« CONVOCATION EN VUE DU PRELEVEMENT ADN » Et merde...

Ce matin, dans ma boite aux lettres, je découvre une enveloppe du "MINISTERE DE L'INTERIEUR ET DE L'AMENAGEMENT DU TERRITOIRE DIRECTION GENERALE DE LA POLICE NATIONALE". Étudiant en lutte depuis trois mois, je me demande quelle connerie j'ai encore fait, je l'ouvre plein d'angoisse et de sueurs froides.

Ce matin, dans ma boite aux lettres, je découvre une enveloppe du "MINISTERE DE L'INTERIEUR ET DE L'AMENAGEMENT DU TERRITOIRE DIRECTION GENERALE DE LA POLICE NATIONALE". Étudiant en lutte depuis trois mois, je me demande quelle connerie j'ai encore fait, je l'ouvre plein d'angoisse et de sueurs froides.

 

 

« Vous avez condamné par le Tribunal Correctionnel de MONTPELLIER le 18/04/2008 pour des faits délictuels de DEGRADATION LEGERE.

Suite à cette condamnation, vous devez faire l'objet d'un prélèvement génétique en vue de l'enregistrement de votre ADN auprès du Fichier Automatisé des Empreintes Digitales. [...] Sachez que le refus de prélèvement génétique suite à une condamnation définitive constitue un délit.»

 

A huit jours de l'anniversaire de ma condamnation pour "dégradation légère", la Police Nationale veut récupérer mon ADN.

Il est vrai que j'ai été condamné par le Tribunal Correctionnel le 18/04/2008, à 1120,84 euros de réparation et de 300 euros avec sursis (plus 90 euros de frais de procédure).

 

Je me souviens du 29 mars 2008 (jour de ladite dégradation et de mon interpellation), durant une manifestation des associations solidaires de la cause Palestinienne (AFPS34, CCIPPP34...) en commémoration du soixantième anniversaire de la Nakba (la catastrophe).

Je me souviens du rassemblement devant le Gaumont de la Comédie, qui comptait une centaine de personnes, des femmes voilées avec leur poussette, des militants arborant fièrement le keffieh en distribuant des tracts aux passants, de la banderole déployée sur les barrières de sortie du parking de la Comédie, des ces quelque "anciens", ces sages que les manifestations récurrentes n'ont pas brisés, de ces quelques drapeaux Palestiniens cherchant le vent pour flotter à nouveau. Mais je me souviens surtout du grand soleil qui régnait sur la place centrale de Montpellier, je me souviens du flot de passants indolents, armés d'une carte de crédit, traquant la dernière mode, la dernière tendance. Je me souviens de ce samedi, bénit des dieux, durant lequel la Comédie chantait sa première mélodie estivale, accompagnée d'une foultitude de concitoyens, arborant sourire et liste de course, refusant de prêter regard au contingent de ces militants basanés, porteur d'une vision de l'histoire qui jette l'opprobre sur notre démocratie. Écœuré j'ai quitté le rassemblement.

 

Je me souviens de la plaque en faveur de la paix déposée par les associations sous l'olivier dans le square devant la gare. Je me souviens de l'absence des médias, ce qui est (malheureusement) devenu un indicateur très juste du niveau d'audience du conflit (ancestral) israëlo-palestien, y compris au niveau local. Pour preuve je n'ai recensé qu'un seul article sur la manifestation, dans L'Hérault du Jour.

 

Alors à la manière d'un anarcho-situationniste d'ultra-gauche, à 17h j'ai repeint en rouge (avec de la peinture à l'eau) la réplique de la statue des trois Grâces qui trône au sommet d'une fontaine, au milieu de la Comédie, mais je n'ai pu y accrocher le panneau sur lequel on pouvait lire "L'Etat d'Israël assassine". Pris en flagrant délit, j'ai passé 36 heures en GAV et une dizaine au dépôt. La Mairie à porté plainte contre moi et je paye encore l'amende.

 

Le Midi Libre publie la photo de la statue "taguée" dans son édition du 30 mars en indiquant que c'était l'œuvre de "militants palestiniens". (je n'ai aucun lien avec la Palestine).

 

 

Alors je me suis ému du massacre des palestiniens au début de l'année 2009, je suis toujours ému de ce massacre sourd et patent à la fois. Je déplore que les futurs ministres sont, de facto, politiquement blanchis de leurs exactions d'hier. Mais je ne manifeste plus à l'appel des associations solidaires des Palestiniens.

 

Bientôt un an après les faits, voila que je reçois une lettre non recommandée qui me demande d'appeler la Police Nationale, avec laquelle j'ai d'ailleurs d'excellentes relations (hormis le gaz, les matraques, les insultes et les coups...), pour convenir d'un rendez-vous en vue de ficher mon ADN dans le FAED, qui selon la CNIL, ne mentionne même pas l'empreinte génétique.

Les empreintes génétiques sont fichées dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques et non dans le FAED (enfin je suppose, je ne suis pas juriste ou gardien de la paix). Mais étant condamné pour dégradation, je suis éligible au FNAEG.

 

Je suppose que c'est une faute de frappe et que par manque de moyen financier la police envoie des convocations sans accusé de réception.

Mais je redoute que la police vienne taper à ma porte un beau matin car je n'ai pas donné suite à la convocation (nulle et non avenue juridiquement parlant). Sans doute ai-je trop vu d'abus de pouvoir de la part de la police.

Je me souviens de Michèle Alliot-Marie recensant 2000 actes en France durant l'année passée s'apparentant à la mouvance "ultra-gauche", suis-je un ressortissant de l'ultra-gauche? un vilain disciple de Thoreau? Je sais que je n'ai rien à me reprocher.

 

Alors j'attends tranquillement mardi pour pouvoir discuter des modalités du prélèvement d'ADN avec mon avocat, mais je sais pertinemment que je n'ai que très peu de possibilité d'esquiver mon sort. Et merde...


 

 

 

 

 

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