«La nuit, j’entends les rats gratter»

À Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, la municipalité est passée à l’offensive pour lutter contre les marchands de sommeil. Mais la tâche est énorme dans une ville dont la moitié du parc immobilier privé date d’avant 1948. Reportage chez des locataires victimes.--Les chambres de bonne font le bonheur des marchands de sommeil--Ian Brossat veut chasser Airbnb du cœur de Paris

L'Huma - Nadège Dubessay -Jeudi, 6 Septembre, 2018

À peine la porte franchie qu’un homme alerte : « Attention, le mur est pourri là-haut, ça peut tomber ! » Au 56, rue Hemet, au nord d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), quatorze familles s’entassent ici, dans de petites maisons mitoyennes de plain-pied – vraisemblablement d’anciennes maisons ouvrières – qui ont toutes été divisées par le propriétaire. Aboubakar Tamadou vit dans l’un des logements avec son frère depuis 2016.

Deux petites, toutes petites pièces. Dans l’une, un canapé, et l’autre, les lits. Et partout, des valises, des sacs, pour ranger les affaires tant bien que mal. « Regarde le plafond, quand il pleut, l’eau coule là où il y a l’ampoule… », montre-t-il. Lorsqu’il est arrivé, le chauffage était inexistant. Il en a installé un électrique. Mais quand même, « l’hiver, il fait très froid. Y a pas d’isolation ici. La porte, c’est du carton ». Alors la facture d’électricité s’élève à 400 euros pour deux mois. Il y a peu, il a refait toutes les peintures, mais l’humidité en a eu très vite raison. Et puis, il y a les rats, les limaces dès que le temps se rafraîchit… « On vit avec », dit-il, le sourire triste. Aboubakar Tamadou travaillait comme manutentionnaire dans la distribution automobile.

Licencié économique, il suit actuellement une formation proposée par Pôle emploi. Pour vivre dans ce logement insalubre, il paye un loyer de 560 euros.

Dans la cour commune, les femmes discutent et les enfants jouent à côté d’une déchetterie sauvage. « C’est le propriétaire qui jette tout ça ici. Dès qu’un locataire s’en va, il fait le vide », soupire Aboubakar Tamadou.

Une menace sur la santé des enfants

Tous racontent la même histoire sordide. Des pièces minuscules, pas de chauffage, des murs qui suintent, une isolation nulle, des rats, des punaises, des limaces… et l’humidité qui rend beaucoup de gens malades, particulièrement les enfants. « Tous ont des problèmes respiratoires », constate Aboubakar Tamadou.

Des tas de certificats médicaux en témoignent. Les deux enfants de Soulemane et Aminata Keita souffrent de drépanocytose, une maladie héréditaire touchant l’hémoglobine des globules rouges. Si le logement insalubre n’y est pour rien, il n’arrange pas les choses, l’humidité accentuant les difficultés respiratoires. Les parents et leurs deux enfants, eux aussi, vivent dans une toute petite pièce et se partagent le même lit. Soulemane Keita tient à montrer des photos sur son téléphone portable. Pas celles de souvenirs de famille, mais des rats piégés avec la colle qu’il dépose au pied du lit, « tous les jours, on en trouve là deux ou trois », dit-il.

Chez Nieleba Sidibé, l’espace est encore plus petit. Une pièce sombre de 14 m2 avec une douche et des WC dans un état pitoyable. L’eau sur les murs ne cesse de couler, même quand il ne pleut pas, et jaillit du sol en lino.

Elle est là depuis 2013, avec un loyer de 560 euros. Depuis plusieurs mois, le chauffe-eau s’est écroulé. « Heureusement, nous sommes tous solidaires, dit-elle. Les voisins m’aident. » Bien sûr, comme tous ici, elle aimerait vivre dans des conditions dignes. « Je suis femme de chambre, je gagne 700 euros par mois… Personne ne veut vivre ici ! Mais j’ai pas trouvé ailleurs. » Dehors, dans les couloirs, partout les fils électriques se croisent et s’entremêlent de façon anarchique. Chez Mahamadou Dioumassy, il est difficile d’ouvrir la porte d’entrée, car les matelas ne laissent que très peu de passage tellement la pièce est exiguë.

Chaque mois, 7 000 euros cash

La petite Bintou de 13 mois n’a aucun espace pour jouer, sauf le lit. « La vie ici, c’est au jour le jour. On ne peut pas se projeter », déplore son père, conducteur d’engin sur un chantier. Comme tous les enfants ici, Bintou souffre d’affections respiratoires à répétition.

