Anicet Le Pors : La contre-révolution macronienne

Emmanuel Macron a été mandaté par les dominants de ce pays et au-delà : la finance internationale dont il émane, les cercles dirigeants de l’Union européenne, le MEDEF, la technocratie administrative, les flagorneurs du show business, la quasi-totalité des médias....

 

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Extrait d'un article d'Anicet Le Pors : Ministre de la fonction publique et des réformes administratives (1981-1984), conseiller d’État honoraire.

Fonction publique, l’histoire d’une longue marche – Économîe et Politique – juillet-août2018 (à paraître)

Tête de chapitre à lire : 

La domination séculaire du pouvoir hiérarchique

1946 : moment fondateur

1983 : moment fédérateur

Les tendances lourdes de l’Histoire

La régression néolibérale : le contrat contre la loi

La contre-révolution macronienne

Emmanuel Macron a été mandaté par les dominants de ce pays et au-delà : la finance internationale dont il émane, les cercles dirigeants de l’Union européenne, le MEDEF, la technocratie administrative, les flagorneurs du show business, la quasi-totalité des médias.

Instruit et talentueux, dès avant son élection, il a pu dessiner une démarche confirmée depuis et que l’on a pu ainsi résumer : vénération de l’élite et mépris des travailleurs, mise au pas des collectivités territoriales, abaissement du Parlement, Gouvernement aux ordres, exécutif opaque et autoritaire[14]. À tous niveaux l’administration, à la disposition du Gouvernement selon la constitution, est concernée et la tentation de modeler la fonction publique selon les vœux du président est particulièrement forte.

Emmanuel Macron a su tirer les enseignements des tentatives passées. La priorité donnée à la réforme du code du travail lui a permis de donner satisfaction au patronat, mais aussi de faire du contrat, et spécialement du contrat individuel privé d’entreprise, la référence sociale majeure susceptible d’être généralisée à l’ensemble des salariés des secteurs privé et public.

Pour autant il n’a pas cessé le marquer son intention de s’attaquer directement aux statuts des personnels du secteur public. Durant la campagne des élections présidentielles il a notamment jugé le statut des fonctionnaires « inapproprié » et prévu la suppression de 120 000 emplois. Il a stigmatisé ceux qu’il a appelés les insiders[15], selon lui des nantis.

Dans un premier temps, il a souhaité développer sa stratégie progressivement. Le premier ministre s’est tout d’abord adressé aux ministres par une lettre du 13 octobre 2017 pour leur annoncer la création d’un Comité Action Publique 2022 dit CAP 22, aux objectifs d’une grande généralité mais envisageant néanmoins « des transferts au secteur privé, voire des abandons de mission ».

Ce CAP 22 était présenté comme la pièce maîtresse d’un ensemble complexe, véritable « usine à gaz » avec une succession de conseils interministériels, un forum en ligne, 21 domaines d’investigation et 5 chantiers transversaux, l’opacité du système devant attester le sérieux de la démarche. Les conclusions de ce dispositif étaient annoncées pour la fin mars 2018, mais elles étaient en réalité déjà arrêtées depuis des mois. Ce qui s’est trouvé vérifié par le premier ministre : le 1er février, devant la multiplication de mouvements sociaux, il a soudainement livré certaines des décisions du pouvoir : plans de départs volontaires de fonctionnaires, recrutement accéléré de contractuels, rémunérations dites « au mérite » en réalité discrétionnaires, multiplication des indicateurs individuels de résultat, etc.

C’est le lancement de la croisade contre les statuts, à commencer par celui des cheminots en attendant de s’attaquer aux autres, et à la pièce maîtresse : le statut général de fonctionnaires[16]. Emmanuel Macron veut aller vite car il sait que le temps ne travaille pas pour lui.

Les dominants ont, malgré tout, cru pouvoir annoncer la victoire définitive du libéralisme, la fin de l’histoire, et consacrer l’horizon indépassable d’un capitalisme hégémonique sur la planète. Sauf que, en ce début de XXIe siècle, le monde tel qu’il est ne dit pas cela. Comme sous l’effet d’une loi de nécessité, une socialisation objective se développe, quand bien même elle s’exprime dans des contextes capitalistes. Dans une crise qu’Edgard Morin analyse comme une « métamorphose »[17], des valeurs universelles émergent et s’affirment : les droits humains, la protection de l’écosystème mondial, l’accès aux ressources naturelles indispensables, le droit au développement, la mobilité des personnes, le devoir d’hospitalité, la sécurité ; d’autres sont en gestation qui exacerbent les contradictions entre le vieux monde et ce qui advient.

La mondialisation n’est pas seulement celle du capital, elle touche toues les formes d’échange et d’hominisation : révolution informationnelle, coopérations administratives et scientifiques, conclusion de conventions internationales, foisonnement de créations culturelles. Bref, ce siècle promet d’être celui des interdépendances, des interconnections, des coopérations, des solidarités, toutes formules qui se condensent en France dans le concept de service public. Contrairement aux espoirs et aux proclamations des propagandistes du libéralisme, le XXIe siècle pourrait bien, in fine, s’affirmer comme l’« âge d’or » du service public[18].

Le présent article peut être utilement complété par l’analyse ci-après du rapport CAP22

TEXTE EN ENTIER :

Réf ....du texte publié ici

[14] Anicet Le Pors, « Emmanuel Macron : cet homme est dangereux, Médiapar, 5 mai 2017.

[15] Le Point, 31 août 2017.

[16] Anicet Le Pors, « Les fonctionnaires, voilà l’ennemi », Monde diplomatique, avril 2018.

[17] EdgardMorin, «  L’idée de métamorphose, dit qu’au fond tout doit changer », l’Humanité, 19 juillet 2013. Dans le même esprit, Anicet Le Pors, Pendant la mue le serpent est aveugle, Albin Michel, 1993.

[18] Gérard Aschieri et Anicet Le Poirs, La fonction publique du XXIe siècle, Éditions de l’Atelier, 2015.

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