Acrimed : vidéo Monique-Pincon-Charlot

Notre jeudi d’Acrimed du 26 avril 2018, sur le thème : « Dominants, médias dominants et médiatisation de la pensée dominante »--Fêtes ? Gérard Streiff--Cerveau, Maurice Ulrich--Marchands de sommeil Ian Brossat --Wagenknecht lance son drôle de mouvement--Salut Samir Amin...

Jeudi d’Acrimed avec Monique Pinçon-Charlot (vidéo)

Face au rouleau compresseur de la pensée dominante, que peuvent apporter la connaissance de l’espace médiatique et celle de la classe dominante à la lutte pour une appropriation démocratique des médias ? C’est à cette question qu’était dédié notre jeudi d’Acrimed du 26 avril 2018, sur le thème : « Dominants, médias dominants et médiatisation de la pensée dominante ».

Pour discuter ces questions, Denis Souchon, pour Acrimed, était aux côtés de la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Elle et Michel Pinçon ont consacré l’essentiel de leur carrière et de leurs recherches à l’étude critique de la haute bourgeoisie, et plus largement, des stratégies d’agrégation (et de ségrégation) socio-spatiale des élites sociales...voir les vidéos :

-----

Fêtes ?

Il y a une fête qui devrait valoir le coup le 15 septembre prochain. Cela se passera au club londonien The Conduit. Des anciens traders de la banque Lehman Brothers célèbreront les dix ans de la banqueroute de leur établissement. Ils fêteront quoi au juste ? Les subprimes ? Les emprunts toxiques ? Les faillites ? Les dizaines de milliards de dollars volatilisés ? Les gens jetés à la rue ? Les virés de leur emploi ? Les nouveaux pauvres ? Ou le pognon de dingue qu’ils se sont mis dans les fouilles des années durant ? Des grincheux ont trouvé l’initiative osée. Mais, comme dit l’ex ministre travailliste des finances Alistair Darling, on va pas faire un drame pour quelques personnes qui veulent prendre un verre.

Et puis nous, de toutes façons, le 15 septembre, on sera pas de la partie. On a rendez-vous sur la Fête de l’Huma.

Gérard Streiff

-----

Cerveau - Mercredi, 5 Septembre, 2018 - Maurice Ulrich

Nommé à la présidence du conseil scientifique de l’éducation nationale par Jean-Michel Blanquer, Stanislas Dehaene est un spécialiste des neurosciences, dont il parlait fort bien hier matin sur France Inter.

Sauf que lorsque Nicolas Demorand se risque à lui demander si les neurosciences disent quelque chose des inégalités sociales et de leur traduction dans l’école, la réponse est un brin désarmante : « L’environnement social fait que, si on est en banlieue, on a tendance à penser qu’on ne sera pas ingénieur. C’est une erreur. »

C’est juste dans la tête et voilà pourquoi votre fille est muette, de telle sorte qu’on ne trouve que 5 % ou 6 % d’enfants d’ouvriers ou de milieux populaires dans les classes prépas des grandes écoles, par exemple. On ne sait plus qui avait eu cette formule cocasse selon laquelle « les échecs développent l’intelligence mais seulement pour les échecs » .

Les neurosciences, tant mieux et c’est précieux, développent la connaissance du cerveau, mais pour le cerveau.

-----

Marchands de sommeil: "Il faudrait pouvoir confisquer leurs biens sans indemnisation", réclame Ian Brossat

Pour Ian Brossat, adjoint à la mairie de Paris en charge du logement, il faudrait que la justice soit plus sévère à l'égard des marchands de sommeil.

Ce mercredi matin sur RMC, le secrétaire d’Etat de la Cohésion des territoires Julien Denormandie a assuré déclarer une "guerre sans merci" aux marchands de sommeil. Cette déclaration survient après la série d'incendies à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, dont le dernier, survenu dimanche, a fait sept blessés graves dont cinq enfants....la suite et vidéo sur BFM

-----

Allemagne. Wagenknecht lance son drôle de mouvement

Mercredi, 5 Septembre, 2018 - Bruno Odent

La figure de Die Linke a inauguré hier Aufstehen (debout), nouvelle constellation de gauche qui prétend réduire l’ultradroite grâce au social et en… contenant l’immigration.

