Mortaza Behboudi
Journaliste Franco-afghan
Pigiste Mediapart

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Billet de blog 16 nov. 2020

Camp de Saint-Denis: plus de 2000 migrants laissés à l’abandon

Sans masque, sans nourriture, sans sanitaires, sans douches… Les oubliés de Paris envisagent un hiver plus difficile que les dernières années. Plus de 2000 exilés survivent dans des tentes de camping devant le Stade de France à Saint-Denis.

Mortaza Behboudi
Journaliste Franco-afghan
Pigiste Mediapart
Camp Saint-Denis devant le Stade de France © Mortaza Behboudi

Du côté du canal Saint-Denis devant le Stade, un Irakien de 56 ans qui a perdu un pied en Irak, marche avec une béquille. “Ça fait un an que je suis dans la rue à Paris. Je suis toujours en attente d’une demande d’asile en France et pour l’instant, je prie de ne pas crever ici”

Ils sont originaires d’Afghanistan, de Somalie et du Soudan. Parmi eux, il y a quatre familles avec des enfants. “Nous sommes jeunes et pouvons travailler si la France nous donne un papier. Il fait froid et nous n’avons pas de douches et ni de couettes. Ça fait deux mois que je ne me lave pas.” Mamadou, demandeur d’asile sénégalais de 28 ans. Depuis trois ans en France, Mamadou a dormi dans la rue à la Chapelle puis, ici à Saint-Denis depuis trois mois. 

Seulement trois robinets sont installés sur place. Il est 10h du matin et l’eau est toujours froide. Un afghan se déshabille et commence à se laver les cheveux et les pieds avec du savon. 

Robinet pour se doucher au Camp Saint-Denis devant le Stade de France © Mortaza Behboudi

Elyas Ehsas, 27 ans d’Afghanistan, est au camp de Saint-Denis depuis deux mois. Ancien reporter de guerre en Afghanistan, il vit désormais près du canal de Saint-Denis, banlieue de la ville lumière. “On a marché des milliers de kilomètres pour sauver nos vies. Aujourd'hui, nous vivons pire que ça dans le froid, sans masque et peu de nourriture.” 

Au moment où Elyas attend dans la queue pour recevoir une soupe et du pain comme des centaines d’exilés, Emmanuel Macron tweete :   

Notre solidarité est essentielle. Toutes les populations, en particulier les plus vulnérables, doivent avoir accès aux tests rapides, aux traitements et doses de vaccin. Faisons des réponses à la pandémie un bien public mondial ! Nous nous y sommes engagés au Forum de Paris pour la paix.”  

Un homme soudanis de 66 ans est décédé dans ce camp la semaine dernière. Il était malade et très fragile au froid selon ses voisins du camp. Cette nouvelle met en colère les habitants du campement et ils ne veulent qu’une évacuation urgente vers un logement. 

L’État devait intervenir il y a deux mois pour évacuer ce camp devant le Stade de France, mais l’intervention des policiers se décale toutes les semaines. Les demandeurs d’asiles demandent quotidiennement les nouvelles de l'évacuation. “Nous demandons toujours quand le berger va venir nous déplacer dans un logement avec un toit”, dit un exilé afghan de 20 ans en souriant. Il continue : “On est comme des moutons, l’État français nous donne un logement pour un ou deux mois, mais après il nous met à la rue”. 

En attendant une évacuation cette semaine (mardi 17 ou jeudi 19 novembre dans la matinée selon des associations), l’association Secours Catholique affiche une lettre sur le mur de l’autoroute A devant les tentes à l'attention des forces de l’ordre chargées de contrôler le respect des mesures sanitaires : “Cette personne ne parle pas français et est sans domicile fixe et sans ressources. Elle est obligée de se déplacer pour suivre la demande d’asile.” 

L'association Secours Catholique affiche une lettre sur le mur de l’autoroute A devant les tentes. © Mortaza Behboudi

De l’autre côté, le collectif Solidarité Migrant Wilson distribue plus de 1000 repas dans ce campement deux fois par semaine, la nuit du mardi et du jeudi. Clarisse, française de 62 ans et une des bénévoles du collectif déplore les conditions de vie et désigne “des conditions moyenâgeuses". 

Robinet au camp de Saint-Denis © Mortaza Behboudi

Depuis le reconfinement en France, plusieurs exilés du camp de Saint-Denis ont reçu des amendes alors qu’ils se rendaient à leur convocation obligatoire dans le cadre de leur démarches juridiques.

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