Mortaza Behboudi
Journaliste Franco-afghan
Pigiste Mediapart

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Billet de blog 17 mars 2020

Sur la situation sanitaire dans le camp de réfugiés de Moria

Tandis que l’épidémie de COVID-19 progresse et que nous nous retrouvons en situation de confinement, des milliers de familles, femmes, enfants, vivent toujours dans le camp surpeuplé de Moria sur l'île de Lesbos. Ayant occasionnellement de l'eau, la situation sanitaire est déplorable. Des affiches « N'ayez pas peur - Protégez-vous » sont installées partout dans le camp, mais cela ne suffit pas...

Mortaza Behboudi
Journaliste Franco-afghan
Pigiste Mediapart

Malgré l’interdiction de filmer et de photographier l'intérieur du camp, je peux témoigner par ses images, prises avec mon téléphone, des conditions d'hygiène déplorables, propices à la diffusion de maladies.

Mardi 10 mars 2020 - Camp de réfugiés Moria sur l'île grecque de Lesbos

Je préfère rester confiné dans le camp de Moria qu’à Paris. Pourquoi ? Voici la réponse :

Il est 8h30, je ne trouve pas d'eau pour me laver les mains et le visage. Je fais un tour du camp mais toujours pas d’eau. En demandant aux réfugiés, ils m’apprennent que les responsables du camp ferment l'eau à partir de 8 heures du soir jusqu'à 9 heures du matin.

© M.BEHBOUDI / Camp de Moria - mars 2020

Aujourd'hui, la peur est partout dans le camp de Moria car tout le monde parle du coronavirus. Comme MSF l’a annoncé, il faut évacuer les camps de réfugiés des îles grecques vers Athènes et les grandes villes. C’est la mesure la plus urgente que jamais face à l’épidémie. « Les conditions de vie inhumaines dans les camps surpeuplés des îles grecques favorisent la propagation de l’épidémie de coronavirus. Les camps doivent être évacués rapidement pour protéger ceux qui y vivent. »

© M.BEHBOUDI / Camp de Moria - mars 2020

Moria, 11 mars 2020 - « Il faut faire la queue pour manger, pour se doucher, pour aller aux toilettes, pour laver nos vêtements... » me dit une réfugiée congolaise. 

Les réfugiés du camp attendent trois à quatre heures pour avoir à manger. Dans la matinée, à partir de 6 heures, ils font la queue pour avoir du lait. Mais ils rentrent à 10 heures, certains même attentent pour la deuxième fois pour le déjeuner. La population du camp a presque triplé, passant de 7 000 l’été dernier à 20 000 aujourd’hui.

Et surtout, beaucoup d’enfants sont obligés de vivre dans des conditions indignes. Le gouvernement conservateur grec a fait savoir qu’il entend fermer Moria et le remplacer par des structures fermées, autant dire des camps de détention.

© MORTAZA BEHBOUDI / Camp de Moria - mars 2020

Ils disent que l'on ne sait pas si il y a un cas confirmé dans le camp car la file d’attente pour voir les médecins est aussi très longue. 

12 mars 2020 - Deux cas suspects de coronavirus ont été identifiés dans le camp de réfugiés de Moria à Lesbos. Il s’agissait de deux hommes d'origine albanaise et somalienne ayant de la fièvre et des symptômes de rhume. Les deux hommes ont immédiatement été emmenés à l'hôpital de Mytilène où ils ont été mis en quarantaine. Ceux qui vivaient avec les deux hommes auraient également été mis en quarantaine.

La nouvelle d'un cas confirmé de Covid-19 à Lesbos a déjà fait craindre l'impact d'une épidémie dans le camp de Moria, où les réfugiés vivent dans des conditions désastreuses avec une hygiène épouvantable et peu de soins médicaux.

Une épidémie de cette envergure dans de telles conditions serait extrêmement difficile, voire impossible, à contrôler. Heureusement, ces deux cas suspects se sont révélés être négatifs. Ce n'est qu'une question de temps avant que cette épidémie se dirige vers les camps de réfugiés, si elle n'est pas déjà arrivée.

© M.BEHBOUDI / Camp de Moria - mars 2020
© M.BEHBOUDI / Camp de Moria - mars 2020

Lesbos, 13 mars 2020 - Face à l'épidémie, le gouvernement grec n'accepte plus de nouvelles demandes d'asile pendant un mois. Ce virus est assez brutal et ne devrait pas être utilisé à des fins politiques, mais c'est peut-être trop tard..

Le président français a déjà annoncé son soutien pour protéger les frontières avec la Grèce. De l'autre côté en Turquie, des milliers de réfugiés attendent la réouverture des frontières et dorment par terre et dans les camps malgré l’épidémie.

Voici le rapport hebdomadaire de Aegean Boat Report pour la semaine 11, 2020.

© Aegean Boat Report - mars 2020

* Un grand merci à Tara et Léa pour les corrections en français. 

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