Salah Hamouri a été transféré dans une nouvelle prison

L’avocat franco-palestinien, en détention administrative depuis le 23 août, a été déplacé ce dimanche 31 décembre de la prison du Negev à celle de Megiddo au sud-est de Haïfa. Une mesure qui s’apparente à une punition. Il est menacé d’être placé à l’isolement. Une question se pose maintenant: Emmanuel Macron intervient-il, ou non, pour la libération de notre compatriote ?

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Emprisonné jusque là dans une prison du Negev, l’avocat franco-palestinien, Salah Hamouri a été transféré ce dimanche 31 décembre dans la prison de Megiddo de sinistre réputation.

Selon des détenus palestiniens qui se trouvaient avec notre compatriote, il s’agirait rien moins que d’une « punition ». L’information de son transfert a été confirmée indirectement par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en charge des visites aux prisonniers palestiniens et qui a annoncé que la famille de Salah ne pourrait le voir demain, 1er janvier, la rencontre étant annulée.

Il y a deux semaines environ, des hommes - peut-être des services de renseignements - ont fait irruption dans la cellule de Salah Hamouri avec, dans leurs mains, un exemplaire de « l’Humanité ».

On sait que, par l’intermédiaire de ses avocats, nous avions publié une interview de Salah Hamouri le 30 novembre dernier.

Ces agents ont alors indiqué à Salah Hamouri qu’il allait être placé à l’isolement. Une forme de punition régulièrement utilisée par les autorités israéliennes contre les détenus palestiniens, mesure particulièrement inhumaine.

Les représentants des prisonniers sont alors intervenus auprès de l’administration pénitentiaire pour empêcher l’application de cette décision. Mais, ce dimanche matin, les renseignements israéliens sont revenus à la charge en annonçant à Salah Hamouri son transfert à la prison de Megiddo, au sud-est de Haïfa. Il pourrait très bien se retrouver immédiatement à l’isolement.

Salah Hamouri se trouve incarcéré dans le cadre d’une détention administrative depuis le 23 août. Pour six mois, renouvelable autant de fois qu’en décide l’arbitraire de la « justice » israélienne.

L’ordre a été donné par le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, qui mentionnait déjà la prison de Megiddo. La détention administrative est, en soi, un acte de torture mentale.

Le témoignage d’un prisonnier est cité dans un livre (1). Il adressait alors - c’était en décembre 1996 - une lettre à l’écrivain nigérian Wole Soyinka. « Si je dois décrire ce que nous sommes, je dirais que nous sommes des otages politiques, écrivait-il. Nous ne pouvons jamais savoir à quel moment nous allons rentrer chez nous. Ce jeu cruel du « espoir/pas d’espoir » je l’ai une fois décrit comme un mélange de roulette russe « elle m’aime/elle ne m’aime pas » et (…) une variante du thème familier « En entrant ici, abandonnez tout espoir ».

Rien ne permet d’espérer une libération prochaine puisque l’arbitraire règne. Développer l’espoir s’est s’exposer à une terrible désillusion en cas de renouvellement de la détention administrative.

Ce cercle vicieux s’apparente bien à de la torture, ce qu’avait souligné en 1998 puis en 2003 le Comité des Nations unies pour les droits de l’homme qui s’était penché plus précisément sur la détention administrative pratiquée par Israël.

Contacté dimanche par « l’Humanité » concernant le sort de Salah Hamouri, le service de presse de l’Elysée n’a toujours pas répondu.

La question est simple: le président de la république française intervient-il personnellement auprès des autorités israéliennes et plus particulièrement auprès de Benjamin Netanyahu, pour exiger la libération de notre compatriote comme le lui demandent des dizaines de parlementaires nationaux et européens et tout autant de conseils municipaux dans l’Hexagone?

Emmanuel Macron qui a le verbe haut s’agissant d’autres pays est bien silencieux dans ce dossier.