Sahra Wagenknecht a présenté hier à Berlin son mouvement Aufstehen. Il serait, a indiqué la coprésidente du groupe Die Linke au Bundestag, un moyen de faire face à « une crise ouverte de la démocratie » qui menace l’avenir du pays. Objectif à terme : « soigner » une gauche meurtrie et bâtir « une majorité alternative ».

Pour signifier la crédibilité de l’affaire, Wagenknecht, figure très médiatisée de la gauche allemande, s’était entourée de deux personnalités membres du SPD et des Verts. Simone Lange, maire SPD de Flensburg, est fortement opposée à la ligne de la « grande coalition » et à la présidente du Parti social-démocrate, Andrea Nahles. Ludger Volmer, ex-président des Verts et ex-secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères sous la direction de Joschka Fischer, entre 1998 et 2002, dénonce la dérive droitière de son parti, qui l’a amené à envisager la formation d’un gouvernement avec la CDU d’Angela Merkel.

L'ombre d'Oskar Lafontaine

Très contestée au sein de sa propre formation pour ses propos en faveur d’une limitation de l’immigration, Wagenknecht justifie cette ligne en clamant la nécessité de ne « pas laisser la rue, comme à Chemnitz, à Pegida et à l’extrême droite ».

Aufstehen serait l’instrument qu’il faudrait pour éviter que le pays « continue de glisser globalement vers la droite ». Des milliers d’électeurs de l’AfD, qui ne sont « pas tous des nazis », ont perdu tout repère. « Car, précise-t-elle, leur niveau de vie a baissé. » Ils ne se sentent plus partie prenante de la société, sont dégoûtés par la politique, par les partis traditionnels qui ont été « incapables de les protéger ».

Un immense malaise taraude aujourd’hui effectivement la société allemande. Les protagonistes d’Aufstehen entendent y faire face en mettant l’accent sur « des priorités sociales ». L’objectif, soulignent-ils, « n’est pas de se substituer » aux formations dont ils restent membres, mais d’agir comme une sorte d’aiguillon pour bousculer « les dirigeants de Die Linke, du SPD ou des Verts », afin de rouvrir dans le pays une vraie perspective pour une gauche devenue aujourd’hui largement minoritaire. Des ambitions aux dimensions plutôt modestes, puisqu’il s’agirait, selon le vert Ludger Volmer, de « viser à terme » une alliance en faveur d’un « gouvernement de centre gauche ».

Il était bien difficile de ne pas sentir l’ombre tutélaire d’Oskar Lafontaine se profiler en permanence hier sur la salle de la conférence de presse berlinoise. C’est en effet le conjoint de Sarah Wagenknecht qui évoqua le premier le besoin de lancer un mouvement à gauche comme Aufstehen, prenant ouvertement modèle sur la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon le lui rendant bien puisqu’il manifeste depuis un soutien ostensible au projet. C’est aussi l’ex-président du SPD, cofondateur de Die Linke avec Gregor Gysi en 2007, qui affirma rapidement qu’une ouverture des frontières « ne constituait pas une politique de gauche en matière d’immigration ».

Avec des arguments politique de gauche en matière d’immigration ». Avec des arguments budgétaires que défend aussi sa compagne quand elle affirme, comme hier, que le pays ne dispose déjà pas « de suffisamment de moyens pour ses citoyens les plus démunis, ses logements sociaux ou ses écoles bondées ».

Cet argument « budgétaire », qui fixe les limites du règlement du problème de l’immigration dans le cadre de contraintes préexistantes et se refuse de fait à envisager la possibilité de leur dépassement, était curieusement repris hier à Berlin avec la plus grande insistance par le Vert Volmer, qui dénonce « l’illusion d’une politique de frontières ouvertes », l’immigration n’étant « pas prise en charge au niveau européen » et pas finançable au niveau de l’État-nation.

