"Les facs mobilisées voient leur image se dégrader" Merci Le Monde!

Je me permets de témoigner quant à l'élaboration de l'article "Les facs mobilisées voient leur image se dégrader" du mercredi 1er avril (page 9) dans le journal Le Monde. Étudiant à l'UM3 à Montpellier, je me suis entretenu avec Benoît Floc'h, co-rédacteur, durant 20 à 30 minutes sur un piquet de grève, le mercredi 25 mars.

Je me permets de témoigner quant à l'élaboration de l'article "Les facs mobilisées voient leur image se dégrader" du mercredi 1er avril (page 9) dans le journal Le Monde. Étudiant à l'UM3 à Montpellier, je me suis entretenu avec Benoît Floc'h, co-rédacteur, durant 20 à 30 minutes sur un piquet de grève, le mercredi 25 mars.

Nous avons alors exposé nos raisons, nos motivations, notre analyse du processus de Bologne, nous avons fait le constat de la libéralisation de l'enseignement supérieur, de l'augmentation des subventions publiques adressées à l'enseignement privé, et de la baisse des budgets de l'enseignement public dans son ensemble, la critique du classement de Shangaï (dans lequel en moyenne depuis 2003 se sont huit universités U.S et deux UK qui occupent la tête du classement), puis notre critique du mode d'enseignement anglo-saxon.

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Nous notons les recommandations économiques de l'EXAMEN ÉCONOMIQUE 2009 – FRANCE des économistes de l'OCDE, disponible sur Médiapart, du 23 février 2009 (1).

En dépit de nombreuses mesures allant dans le bon sens, il est important de poursuivre sur la voie de l’autonomie, en particulier dans les domaines budgétaires, de recrutement et de rémunération du personnel.. À cet égard, une plus grande liberté de sélection à l’entrée et de fixation des frais d’inscription seraient susceptibles d’y contribuer. Une augmentation de ces frais devrait être accompagnée par l’extension du système de prêts aux étudiants récemment mis en place.

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Ceci confirme nos inquiétudes soulevées l'an dernier à l'annonce de la loi sur l'autonomie, mais bien sur, ceci n'a pas été relevée. Benoît Floc'h préfère citer les propos de la présidente de la PEEP: « J'ai deux fils en terminale. S'ils avaient voulu faire des études de lettres, je me serais opposée à ce qu'ils aillent à Montpellier-III. Cette université donne une image de chaos, de bazar, de glandeurs. »

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Cependant je n'ai pas entendu Isabelle Caysac se prononcer sur les 11 200 suppressions de postes dans le secondaire en 2008 (j'étais tous les jours dans la rue durant trois semaines) et celles toujours prévues, je ne l'ai pas entendu sur la mobilisation des lycéens montpellierains en 2007 et décembre 2008, mais sans doute ses fils ne sont pas dans mon ancien lycée, et à priori, ils n'iront pas non plus dans mon université.

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Quant au vice-président de l'UNEF à Montpellier, Damien Jouve, il n'est qu'une ombre à l'UM3. A tel point qu'en tant que étudiant mobilisé depuis trois mois, je ne le connais même pas.

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Nous n'avions pas remarquer que les questions tournaient autour de la notion « d'image » de marque de notre université. Nous nous sommes contentés de légitimer les conflits précédents, que se soit ceux ou l'on à obtenu le recule du gouvernement (CPE) ou ceux avortés, mais qui grondent depuis (LRU). Pour finir, nous considérons qu'être étudiant dans une université réactive, « à la pointe de la contestation », est une fierté revendiquée. Nous ne sommes pas de ceux, comme les étudiants de l'IEP de Paris, qui, lors de l'occupation de l'institut par des universitaires, scandent des slogans très révélateurs: « On paiera vos RMI »« Dégagez-les, chargez-les » (2).

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Nous concluons que nous n'avons aucune leçon à recevoir des syndicats et de ceux qui ne font que passer dans nos universités. Ou de ceux, comme la rédaction du Monde, qui se complaisent dans l'ivresse abyssale d'une analyse de surface. Colportant ainsi la pensé dominante et sa logique aberrante, celle qui fait le lien entre la baisse du nombre d'inscription et la récurrence des mouvements contestataires de la communauté universitaire, et occultant ainsi tout le reste (dans mon université, six étudiants sur dix travaillent).

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S'agit-il de disqualifier "médiatiquement", "idéologiquement" les universités de sciences humaines ? celle qui sont les plus mobilisées. S'agit-il de faire la preuve par A plus B que le mouvement est négatif pour les plus faibles, ceux qui ont un travail salarié ? L'article ne s'emploit aucunement à montrer la condition étudiante, et ainsi prévoir la condition qui est réservée à la communauté étudiante dans des universités "autonomes". L'article ne signifie aucunement que le mouvement universitaire est comparable à la "Vague anormale" italienne, et que nous assistons peut être au dernier mouvement étudiant en France (20 universités sont déjà autonomes).

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A la lecture de l'article, stupeur, nous constatons que la ligne rédactionnelle phagocyte l'enquête journalistique, brisant notre confiance en ce journal. L'article était déjà écrit avant même l'arrivé des "envoyés spéciaux" sur leur lieu d'enquête. Et, à notre grand regret, le journaliste n'a repris qu'une seule information que nous lui avons communiqué, à savoir, que l'article consacré à l'UM3 dans Wikipédia comprend une rubrique « les grèves ». Comme si les étudiants étaient responsables de leur sort.

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(1) http://www.mediapart.fr/journal/france/030309/malgre-la-crise-l-ocde-prescrit-une-cure-d-austerite-a-la-france

(2)http://www.rue89.com/2009/03/18/sciences-po-occupe-caricature-de-la-fabrique-des-elites

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Lire le billet de Jérôme Valluy « Sur la charte de bonne conduite vis à vis du journal Le Monde » en réponse aux articles du Monde.

http://www.slru.ehess.org/index.php?post/2009/04/03/Sur-la-charte-de-bonne-conduite

 

Et celui d'Acrimed :

http://www.acrimed.org/article3102.html

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