Or, la diplomatie discrète a ses limites. Il a maintenant le devoir d’informer les Français: oui ou non intervient-il?

(1) « Threat. Palestinian political prisoners in Israel ». Beer Baker et Anat Matar. PlutoPress Editions.

Pierre Barbancey - Grand reporter

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Salah Hamouri : Elsa Lefort, son épouse en appelle à E. Macron pour sa libération - vidéo 4'37

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Israël: la chasse aux enfants s'intensifie

Jeudi 21 décembre, Ahed Tamimi, 16 ans, était arrêtée en Cisjordanie après avoir giflé des militaires, rejoignant ainsi les 700 autres mineurs prisonniers de Tel-Aviv.

Il y a une semaine, Ahed Tamimi, 16 ans, icône aux boucles blondes de la lutte des enfants palestiniens contre Israël, était arrêtée à Nabi Saleh, au nord de Ramallah, en Cisjordanie occupée. Son crime ? Avoir giflé des militaires israéliens qui quelque temps plus tôt avaient tiré à bout portant sur son cousin de 14 ans, Mohammed Tamimi. Une semaine plus tard, tandis que le jeune homme est toujours entre la vie et la mort, l'adolescente, qui devait initialement passer trois jours en garde à vue, attend toujours sa libération. Ce jeudi, elle comparaissait devant un tribunal militaire israélien.

Un scénario banal sur les bords de la mer Morte qui se nourrit notamment de la passivité de grandes démocraties occidentales sourdes et muettes. Les faits sont pourtant avérés et documentés. En 2015, l'ONU avait obtenu le témoignage de 122 enfants palestiniens de Cisjordanie arrêtés par les forces de sécurité israéliennes. Tous y ont vécu l'enfer : passage à tabac, coups de bâton, yeux bandés, coups de pied, violences verbales et menaces sexuelles (Assemblée générale, Conseil de sécurité, rapport du secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, 2015). D'après un rapport de l'Unicef daté de 2016, plus d'un dixième des mineurs incarcérés en Israël sont mis à l'isolement pendant une durée moyenne de treize jours. Jeunes filles et garçons sont embastillés dans des cellules aveugles et sans commodités, une lampe allumée 24 heures sur 24.

Depuis 2015, le nombre de mineurs détenus par Israël a explosé

L'ONG française Ensemble pour la justice en Palestine a récemment alerté sur le nombre croissant des enfants palestiniens emprisonnés. Entre 500 et 700 jeunes gens seraient ainsi jetés en prison chaque année en Cisjordanie. Depuis l'an 2000, plus de 8 000 mineurs ont été détenus, interrogés et inculpés par la justice militaire israélienne. Entre 2015 et 2016, leur nombre aurait triplé. « La plupart sont inculpés pour avoir lancé des pierres et 3 enfants sur 4 subissent des violences physiques lors de leur arrestation, transfert ou interrogatoire », peut-on lire sur le site.

Certes, Israël n'est pas plus tendre avec ses propres enfants. Mais une différence de traitement s'opère dès lors que vous êtes né d'un côté ou de l'autre du mur de séparation. Un rapport du ministère des Affaires étrangères britannique datant de 2012 la décrit avec précision : « Les enfants israéliens peuvent avoir accès à un avocat dans les 48 heures. Ils ne peuvent pas être emprisonnés avant l'âge de 14 ans. Les parents peuvent les accompagner durant l'audition par les forces de l'ordre et la justice », alors que « pour les enfants palestiniens, ils peuvent être incarcérés dès l'âge de 12 ans et détenus 90 jours sans avocat. Aucun enregistrement audio-vidéo n'est possible, ni accompagnement des parents ». Une réalité qui perdure aujourd'hui sans la moindre réaction à l'échelle internationale. Pourtant, une fois la sentence rendue, 60 % des mineurs incarcérés sont transférés des territoires occupés vers les prisons israéliennes, et ce en violation même de la quatrième convention de Genève. Théoriquement, celle-ci protège les civils aux mains d'un État ennemi contre l'arbitraire de celui-ci.