Autrement dit : l’aménagement plutôt que le dépassement d’un système obsolescent. Ce dilemme social-démocrate si classique imprégnait ainsi la présentation d’Aufstehen.

Difficile de présager de la capacité du mouvement à prendre de l’ampleur. Simone Lange a invité les militants du SPD déçus de la ligne de la « grande coalition » à s’y engouffrer. Cela peut concerner du monde. Sans qu’on puisse bien mesurer encore l’effet de son appel. Sahra Wagenknecht affirme que 100 000 participants sont déjà enregistrés sur le site Web du mouvement. Elle y voit un gage de démocratie, « l’avis de chacun pouvant, dit-elle, être pris en compte ».

La belle intention peut toutefois susciter pour le moins de l’agacement du côté de ses camarades de Die Linke. En juin dernier, au congrès du parti, sa démarche restrictive sur l’immigration a été en effet nettement mise en minorité. Ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre « démocratiquement » la même ligne en solo et maintenant dans… Aufstehen.

Face à la menace existentielle pour Die Linke, le coprésident du parti, Bernd Riexinger, tente, non sans humour, de rassurer : le mouvement s’adressant à « des gens qui ne sont pas encore à gauche », dit-il, essayer de gagner des électeurs de Die Linke « serait un non-sens ».

-----

Obsèques. Hommage internationaliste à Samir Amin

Mardi, 4 Septembre, 2018 - Latifa Madani

Le penseur marxiste égyptien a été inhumé dans le carré du PCF, au Père-Lachaise, à Paris.

L’internationaliste qu’il était aura réussi à rassembler dans cette 97e allée du cimetière du Père-Lachaise, à Paris, des personnalités et militants des quatre coins du monde. Cet après midi du 1er septembre, un hommage très émouvant a été rendu à Samir Amin. L’intellectuel marxiste franco-égyptien disparu le 12 août à l’âge de 87 ans a été inhumé, selon ses vœux, près du mur des Fédérés, dans le carré du PCF, à côté de celui des brigades internationales. L’image est forte. Et pleine de sens, comme l’a souligné la présidente du Conseil national du PCF, Isabel d’Almeida, saluant « l’un des plus grands penseurs et acteurs des luttes pour l’émancipation humaine et des peuples ».

Samir Amin aimait se définir comme un marxiste du Sud. Ces voix du Sud, qu’on entend si peu, ont résonné sous les frênes du cimetière. Celles d’Afrique et particulièrement du Sénégal, où il vécut plus de cinquante années. De là, il a coconstruit et coanimé mouvements et centres de recherche toujours à l’œuvre dans le monde : forum du tiers-monde, des alternatives, Codesria, Enda… Un vivier pour un autre point de vue du monde que celui de l’occidentalo-centrisme dominant dont il était un fin critique.

L’ambassadeur du Sénégal, le numéro deux de l’ambassade d’Égypte, le recteur de l’université de Dakar, le directeur du Cetim de Genève, des diplomates cubains, ses amis altermondialistes, ses camarades maghrébins, ses collègues de l’université de Hong Kong ou du CNRS… ont salué l’action et l’œuvre du communiste révolutionnaire, du citoyen du monde, de l’homme libre. « L’indispensable reconstruction de l’Internationale des travailleurs et des peuples » était la préoccupation majeure et l’ultime message du grand Samir Amin. À tous ceux, nombreux, qui se sentent orphelins aujourd’hui, le défunt laisse un immense et précieux héritage qui ne demande qu’à être fructifié.

-----

voir ou revoir : Macronie. Le conflit d’intérêts, cadet des soucis d’Emmanuel Macron

Le remaniement ministériel, après la démission de Hulot, fera-t-il encore la part belle au monde économique ? Le chef de l’État, après la loi de moralisation l’an passé, ne se sent pas tenu d’en faire plus, tandis que la justice est saisie du cas Kohler.--Quand les lobbies intoxiquent les politiques--La réforme de l’État est un business pour les entreprises--

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.