Ils sont maliens, ivoiriens, guinéens… ils ont atterri ici avec le bouche-à-oreille. « Les Africains, c’est le fonds de commerce du propriétaire », dit Aboubakar Tamadou. Et chaque mois, il faut payer le loyer cash au marchand de sommeil. Environ 7 000 euros au total.

Les locataires alertent le service hygiène de la ville, mais rien ne bouge. De guerre lasse, ils décident de faire la grève des loyers. « À chaque fois, se souvient Aboubakar Tamadou, le propriétaire disait qu’il allait faire les travaux. Il commençait, et puis dès que nous lui donnions de l’argent, il arrêtait tout. » Alors les locataires contactent un avocat. Et décident de porter l’affaire en justice.

« Marchand de sommeil, c’est le business qui comporte le moins de risque, constate, amer, Me Jérôme Guicherd. Souvent, ils sont relaxés. Seules la prison ferme et la confiscation des biens auraient un impact. Les locataires d’Aubervilliers travaillent dur pour se retrouver là-dedans… c’est terrible. Et la justice est lente. Il faudra attendre plusieurs mois l’expert, alors que l’hiver approche. Certaines familles sont là depuis 2013… »

Au nord de Paris, Aubervilliers, avec ses 80 000 habitants, est fortement touchée par le fléau très lucratif des marchands de sommeil, comme de nombreuses communes de la communauté d’agglomération. En 2013, le parc privé potentiellement indigne représentait 23 % des habitations, soit plus de 3 300 logements, l’un des taux les plus élevés sur Plaine Commune. Ici, sur les 60 % de logements privés, plus de la moitié date d’avant 1948, avec beaucoup d’appartements de petite taille.

Cet été, deux drames, presque coup sur coup, marquaient la ville. Le deuxième incendie, le 19 août, qui a fait vingt-deux blessés dont sept grièvement, s’est déclaré dans un local commercial qui n’avait aucune autorisation d’habitation. De nombreuses personnes d’une même famille y vivaient pourtant.

Des nouvelles pratiques moins identifiables

Depuis plusieurs années, la ville a décidé de passer à l’offensive contre les marchands de sommeil. Elle a commencé par muscler son service juridique avec un poste spécialisé sur la question. « Grâce à cela, et aussi en lien avec la procureure de la République de Seine-Saint-Denis, nous avons gagné davantage de condamnations, explique Soizig Nedelec, ajointe au maire au logement. Nous avons notamment obtenu la confiscation de l’un des deux biens d’un marchand de sommeil qui avait aménagé des combles où une quarantaine de personnes vivaient dans de terribles conditions. »

Pourtant, l’élue déplore que ce délit ne soit pas puni à sa juste valeur. « Des marchands de sommeil se permettent de ne pas venir à l’audience, et de recommencer via des sociétés civiles immobilières (SCI). » Des opérations urbaines permettent de démolir des habitations indignes. Mais les marchands de sommeil savent s’adapter. « De plus en plus, on constate de nouvelles pratiques dans des pavillons à la découpe, des locaux industriels ou commerciaux, qui sont beaucoup plus difficilement identifiables », souligne David Rebuffel, directeur du service logement habitat de la ville.

SCI fantômes et habitants vulnérables

Aux 21-23, avenue Jean-Jaurès, le pavillon érigé dans la cour commune a toutes les caractéristiques de l’édifice indigne. Cet ancien fournil n’a pas eu l’autorisation de la copropriété pour une transformation en habitation. Qu’importe. Le propriétaire le découpera en cinq logements. « Et il a greffé l’électricité et l’eau sur la copropriété ! » tempête Odile Valensi, la présidente de la copropriété.

L’homme possède des SCI fantômes. Et plusieurs personnes vivent dans chaque petite pièce. Beaucoup sont sans papiers. Donc silencieux sur les actions crapuleuses du marchand de sommeil. Mohamed Berkouchi et sa compagne, Assia Bouhfid, ont arrêté de se taire. Ils ont contacté le service d’hygiène de la ville, qui a constaté l’insalubrité, et saisi la justice il y a six mois.

