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Billet de blog 30 nov. 2022

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Crise de l’Enseignement à Paris : Les professeurs des écoles parisiennes en retenue

Entre coût de la vie parisienne non-compensée, impossibilité de mutation et nombre de jours de travail 20% plus élevé que dans les autres académies, la Capitale connaît une crise de vocation et de recrutement sans précédent. Syndicats, élus municipaux et gouvernementaux se renvoient gentiment la balle sous des yeux désespérés et démissionnaires.

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Il est 8h20, en ce mardi matin ensoleillé, lorsque retentit la sonnerie donnant la possibilité aux élèves de rentrer dans l’école Gambetta, dans le 20ème arrondissement de Paris.

Aujourd’hui encore, les 2 enseignants souffrants ne seront pas remplacés, et les élèves seront donc repositionnés dans les autres classes en dernière minute. Du grand classique dans une académie qui souffre d’un manque de professeurs des écoles. Et pour cause, plusieurs facteurs spécifiques à Paris expliquent cette situation.

Des prix parisiens pour un salaire…. Normal

Le débat sur la rémunération des professeurs des écoles est national. Largement sous-évalué en regard des salaires de leurs homologues de l’OCDE, il est surtout indigne de salaires de cadres (catégorie A de la fonction publique, faut-il le rappeler), avec un Bac +5.

Ce débat national prend une ampleur encore plus importante à Paris. Si un salaire n’est pas assez élevé dans une ville moyenne, comment comprendre que celui-ci soit le même à Paris ? La prime de résidence censée compenser le coût de la vie incomparable de Paris : 50 € bruts par mois, 39 € nets.

Faisons un calcul rapide digne d’un programme de CE1 : Sachant qu’un locataire doit gagner 3 fois le montant du loyer de son logement, le gain de 39€ supplémentaires, signifierait que la différence de loyer entre Paris et …Niort (par exemple) n’est que de 13 € ! Et nous ne sommes pas encore passés au Supermarché…

La conséquence : des professeurs des écoles déclassés, et qui doivent habiter loin de Paris pour se loger. Habiter loin de Paris, c’est également avoir un temps de trajet (en train, transilien, RER, métro) plus long, chaque matin, à l’heure où les enfants et les parents ont une réelle exigence de ponctualité que ces multiples transports en commun mettent au défi.

Des trajets longs … qu’ils doivent effectuer un jour de plus que partout ailleurs.

Rythmes scolaires : les enseignants déçus 5 sur 5

Cas unique en France : Paris est la seule académie, et même le seul département de France qui voit 100% de ses écoles être ouvertes tous les jours, avec présence des professeurs des écoles 5 jours sur 5.

La réforme des rythmes scolaires, lancée en 2012, a depuis été ajustée dans l’ensemble des départements, ville par ville, et les professeurs des écoles, en fonction de leur souhait de travailler 4 ou 5 jours par semaine, ont le choix lors de leur affectation, chaque commune ayant un rythme choisi.

A l’échelle nationale 92% des communes sont revenues à 4 jours sur 5.

A Paris, la position de persister sur des rythmes scolaires remis en cause également par les enseignants, est devenue un marqueur politique.

Un enseignant à Paris, contraint de se loger loin de son école par son faible salaire, doit donc subir de longs transports … 5 fois par semaine.

Mutations : la prison parisienne

Conséquence directe des deux premiers points, la Capitale n’attire plus de candidats au concours de professeur des écoles. Une crise historique, d’ampleur nationale mais qui est bien plus marquée à Paris. Pour le CRPE 2023, la date limite des inscriptions a été repoussée pour attirer davantage de candidats.

Ce manque d’attractivité de Paris est également la cause du troisième facteur de désaffection des professeurs de écoles pour la Capitale. Depuis 2022, fait unique en France, il n’est plus possible de quitter le département après avoir cumulé le nombre de points nécessaire. Un zéro pointé, 0% de satisfaction des demandes de mutations. Et si l’on regarde les quelques mouvements autorisés, ils sont uniquement le fait d’échanges entre départements, appelés permutations.

Et même en additionnant les mutations classiques et ces permutations, les chiffres donnent le vertige, version chute libre.

  • En 2010 : 52,22 % des demandes ont été satisfaites
  • En 2015 : 26,16 % des demandes ont été satisfaites
  • En 2020 : 11,03 % des demandes ont été satisfaites
  • En 2021 : 8,1 % des demandes ont été satisfaites
  • En 2022 : 5,7 % des demandes ont été satisfaites (uniquement si échange avec un autre département).

A titre de comparaison, au niveau national, en 2022, 20% des demandes sont satisfaites et Paris est la seule académie dont il est interdit de partir par mutation classiques.

Du côté des syndicats, on affiche sans pression « Paris est devenue une académie prison ». Aucun axe de travail, aucune trace de ce sujet lors des appels à mobilisation. Quel intérêt pour les syndicats de défendre les intérêts de professeurs des écoles qui ne feront plus partie de leur électorat en cas de changement de département ?

Poussés par tous ces facteurs, dont l’ensemble des acteurs ne semblent pas avoir pris la mesure, un grand nombre de professeurs des écoles de Paris songent cette année à la démission, ou au moins à la mise en disponibilité, le temps d’accéder à une mutation qui apparaîtrait comme une délivrance économique et physique.

Les députés Cécile Rilhac (Renaissance) et Rodrigo Arenas (La France Insoumise) ont présenté mercredi 23 novembre 2022 les conclusions d’une mission parlementaire sur le recrutement des enseignements du premier degré. Entre autres propositions, la fluidification des mutations des personnels enseignants, puisque selon le rapport transmis par les députés « moins il y a de mobilité possible, moins la profession est attractive ».

A l’heure de l’ouverture des vœux des enseignants pour les mutations, et de la fin des inscriptions au CRPE, les regards sont donc rivés sur Paris, symbole de la France mais bonnet d’âne national pour le traitement de ses professeurs des écoles. L’enjeu est de taille pour éviter une grand déclassement écrit en lettres…capitales.

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