertinage sauf à considérer que, tant ses discours ne veulent littéralement rien dire, qu’il papillonnent d’une phrase à l’autre, d’un mot à l’autre.

De fait, les discours de Macron ne sont pas des discours : ce sont des images de discours, des discours qui transmuent la parole en image de parole, joue de l’image de la parole et des figures en jeu. « Penser printemps, c’est réconcilier l’ambition et le réel » clame sans sourciller le jeune Don Juan devant des foules non pas en transe (il n’est pas chef de secte) mais des foules littéralement transies car il parle dans des tours poétiques jusqu’à l’incompréhensible et le ridicule. Car Macron est une image qui ne cesse d’être image : un pur produit qui, à défaut d’être cultivé, se désire culturel.

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Pourtant, en politique, l’affectuel ne peut pas tout. Macron ne peut être Don Juan jusqu’au bout : Molière n’aurait jamais ainsi imaginé que Don Juan puisse devenir la Statue du Commandeur, à savoir le Président ultime. La contradiction se heurte au factuel qui rattrape toujours Don Juan et laisse Macron devant ses contradictions irréconciliables à défaut d’être inavouables

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Car Macron ne cesse jamais d’être une image. Il est sage comme une image – une image non bariolée finalement mais une image à colorier. Il est le petit garçon de la politique, celui qui devait imiter Jacques Chirac à la fin des repas arrosés. La politique ne peut pas en rendre compte – seule la sémiologie et les Unes de magazine peuvent saisir son image. Mais, ce que ses partisans ont oublié, c’est le danger que rencontre toute image : le moment où elle doit parler. Ce qu’on peut nous souhaiter de mieux, c’est que Macron demeure une image sans légende.

Macron : un start-uper ne devrait pas lire ça !

L'entretien que le président a accordé à la N.R.F révèle un lecteur complexe

Par Roland Jaccard   - 12 mai 2018      https://www.causeur.fr/

 

Un extrait

retour-du-tragique-macron

 Le tragique, il devrait le trouver bientôt … Qu’il en jouisse donc !

Pierre Payen (Dunkerque)

 

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