dix milliardaires possèdent la presse française !

Dix milliardaires ont pris le contrôle d’une grande partie des médias français. Ces oligarques, venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie, ont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pour asseoir leur influence. Avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine...

Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques uns met en péril l’indépendance de la presse dans notre pays. Et porte ainsi atteinte au fonctionnement démocratique. Comment garantir la liberté de l’information et le pluralisme de la presse ? Résumé d’une situation critique, à l’occasion de la campagne #LibertéEgalitéInformés.

À qui appartient la presse française ?

Le secteur de la presse en France est un grand Monopoly. Tout s’achète, tout se vend, les journaux, les télés, les radios. Quelques milliardaires se partagent le gâteau. Résultat : 90 % des quotidiens nationaux vendus chaque jour appartiennent à 10 oligarques ! D’après les calculs de Basta !, les mêmes possèdent des télévisions et radios qui totalisent respectivement 55% et 40% des parts d’audience [1]. Vous avez donc une grande probabilité de lire, regarder ou écouter chaque jour des médias qui appartiennent à ce petit cercle de milliardaires.

audience4

 

 

 

 

 

 

 

Cela pose plusieurs problèmes. La concentration d’abord. Est-il sain qu’une si grande part de la presse appartienne à quelques personnes, richissimes, faisant partie d’une caste de privilégiés ? L’indépendance, ensuite. Est-il normal que les principaux médias français de notre pays soient entre les mains de marchands d’armes, d’entreprises du luxe, du BTP, de la téléphonie, de banquiers ou de fabricant de toilettes ? Comment ces propriétaires peuvent-ils concilier liberté de l’information et intérêts privés ? Comment TF1, BFM-TV, Le Monde, Libération peuvent-il produire en toute indépendance des enquêtes sur le secteur de la téléphonie, quand leurs propriétaires sont les patrons de Free, Bouygues Telecom et SFR ? Comment les journalistes du Figaro peuvent-ils porter un regard critique sur la politique de défense de la France, quand le propriétaire de leur journal vend des avions de chasse à l’État français ? Enfin, cette situation ne peut qu’encourager la reproduction d’un système économique qui assure la continuité des intérêts financiers de cette petite classe de possédants. Ils constituent une véritable communauté d’intérêt ! Et ce qui motive de riches patrons à créer des conglomérats médiatiques – qui ne rapportent pas vraiment d’argent – c’est d’abord la possibilité d’acheter de l’influence.

Qui sont ces 10 milliardaires ?

Ils sont cinq à faire partie du cercle des dix premières fortunes de France : Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH (patron des Echos, du Parisien), Serge Dassault (Le Figaro), François Pinault (Le Point), Patrick Drahi, principal actionnaire de SFR (Libération, L’Express, BFM-TV, RMC), Vincent Bolloré (Canal+). On trouve ensuite Xavier Niel, patron de l’opérateur de téléphonie Free et 11ème fortune de France, qui s’est associé avec Pierre Bergé, héritier du couturier Yves Saint-Laurent, et avec le banquier Matthieu Pigasse, pour devenir propriétaire du groupe Le Monde (L’Obs, Télérama, La Vie...). Matthieu Pigasse possède également Radio Nova et l’hebdomadaire Les Inrocks.

Martin Bouygues, 30ème fortune de France, est propriétaire du groupe TF1. La famille Mohn, qui contrôle le groupe allemand Bertelsmann [2], est propriétaire de M6, RTL, Gala, Femme actuelle, VSD, Capital,… Viennent ensuite Arnaud Lagardère, propriétaire d’Europe 1, Paris Match, du JDD, de Virgin radio, RFM, Télé 7 jours, et Marie-Odile Amaury, qui possède L’Equipe (et dont le groupe est, par l’une de ses filiales, organisateur du Tour de France notamment). Petite précision : ces deux derniers ne sont « que » millionnaires, avec tout de même une fortune évaluée entre 200 et 300 millions d’euros. A ce « Top 10 », on pourrait aussi ajouter la famille Bettencourt qui finance le journal ultra-libéral L’opinion. Ou le milliardaire d’origine libanaise Iskander Safa, 71ème fortune de France et propriétaire du très réac Valeurs actuelles....la suite sur Bastamag

-----

Actualité des médias n°4 (avril 2017)

 par Benjamin Lagues, Jérémie Fabre,jeudi 4 mai 2017

I. Du côté des programmes et des informations

- Public sénat veut virer Jean-Pierre Elkabbach, qui s’accrocheJean-Pierre Elkabbach s’accroche à son siège. Co-fondateur et salarié, via sa boîte de production, de la chaîne Public Sénat, M. Elkabbach est menacé de licenciement par cette même chaîne. En cause : l’éditocrate n’a pas annoncé au président de Public Sénat, Emmanuel Kessler, qu’il participera dorénavant à la matinale de CNews, le nouveau nom de la chaîne d’informations en continu de Vincent Bolloré (ex i-Télé). Une matinale considérée comme concurrente de Public Sénat. Malgré cette volonté de licencier l’éditorialiste, le départ d’Elkabbach n’aboutit pas pour l’instant, d’après Arrêt sur images, en raison de l’influence qu’aurait ce dernier sur les sénateurs, lesquels sénateurs composent le Conseil d’administration de la chaîne.