Depuis, ils vivent dans l’angoisse de se retrouver sans toit, avec les meubles et effets personnels sur le trottoir dès qu’ils quitteront le logement. « C’est arrivé à une locataire, raconte Assia Bouhfid. Moi-même, le propriétaire m’a menacée et agressée avec un tournevis parce que nous avions témoigné contre lui. » Son compagnon a laissé son poste de chef cuisinier pour rester dans l’appartement. La famille s’est installée ici en 2014. Chaque mois, il faut payer cash les 700 euros de loyer. Dans la chambre d’Iyad, leur fils de 8 ans, des plastiques aux abords de la fenêtre cachent l’humidité. La nuit, le garçon dit entendre « les rats et les souris gratter le plâtre, comme s’ils mangeaient ma maison »… Et puis, il y a les cafards, qu’il traque sans relâche.

Dans la pièce principale, la lumière naturelle n’entre jamais, faute de fenêtre. Alors il faut laisser l’électricité allumée, toute la journée. Dans la pièce en duplex qui doit faire office de chambre, l’humidité a noirci tout le plafond. L’odeur de moisissure prend à la gorge. « On ne peut aller ici, dit Mohamed Berkouchi. Ma femme dort avec le petit et moi sur le canapé du salon ». Il n’y a pas longtemps, il a jeté le matelas, infecté de punaises. Depuis, Iyad dort sur un matelas pneumatique. L’appartement d’en face a pris feu récemment, « sûrement un court-circuit ». De la petite fenêtre de sa chambre, Iyad voit un immeuble haussmannien à la jolie façade blanche. « C’est mon palais ! » Il sourit, songeur.

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Les chambres de bonne font le bonheur des marchands de sommeil

À Paris, c’est souvent tout en haut des immeubles, dans les anciennes chambres de bonne, que les marchands de sommeil opèrent. Boulevard de Clichy, au 6e étage sans ascenseur, Jeanine Djomou vit avec ses deux enfants de 14 ans depuis 2012 dans 9 m2. Cette aide à domicile gagne 900 euros et doit verser un loyer de 410 euros.

Chez elle, le lit prend toute la place. Elle le partage avec ses enfants. L’absence de chauffage rend les hivers très pénibles. « Et l’été, c’est un four ! Si j’ouvre la fenêtre, le métro fait un bruit pas possible ! » À côté de la plaque de cuisson, une douche avec un simple rideau. « Nous n’avons aucune intimité », soupire-t-elle.

Difficile pour ses enfants, qui entrent en 4e, d’étudier dans cette pièce. Partout – sous le lit, sur le palier, sur des étagères – des valises, des sacs où s’entassent les affaires de la famille. « Mes enfants souffrent énormément de cette situation, ils ne peuvent recevoir personne ici, alors ils mentent. Ils disent que je ne veux pas de visite. » Les toilettes, sur le palier, sont partagées par les locataires des cinq appartements.

Tous les « logements » appartiennent au même propriétaire. En face de chez Jeanine Djomou, une mère et son fils de 18 ans vivent dans… 7 m2 pour 390 euros par moi. « Je suis toujours en colère, reconnaît-elle. J’explique à mes enfants que ce n’est pas ma faute. Je suis tellement fatiguée… »

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Ian Brossat veut chasser Airbnb du cœur de Paris

vidéo 3'42 : Ian Brossat : « Airbnb à Paris, c’est 20.000 logements transformés en machine à cash »

L’adjoint au logement de la capitale et chef de file du PCF aux élections européennes demande au législateur de durcir la lutte contre la plateforme de location en ligne, en l’interdisant dans quatre quartiers parmi les plus touristiques.

L'Huma - Vendredi, 7 Septembre, 2018 - Camille Bauer

«Est-ce qu’on veut que Paris soit une ville accessible aux classes moyennes ou une cour de récréation pour des milliardaires saoudiens ou américains ? » Ian Brossat, chargé du logement à la mairie de Paris et chef de file du PCF aux élections européennes, résume ainsi le sens de la proposition qu’il a faite hier pour limiter l’influence d’Airbnb. Son idée ? Interdire à la plateforme de location entre particuliers la possibilité de louer des appartements entiers dans les quatre premiers arrondissements de Paris.

Dans ces zones parmi les plus touristiques de la capitale, les locations temporaires et très rentables ont peu à peu retiré des appartements du marché locatif, aux tarifs pourtant déjà très élevés. « Si on ne fait rien dans le centre, il n’y aura plus d’habitants, comme sur l’île Saint-Louis où ce nombre est en déclin et où des commerces de bouche sont transformés en boutiques de fringues ou de souvenirs.