Seule amélioration notable – sur la forme tout du moins – pour les enfants placés sous la férule de la justice israélienne : la création en 2009 de la Military Juvenile Court, une juridiction pour mineurs. Mais certains continuent de purger leur peine dans des prisons pour adultes.

Stéphane Aubouard (Journal L’Humanité)

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L’Occident célèbre Malala, et ignore Ahed. Pourquoi ?

Ahed Tamimi, une jeune Palestinienne de 16 ans, a récemment été arrêtée au milieu de la nuit, pendant une descente de l’armée israélienne dans sa maison.

Les autorités israéliennes l’accusent d’avoir « agressé » un soldat et un officier israélien. La veille, elle avait confronté des soldats israéliens qui étaient entrés dans le jardin de sa famille. Peu de temps avant cette intrusion, un soldat avait tiré une balle en acier recouvert de caoutchouc dans la tête de son cousin de 14 ans et brisé les fenêtres de sa maison pour y lancer des cartouches de gaz lacrymogène.

Sa mère et sa cousine ont ensuite également été arrêtées. Toutes les trois sont toujours en détention....la suite :

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100 ans de colonisation de la Palestine, dans l’ombre de Balfour

Le 2 novembre 1917, Arthur Balfour, ministre britannique des Affaires étrangères, adressait une lettre à la Fédération sioniste dans laquelle il accordait le soutien de son gouvernement à la création d’un foyer national juif en Palestine. Cette lettre est à l’origine de la colonisation de la Palestine, qui se poursuit aujourd’hui....source :

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Quand le journaliste Patrice Romedenne s'en prend à Salah Hamouri et à « L’Humanité »

Sans pudeur, le journaliste qui présente la revue de presse de France 2 tous les matins, fait un parallèle entre un ravisseur présumé d’une petite fille en France et le cas de Salah Hamouri, avocat franco-palestinien détenu en Israël.

Il s’en prend également à « l’Humanité » coupable de défendre les droits de notre concitoyen. Des téléspectateurs saisissent le médiateur de la chaîne publique et le CSA.

Ce jeudi 30 novembre, « l’Humanité » consacrait sa une à Salah Hamouri, cet avocat franco-palestinien en détention administrative en Israël depuis maintenant plus de cent jours. Par une interview exclusive obtenue grâce aux avocats de Salah Hamouri, notre journal a donné à entendre la voix de l’un de nos compatriotes, en rappelant qu’il est incarcéré sans même savoir pourquoi. Lui et ses défenseurs n’ont pas accès au dossier.

Cet élément, seul, suffit à comprendre l’illégalité de cette emprisonnement. Il alimente la campagne lancée par des comités un peu partout en France, l’engagement de plus d’un milliers d’élus en France, l’appel de presqu’une centaine de députés européens et de dizaines de personnalités nationales et internationales pour la libération de Salah Hamouri et la demande d’intervention officielle de la France.

Ce qui n’est visiblement pas du goût de Patrice Romedenne, le journaliste qui présente la revue de presse de Télé-Matin, sur France 2. « On est entouré par les menteurs, les bluffer par les types pas clairs », lance-t-il en guise de préambule sur le ton du justicier investi on ne sait trop par qui, avant d’ajouter: « On a l’impression de vivre dans une immense bulle où le mensonge fait loi ». Parce que, il faut le savoir, comme il le dit en entrée en matière, « comme tous les matins, j’ai parcouru la presse ». Parcourir, déjà, n’est pas lire.

