Israël: la chasse aux enfants s'intensifie

Jeudi 21 décembre, Ahed Tamimi, 16 ans, était arrêtée en Cisjordanie après avoir giflé des militaires, rejoignant ainsi les 700 autres mineurs prisonniers de Tel-Aviv.--Douze chefs d'inculpation requis contre une jeune Palestinienne de 16 ans !

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Il y a une semaine, Ahed Tamimi, 16 ans, icône aux boucles blondes de la lutte des enfants palestiniens contre Israël, était arrêtée à Nabi Saleh, au nord de Ramallah, en Cisjordanie occupée. Son crime ? Avoir giflé des militaires israéliens qui quelque temps plus tôt avaient tiré à bout portant sur son cousin de 14 ans, Mohammed Tamimi. Une semaine plus tard, tandis que le jeune homme est toujours entre la vie et la mort, l'adolescente, qui devait initialement passer trois jours en garde à vue, attend toujours sa libération. Ce jeudi, elle comparaissait devant un tribunal militaire israélien.

Un scénario banal sur les bords de la mer Morte qui se nourrit notamment de la passivité de grandes démocraties occidentales sourdes et muettes. Les faits sont pourtant avérés et documentés. En 2015, l'ONU avait obtenu le témoignage de 122 enfants palestiniens de Cisjordanie arrêtés par les forces de sécurité israéliennes. Tous y ont vécu l'enfer : passage à tabac, coups de bâton, yeux bandés, coups de pied, violences verbales et menaces sexuelles (Assemblée générale, Conseil de sécurité, rapport du secrétaire général sur les enfants et les conflits armés, 2015). D'après un rapport de l'Unicef daté de 2016, plus d'un dixième des mineurs incarcérés en Israël sont mis à l'isolement pendant une durée moyenne de treize jours. Jeunes filles et garçons sont embastillés dans des cellules aveugles et sans commodités, une lampe allumée 24 heures sur 24.

Depuis 2015, le nombre de mineurs détenus par Israël a explosé

L'ONG française Ensemble pour la justice en Palestine a récemment alerté sur le nombre croissant des enfants palestiniens emprisonnés. Entre 500 et 700 jeunes gens seraient ainsi jetés en prison chaque année en Cisjordanie. Depuis l'an 2000, plus de 8 000 mineurs ont été détenus, interrogés et inculpés par la justice militaire israélienne. Entre 2015 et 2016, leur nombre aurait triplé. « La plupart sont inculpés pour avoir lancé des pierres et 3 enfants sur 4 subissent des violences physiques lors de leur arrestation, transfert ou interrogatoire », peut-on lire sur le site.

Certes, Israël n'est pas plus tendre avec ses propres enfants. Mais une différence de traitement s'opère dès lors que vous êtes né d'un côté ou de l'autre du mur de séparation. Un rapport du ministère des Affaires étrangères britannique datant de 2012 la décrit avec précision : « Les enfants israéliens peuvent avoir accès à un avocat dans les 48 heures. Ils ne peuvent pas être emprisonnés avant l'âge de 14 ans. Les parents peuvent les accompagner durant l'audition par les forces de l'ordre et la justice », alors que « pour les enfants palestiniens, ils peuvent être incarcérés dès l'âge de 12 ans et détenus 90 jours sans avocat. Aucun enregistrement audio-vidéo n'est possible, ni accompagnement des parents ». Une réalité qui perdure aujourd'hui sans la moindre réaction à l'échelle internationale. Pourtant, une fois la sentence rendue, 60 % des mineurs incarcérés sont transférés des territoires occupés vers les prisons israéliennes, et ce en violation même de la quatrième convention de Genève. Théoriquement, celle-ci protège les civils aux mains d'un État ennemi contre l'arbitraire de celui-ci.

Seule amélioration notable – sur la forme tout du moins – pour les enfants placés sous la férule de la justice israélienne : la création en 2009 de la Military Juvenile Court, une juridiction pour mineurs. Mais certains continuent de purger leur peine dans des prisons pour adultes.

Stéphane Aubouard (Journal L’Humanité)

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Douze chefs d'inculpation requis contre une jeune Palestinienne de 16 ans

Le procureur d'un tribunal militaire israélien a requis lundi douze chefs d'inculpation contre Ahed Tamimi, une Palestinienne de 16 ans apparue dans une vidéo devenue virale en train de frapper des soldats israéliens en Cisjordanie occupée, selon son avocate.

