Mortaza Behboudi
Journaliste Franco-afghan
Pigiste Mediapart

41 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 juin 2021

Un ex-employé de l'armée française tué en Afghanistan par les Talibans

Un ancien auxiliaire afghan de l’armée française, Abdul Basir, a été tué dimanche dernier par les talibans. Il allait rentrer chez lui. Des anciens traducteurs et PCRL « personnel civil de recrutement local » afghans pour l’armée française sont en danger de morts, abandonnés par la France depuis des années en Afghanistan.

Mortaza Behboudi
Journaliste Franco-afghan
Pigiste Mediapart
Abdul Basir, 34 ans, il a été retrouvé abattu d’une balle par les Talibans dimanche dernier. © Anciens PCRL afghans

Basir avait participé fin mai 2021 à la manifestation que j'avais filmé derrière l’ambassade de France de Kaboul, pour réclamer protection et asile à son ancien employeur. Abdul Basir a collaboré avec les forces françaises en Afghanistan d’août 2008 à juin 2013. 

Le certificat de travail d'Abdul Basir. © Anciens PCRL afghans

Abdul Basir était père de cinq enfants et marié. Il avait travaillé pour l'armée française en tant que cuisiner dans le camp l'OTAN de Warehouse, à Kaboul. Depuis plusieurs années, il avait demandé un visa pour lui et sa famille. L'ambassade de France à Kaboul a rejeté sa demande plus de trois fois. C'est la deuxième fois qu'un ancien employé de l'armée française en Afghanistan est assassiné par les Talibans. 

Le reportage complet a été publié sur la chaîne d'AJ+ français et TV5Monde. Si les talibans viennent, ils vont tuer tout le monde. À Kaboul, les anciens interprètes de l’armée française craignent pour leur vie. Ils appellent la France à l’aide. Les talibans, une nouvelle fois sont aux portes de Kaboul et ils ont déjà occupé plusieurs districts du nord d'Afghanistan. Ces traducteurs se sentent abandonné par les autorités françaises.

© Mortaza Behboudi / 28 mai 2021

Plus de soixantaine d’autres d’anciens employés, ayant travaillé plus brièvement pour l’armée française, chercheraient eux aussi à quitter l’Afghanistan. Des médailles, des certificats et des contrats de travail, ces anciens interprètes de l'armée française vivent cachés depuis l'abandon par la France. 

Ahmad Sear Anwari, 38 ans, a travaillé de 2005 à 2010 pour l'armée française à Kaboul. © Aleksandra Mostovaja / 28 mai 2021

Les anciens traducteurs de l'armée française ne croient pas que les services de sécurité afghans parviendront à les protéger. La France elle, a donné sa réponse. Elle n’accordera le droit d’asile qu’a ceux qui travaillent ‘actuellement’ pour la France en Afghanistan. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Justice
Affaire Darty : cinq mises en examen pour blanchiment et association de malfaiteurs
En juillet 2021, Mediapart révélait un système d’encaissement illégal d’argent liquide au sein du groupe Fnac-Darty. Depuis, quatre directeurs de magasins Darty et un directeur régional ont été mis en examen. Selon de nouveaux documents et témoignages, de nombreux cadres dirigeants du groupe auraient eu connaissance de ces opérations réalisées dans toute la France, au-dessus des seuils légaux. 
par Nicolas Vescovacci
Journal — Maghreb
En Libye, l’impasse politique provoque la colère sociale
Un an et demi après le cessez-le-feu, le pays est bloqué, à nouveau divisé entre le camp du maréchal Haftar, à l’est, et le gouvernement reconnu par l’ONU, à l’ouest. À l’instabilité politique s’ajoute une crise sociale alarmante.
par Ariane Lavrilleux
Journal — Éducation
Au Burundi, un proviseur français accusé de harcèlement reste en poste
Accusé de harcèlement, de sexisme et de recours à la prostitution, le proviseur de l’école française de Bujumbura est toujours en poste, malgré de nombreuses alertes à l’ambassade de France et au ministère des affaires étrangères.
par Justine Brabant
Journal — Europe
L’Ukraine profite de la guerre pour accélérer les réformes ultralibérales
Quatre mois après le début de l’invasion, l’économie ukrainienne est en ruine. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de procéder à une destruction méthodique du code du travail.
par Laurent Geslin

La sélection du Club

Billet d’édition
La révolution, le martyr et l’avenir
Comme toute chose périssable, une Révolution peut-elle vieillir ? Au rendez-vous des célébrations décennales, elle est convoquée au gré des humeurs présentes. La Révolution se met à la table des incertitudes du moment, quand elle n’est pas mobilisée en morphine mémorielle afin d’endormir les espérances d’émancipation encore vivaces.
par Amine K.
Billet d’édition
60 ans d’indépendance : nécessité d’un devoir d’inventaire avec la France
L’année 2022 marque les 60 ans de l’indépendance de l’Algérie. Soixante ans d’indépendance, un bail ! « Lorsqu'on voit ce que l'occupation allemande a fait comme ravage en quatre ans dans l'esprit français, on peut deviner ce que l'occupation française a pu faire en cent trente ans.» Jean Daniel  Le temps qui reste, éditions Plon, 1973.
par Semcheddine
Billet de blog
Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan !
[Rediffusion] Louis Aliot, dirigeant bien connu du Rassemblement national et maire de Perpignan, a décidé de soutenir politiquement et financièrement la 43ème réunion hexagonale du Cercle algérianiste qui se tiendra au Palais des congrès de cette ville, du 24 au 26 juin 2022. Au menu : apologie de la colonisation, révisionnisme historique et glorification des généraux qui, pour défendre l’Algérie française, ont pris les armes contre la République, le 21 avril 1961.
par O. Le Cour Grandmaison
Billet de blog
Abd el Kader au Mucem : une vision coloniale de l'Émir
La grande exposition de l'été du Mucem est consacrée à Abd el Kader, grand résistant algérien à l’invasion coloniale. On pourrait y voir le signe d'une avancée dans la reconnaissance du caractère illégitime de l'entreprise coloniale. Il n'en est rien. Derrière une beauté formelle se dissimule la même vision coloniale du « bon » rebelle Algérien, à l'opposé des « mauvais fellaghas » de 1954.
par Pierre Daum