- Aymeric Caron a dû partir de “C l’hebdo” (France 5) parce que trop militant… du mauvais bord – À la télévision publique, tous les militantismes n’ont pas le même crédit. Aymeric Caron, ex-chroniqueur dans l’émission « On n’est pas couché », produite et présentée par Laurent Ruquier, a été embauché en début de saison 2016 / 2017 par l’émission « C l’hebdo » (France 5), une émission qui a pour objet de « décrypter l’actu de la semaine ». Après seulement trois numéros, M. Caron a quitté l’émission. Raison invoquée : le journaliste est militant. La présentatrice, Anne-Elisabeth Lemoine (par ailleurs chroniqueuse à “C à vous”), considérait en effet qu’Aymeric Caron « est quelqu’un qui a une opinion qui prime sur son envie de questionner ou d’interroger le monde.  » Ce à quoi Aymeric Caron a répondu : «  Oui, je suis végan, militant pour les droits des animaux, écolo, et partisan d’une société du partage et de la solidarité. Oui, j’ai déjà écrit sur ces sujets et je continuerai à le faire. Cela me discrédite-t-il en tant que journaliste ? Pour moi sont tout aussi militants les pelletées de journalistes et chroniqueurs que l’on entend du soir au matin sur toutes les radios et les télés nous vendre le même modèle néo-libéral, parfois mâtiné de racisme et de xénophobie. (...) Cela ne les a jamais empêchés de travailler, bien au contraire.  » Acrimed, qui chronique à longueur de colonnes l’anémie du pluralisme médiatique, ne pourra pas lui donner tort.

- Joseph Macé-Scaron, journaliste à Marianne, devient "plume" de François Fillon – Dans son édition du 19 avril, Le Canard enchaîné révèle que le journaliste Joseph Macé-Scaron collabore depuis plusieurs semaines à l’écriture des discours du candidat à l’élection présidentielle François Fillon. Or Macé-Scaron, entre deux plagiats, est l’ancien directeur de la publication de Marianne et jusqu’alors président de son comité éditorial. L’après-midi même, le directeur de la rédaction, Renaud Dély, publie une « mise au point » réaffirmant l’indépendance du journal. Quelques heures plus tard, la société des rédacteurs de Marianne publie à son tour un communiqué – beaucoup plus critique – déclarant que « la révélation de cette collaboration avec un candidat en campagne est une trahison, non seulement de la déontologie journalistique, mais également des valeurs fondamentales de Marianne. »

II. Du côté des entreprises médiatiques et de leurs propriétaires

- Arnaud Lagardère prend la présidence d’Europe 1 –L’actionnaire historique du groupe éponyme entend redresser lui-même les audiences d’Europe 1, en forte baisse d’après la dernière étude de Médiamétrie. Pour Le Point, « entre janvier et mars 2017, non seulement Europe 1 passe derrière RMC pour la première fois de son histoire, mais elle quitte aussi le podium des radios généralistes. En pleine campagne présidentielle, Europe 1 est distancée par RTL, France Inter et la radio désormais dirigée par Cécilia Ragueneau. Un véritable coup de tonnerre dans le monde de la radio. » Ce n’est pas la première fois qu’Arnaud Lagardère prend la présidence directe d’une partie en difficulté de son empire, puisqu’il avait déjà exercé la présidence de sa branche sport. L’objectif affiché est désormais de retrouver les mêmes audiences que la station concurrente RTL. Dans cette course à l’audience, Lagardère pourrait débaucher, d’après Le Monde, Frédéric Schlesinger, directeur des antennes de Radio France, pour le poste vacant de directeur d’Europe 1.

- Trop de Macron à Challenges pour ses propres journalistesDans un communiqué relayé par Acrimed, la société des journalistes du magazine Challenges s’inquiète de l’équilibre politique du journal pendant la campagne présidentielle. Il est notamment question d’un déséquilibre pro-Emmanuel Macron flagrant sur les publications en ligne, et de pressions incessantes de l’éditorialiste Maurice Szafran. Une obsession de l’ancien dirigeant de l’hebdomadaire Marianne que nous n’avions pas manqué de remarquer. Ce parti pris n’est pas sans rappeler celui d’autres médias comme Sciences et Avenir ou le magazine L’Histoire, bien évidemment sans rapport avec les déclarations pro-Macron de leur propriétaire commun Claude Perdriel...

- Censure ordinaire au Figaro ? – Pendant le débat organisé par France 2 le 20 avril, le candidat à l’élection présidentielle Nicolas Dupont-Aignan a révélé en direct un échange de SMS entre lui et « un grand patron de presse français, industriel, au service d’un candidat » : « Le boycott de mon journal n’est que la conséquence de ton attitude contre Fillon et ce n’est pas restant dans ton coin que tu y arriveras mais en étant dans une équipe gouvernementale. Il vaut mieux manger une soupe que du pain rassis. (...) Cela n’arrivera plus quand tu cesseras de combattre Fillon. (...) Si tu changes d’avis, il n’y aura plus de censure je te le promets. » Interrogé par Marianne, Nicolas Dupont-Aignan confirmera que le patron de presse en question est bien Serge Dassault, propriétaire du Figaro. La société des journalistes du journal réfute de son côté cette accusation.

III. Du côté des institutions...la suite sur le site d'Acrimed

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.