On sera dans un musée à ciel ouvert ! » alerte l’élu qui publie un livre consacré aux abus de la plateforme : Airbnb, la ville ubérisée (1). « À Paris, ajoute-t-il, dans les années qui viennent, on ne pourra plus rien construire faute de foncier disponible. La question de l’occupation des logements existants va donc devenir cruciale. »

Interdire les résidences secondaires

Face à la pénurie de logements, Ian Brossat voudrait aussi interdire l’achat de résidences secondaires dans la capitale. Leur nombre a augmenté de 43 % en quinze ans. La Mairie a d’ailleurs pris des mesures contre ce phénomène. En 2017, elle a majoré de 60 % la taxe d’habitation des résidences secondaires, après une première hausse de 20 % en 2015.

Une taxe dont l’objectif est de dissuader les acheteurs vivant hors de la capitale d’acheter un bien pour ne l’occuper que quelques mois dans l’année.

La lutte contre les abus d’Airbnb dans Paris ne date pas non plus d’hier. Le phénomène y est très important, faisant en 2015 de la ville-lumière « la capitale mondiale de la location ». À côté du simple particulier qui loue une chambre occasionnellement pour arrondir ses fins de mois, sont apparus des professionnels louant plusieurs appartements, voire des immeubles entiers.

Au fil du temps, habitants et riverains ont commencé à se plaindre des nuisances sonores et des dégradations causées par ces locataires passagers. Pour éviter les abus, la Mairie a limité à 120 jours par an la location des résidences principales. Elle a ensuite contraint les loueurs à se faire enregistrer pour pouvoir vérifier la bonne application de cette limite temporelle.

Certains procès retentissant contre des loueurs ayant écopé de lourdes amendes et le renforcement de l’équipe municipale de contrôle ont aussi contribué à accroître la pression sur les récalcitrants. Après des années de bras de fer, les plateformes de location en ligne se sont engagées, cet été, à mettre en place un système de blocage pour garantir le respect de la règle des 120 jours. Un engagement qui sera observé de près par la Mairie.

Un combat mondial

Le combat contre la plateforme, qui propose près de 5 millions de logements dans 81 000 villes, est désormais mondial. En plus de ses impacts sur les marchés du logement très tendus des grandes villes et des nuisances, Airbnb est accusée de dématérialiser ses gains dans des pays fiscalement complaisants pour ne pas payer ses impôts dans ceux où elle réalise ses profits. New York, Londres, Berlin ou Barcelone ont, elles aussi, adopté des législations contraignantes, parfois beaucoup plus restrictives qu’à Paris.

Aujourd’hui, pour obtenir l’interdiction qu’il prône et qui n’engage pas la Mairie, Ian Brossat a besoin d’une modification législative. « C’est nécessaire pour que les collectivités puissent pendre des décrets d’interdiction. » Il mise sur les débats à venir au Parlement autour de la loi Elan pour obtenir la protection du cœur de la capitale et de ses habitants.

(1) Éditions La ville brûle, septembre 2018.

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Sénat. Une loi pour loger les habitants avant les touristes - Vendredi, 16 Mars, 2018 - Olivier Chartrain

Propriétaires qui abusent, sites Web qui s’enrichissent... Les sénateurs communistes veulent mieux réguler les locations touristiques de courte durée.

En cinq ans, à Paris, 20 000 logements (6 % du parc) sont sortis de la location traditionnelle au profit des sites de location touristique de courte durée – type Airbnb. Effet d’aubaine : certains propriétaires de multiples appartements s’enrichissent ainsi d’une activité dont ils font une industrie. Et peu leur importe la pénurie de logements pour ceux qui vivent là ou encore la concurrence déloyale dont se plaint l’hôtellerie traditionnelle.

On est loin du cliché idyllique de l’économie participative, dont se réclame cette activité…

« Il faut encadrer ces pratiques, explique le sénateur de Paris Pierre Laurent, car dans ce domaine la France est en retard. » C’est l’objet de la proposition de loi rendue publique jeudi par les sénateurs du groupe communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE). La régulation du secteur en France est, en effet, aujourd’hui bien en deçà des réglementations, parfois sévèrement restrictives, mises en place en Allemagne, aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni.

Toutes les métropoles sont concernées

Le texte des sénateurs communistes propose donc d’abaisser de 120 à 90 jours par an la durée de location au-delà de laquelle une résidence principale ne pourra plus être considérée comme telle, devenant un meublé touristique soumis à autorisation des collectivités locales – car toutes les métropoles et les zones touristiques sont concernées.