Il a donc « parcouru » les journaux et commence par un fait divers qui émeut en France et fait la une du journal « Le Parisien Aujourd’hui en France », en évoquant le ravisseur présumé. Prétexte. La transition montre où il veut en venir. La séquence d’un meurtrier pédophile évoquée, il ose cette transition: « Et lui ? Regardez. Menteur ou pas menteur ? », avec image de la une de l’Humanité et la photo de Salah Hamouri dont il dit: « Ça fait 100 jours que ce franco-palestinien végète dans une prison israélienne ». L’extraordinaire se produit. Celui qui prétend dénoncer les « menteurs, les bluffer, les pas clairs », assène que Salah Hamouri « est accusé d’avoir copiné avec des terroristes. « L’Humanité » a décidé qu’il était innocent ». Deux informations totalement fausses.

https://www.france.tv/france-2/telematin/347481-revue-de-presse-du-30-11.html

Salah Hamouri n’est pas « accusé » puisqu’il est en détention administrative donc sans que le dossier d’accusation ne lui soit transmis et pas même à ses avocats. Romedenne aurait-il eu accès à ce dossier secret ? Difficile de le penser. Par ailleurs, « L’Humanité » n’a pas « décidé » que Salah Hamouri est innocent. Nous dénonçons les pratiques du gouvernement de Netanyahu qui se pense au-dessus des lois internationales, qui bafoue les droits des Palestiniens, poursuit son occupation militaire, renforce la colonisation des territoires palestiniens y compris Jérusalem-est et procède à des arrestations arbitraires.

Et nous appelons le gouvernement français à reconnaître officiellement l’Etat palestinien - comme le demande l’Assemblée nationale française -, dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-est comme capitale-, aux côtés de l’Etat d’Israël. « L’Humanité » soutient l’appel de Elsa Lefort-Hamouri qui appelle le président de la république française, Emmanuel Macron, à intervenir pour la libération de son mari.

Soit Patrice Romedenne ne sait pas tout cela. Auquel cas nous lui conseillons de ne plus « parcourir » les journaux mais plutôt de les lire, particulièrement « l’Humanité ».

Soit Patrice Romedenne sait et alors il y a un problème. Car il ne s’en est pas tenu là. Il moque le journal qui a « lancé une campagne pour le (Hamouri, ndlr) faire libérer. Mais qui ment ? Israël ou « l’Humanité » ? demande-t-il in fine !

Alors voilà de quoi informer Patrice Romedenne ou lui donner de quoi « parcourir ». Le 15 novembre, l’Assemblée nationale, Nathalie Loiseau, ministre en charge des affaires européennes, a indiqué, suite à des attaques et des insultes proférées par le député UDI Meyer Habib à l’encontre de Salah Hamouri, que « nous avons signalé aux autorités israéliennes toute l’attention que nous portons à cette situation et nous avons fait part de notre préoccupation face au recours extensif à la détention administrative ».

Elle en a rappelé la conséquence pour le juriste franco-palestinien: « Arrêté le 23 août dernier, il ignore, son avocat également et nous de même, les charges qui sont retenues contre lui. Nous continuons à demander le plein respect des droits de notre compatriote et, oui, à espérer sa libération rapide ».

Insulte à Salah Hamouri. Insulte à son épouse Elsa. Insulte à son fils et sa famille. Insulte à tous ceux qui défendent la justice et le droit international partout dans le monde, sans préjuger de nationalités ou de confessions. Insulte au service public. Insulte à la profession de journaliste. Patrice Romedenne, en moins de trois minutes, en direct et sur le plateau de France 2, a réussi ce tour de force. Le seul dont il est capable ?

À ce point-là, ses manipulations ne relèvent-elles que de la simple atteinte à la déontologie journalistique ? Outrées par l’attitude du chroniqueur, de nombreuses personnes ont déjà interpelé le médiateur de France 2. D’autres se sont adressées directement au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). La justice, en France, pourrait être saisie.

Tous les jours, dans « l’Humanité », continuera à apparaître le portrait de Salah Hamouri et le nombre de jours de sa détention. Pour ceux qui ne savent pas. Pour ceux qui se taisent. Pour ceux qui ne savent jamais, quand le temps est à l’orage.

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