Les chefs d'inculpation requis contre Ahed Tamimi par le tribunal militaire israélien concernent un incident, survenu le 15 décembre près de Ramallah, et cinq autres dans lesquels Ahed Tamimi a été impliquée l'an dernier, a précisé aux journalistes Me Gaby Lasky. Le procureur a également requis cinq chefs d'accusation contre Nariman Tamimi, la mère d'Ahed, également impliquée dans l'incident du 15 décembre.

Le tribunal militaire doit en principe décider lundi s'il suit les réquisitions du procureur. Nour Tamimi (20 ans), cousine d'Ahed et elle aussi protagoniste dans une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux et des médias, avait été inculpée dimanche d'agression aggravée et d'atteinte à des soldats en fonction. Dans ces images filmés avec un téléphone portable, on voit Nour Tamimi s'approcher avec sa cousine Ahed de deux soldats puis leur donner des coups de pied et de poing et des gifles, dans le village de Nabi Saleh.

Les deux soldats étaient dans la cour d'une maison pour empêcher des Palestiniens de jeter des pierres sur des Israéliens à proximité, selon l'acte d'accusation du tribunal militaire d'Ofer en Cisjordanie occupée. La famille d'Ahed Tamimi affirme que l'incident s'est déroulé dans la cour de leur maison. Sur la vidéo, les soldats demeurent impassibles face à ce qui semble relever davantage de la provocation que de la volonté de faire mal. Puis ils s'éloignent. Ahed Tamimi, arrêtée le 19 décembre, est devenue pour les Palestiniens une icône de la lutte contre l'occupation israélienne. Elle s'est fait connaître dans des confrontations avec l'armée israélienne. Les médias israéliens la qualifient de "provocatrice".

Vidéo Al Jazeera Arabic.- 2'

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Ahed Tamimi fait partie des générations palestiniennes « R » … ou « Retour »

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Rima NajjarLa détention d’Ahed Tamimi, du village de Nabi Saleh en Cisjordanie, ainsi que de sa mère militante des droits de l’homme, Nariman Tamimi, pour avoir « donné une légère claque » à un soldat israélien, comme l’a écrit Amira Hass dans Haaretz, n’est remarquable qu’en raison de la grande notoriété, du courage et sumoud (ténacité) de la famille Tamimi, qui faisait la couverture du New York Times Magazine en 2013.

C’est un sort partagé par des milliers de Palestiniens. Le père d’Ahed, Bassem, comme près d’un million de Palestiniens depuis 1967, a également vu une prison israélienne de l’intérieur.

C’est la frustration qui a fait réagir Ahed au tir d’un soldat israélien sur un jeune Palestinien de quinze ans, parent éloigné (Mohammed Tamini) qui venait d’être blessé à la tête par une balle en métal revêtue de caoutchouc et emmené dans un hôpital palestinien. (Voir Israelis shoot boy in head, take revenge against his family)

Une question se pose: « Selon vous que serait faire justice à Ahed Tamini ? Elle soulève un point important lié à l’occupation militaire israélienne de la Cisjordanie et à la légitimité du système juridique qu’elle y impose aux Palestiniens (les « colons » juifs et les Juifs en général en Cisjordanie sont régis par des règles différentes).

Dans le film documentaire The Law in these Parts, les juges et procureurs militaires israéliens ont mis à jour le cadre juridique et son impact humain sur les Palestiniens, jeunes et vieux.

L’énormité de cette situation en Palestine est abordée aujourd’hui au Congrès états-unien, où a été déposé un nouveau projet de loi états-unien: Les droits des enfants palestiniens sous l’occupation militaire israélienne.

Ahed refuse de répondre aux questions posées lors de son interrogatoire, ce qui indique clairement qu’elle n’accepte pas la légitimité de sa détention ni le système juridique militaire auquel sont soumis ses actes de protestation en Palestine occupée.

Justice pour Ahed Tamimi et tous les prisonniers politiques palestiniens est synonyme de libération immédiate.

La Conférence sur le Droit international et l’État d’Israël: légitimité, exceptionnalité et responsabilité de 2017 concluait dans son relevé de conclusions que :...la suite :

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