Il souhaite également instaurer une taxe de 2 % sur les transactions en France des plateformes Web concernées. Car si aujourd’hui un propriétaire qui abuse des possibilités offertes par ces sites peut être condamné, ces derniers, forts de leurs pratiques d’optimisation fiscale, échappent à toute sanction. Le produit de cette taxe serait affecté au Fonds national des aides à la pierre pour financer la construction de logements sociaux.

Les élus du groupe CRCE espèrent parvenir à faire inscrire leur proposition de loi à l’ordre du jour du Sénat. Sinon, Pierre Laurent promet de revenir à la charge lors du débat de la future loi sur le logement.

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Airbnb. Discriminations entre particuliers - Vendredi, 17 Août, 2018 - Yacine Zehani

Déjà épinglées voilà deux ans, les plateformes de location en ligne comme Airbnb sont à présent dénoncées en France pour des cas de discrimination.

"Quand tu veux partir en vacances comme tout le monde mais que ton nom dérange : tu réserves, tu payes et 3 jours après c’est l’annulation, sans explications", a raconté Merwane Mehadji sur Twitter.

En ce mois d’août, le jeune homme de 23 ans souhaitait passer quelques jours de vacances en famille dans le sud de la France. Ses demandes, envoyées sur des sites de location entre particuliers, dont Airbnb et Abritel, se sont toutes soldées par des échecs. Aucune explication, excepté, dans certains cas, l’indisponibilité de la maison.

Pourtant, en revenant sur le site, Merwane constate que les locations sont toujours présentées comme disponibles. Il soupçonne les propriétaires de faire une sélection en fonction de l’origine du nom du locataire.

Pour en avoir le coeur net, il effectue une nouvelle demande par l’intermédiaire de l’une de ses amies, dont le nom n’a pas de consonance étrangère : « Elle a reçu une réponse dans la demi-heure, avec confirmation que c’était bien disponible », indique Merwane à France Info, à l’origine de l’enquête.

Utiliser un nom à consonance occidentale

L’histoire de Merwane suscite sur le Net une série de témoignages présentant des situations similaires. « Pas de disponibilité, on en est limite presque à proposer le double (du prix) pour ne pas gâcher les vacances des petits », regrette ainsi Ait Jam. « Chaque année j’angoisse quand la personne dont je réserve le logement met un temps fou à me répondre », s’inquiète Nora, visiblement habituée à des refus de ce genre. Jusqu’à un élu de la ville de Saint-Denis (Seine- Saint-Denis), Madjid Messaoudene, qui raconte le même type d’expérience.

Pour pallier ces refus systématiques, certains utilisateurs conseillent de passer la réservation par une personne de l’entourage qui aurait un nom à consonance occidentale. « Finalement j’ai réservé le même appartement avec les mêmes dates grâce à une pote avec un prénom bien français », déclare Rached. D’autres proposent de passer par les hôtels ou les agences de voyages, quitte à payer plus cher pour éviter de se heurter à ces pratiques qui sont fréquentes.

« Les témoignages sont accablants, a réagi Ian Brossat, adjoint PCF chargé du logement à la Mairie de Paris. Ces plateformes refusent souvent d’assumer toute forme de responsabilité et se contentent de mettre en cause les annonceurs. Il serait pourtant illusoire de penser qu’elles n’y sont pour rien. » Pour l’adjoint d’Anne Hidalgo, « le combat à mener commence par responsabiliser ces plateformes, en les soumettant à des sanctions en cas de manquements ».

Au-delà de l’indignation, nombre d’internautes déplorent le manque de possibilités de recours contre les annonceurs et les plateformes. À défaut, certains ont interpellé le Défenseur des droits.

Quant à la plateforme Airbnb, elle s’est dite navrée et a promis de prendre les cas signalés au sérieux. Face à des affaires similaires aux États-Unis, elle avait déjà promis, fin 2016, de faire de la non-discrimination un de ses combats. 

des pratiques discriminatoires sur AIRBNB dénoncés à l'étranger

À l’étranger, Airbnb a aussi été mis en cause. « Les utilisateurs ayant des noms distinctement afro-américains ont reçu des réponses positives dans 42 % des cas, comparativement à 53 % pour les utilisateurs blancs », notait, en 2017, une étude réalisée à Boston, Austin et Seattle par l’université américaine Harvard. Une autre étude, menée à Sydney, en Australie, entre novembre et décembre 2017, montre que « les utilisateurs ayant des noms moyen-orientaux reçoivent 13,5 % de réponses positives en moins que des utilisateurs avec un profil identique avec des noms à consonance blanche.

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