Gare du Nord : un avant-goût de privatisation !

La gare parisienne va se parer d’un « terminal » commercial mastodonte dont la gestion sera confiée à une société d’économie mixte avec Auchan en actionnaire majoritaire.

La présentation du projet avait pourtant été léchée. Avec force visuels futuristes, la direction de la SNCF était fière, lundi, de présenter son programme de mue de la gare du Nord en maxi-centre commercial et zone d’activité en tout genre d’ici à la Coupe du monde de rugby de 2023, promesses d’espace et de bien-être aux voyageurs à la clé. Mais, passé la fascination pour ces images sur papier glacé, l’examen de la tambouille financière élaborée pour permettre la construction de ce nouveau « terminal » de 600 millions d’euros a rapidement rebuté. Car, si le décret d’application de la loi « pour un nouveau pacte ferroviaire », censée ouvrir la gestion future des gares à d’autres opérateurs que la SNCF, est toujours en cours de rédaction, ce projet de transformation maousse de la gare parisienne offre un avant-goût de ce que devrait donner la privatisation de ces équipements, où les fonctions ferroviaires deviennent un appâte-chaland pour zone commerciale.

Pour accueillir les 900 000 voyageurs quotidiens escomptés à l’horizon 2030, la SNCF a imaginé tripler la superficie de la déjà plus grande gare d’Europe, en bâtissant sur son flan un terminal départ affublé d’une grande galerie type passage parisien, de trois cents mètres de long. Cette nouvelle taille XXL ne proposera pourtant pas plus de voies pour fluidifier le surcroît de trafic de trains prévu.

Un espace de coworking et une crèche

La première justification avancée par les promoteurs a trait aux espaces de circulation plus vastes offerts aux voyageurs et qui seraient multipliés par deux et demi. Mais la principale annonce tient dans les chiffres avancés pour les surfaces commerciales, celles-ci seront multipliées par cinq. D’autres restaurants et boutiques ouvriront donc, incluant un espace de coworking et une crèche, tous deux privés, et même une piste réservée à la course à pied sur le toit.« Ce qui interpelle aussi est le montage juridique choisi pour assurer le financement, relevait hier la CGT cheminots. Habituellement, l’entreprise passait des conventions d’exploitation, des autorisations d’occupation temporaire avec des “partenaires” pour assurer tant le financement des travaux que l’exploitation des surfaces commerciales. » Ce fut ainsi le cas pour l’agrandissement en 2012 de la gare Saint-Lazare avec le groupe Spie Batignolles.

Cette fois, la SNCF a profité de la loi de 2017 relative au statut de Paris et à l’aménagement métropolitain pour se saisir de la possibilité de créer une société d’économie mixte à opération unique, dans laquelle l’entreprise ne détient qu’un tiers des parts. Les deux tiers sont propriété de la foncière du groupe Auchan, Ceetrus, retenue par appel d’offres. À la Semop la conduite des travaux, en échange de la concession commerciale pour 46 ans de la gare dopée en commerces. « La CGT, par l’intermédiaire des administrateurs salariés CGT au conseil d’administration de SNCF Mobilités, s’est opposée à la mise en œuvre de cette disposition opaque et complexe. D’autant plus que la SNCF s’est positionnée sur le seuil minimal de participation dans la SEM, alors que la loi l’autorise à détenir jusqu’à 85 % des parts », note le syndicat.

« La réforme ferroviaire à peine signée, la SNCF ne se contente plus de brader son patrimoine immobilier dans des zones où elle ne souhaite plus investir. Non, là, elle s’attaque à un patrimoine où des milliers de personnes passent quotidiennement, avec un trafic dense et une offre multimodale importante », a fustigé le PCF.

L’HUMANITE - MERCREDI 11 JUILLET 2018 - STEPHANE GUERARD)

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GARE DU NORD : UN FUTUR CENTRE SPORTIF, CULTUREL ET COMMERCIAL ?

Les annonces faites par la direction de la SNCF, lors des différents conseils d’administration qui ont eu à traiter du dossier des travaux de la Gare du Nord à Paris, interpellent sur le rôle principal d’une gare ferroviaire.

A vouloir rentabiliser à outrance et auto-financer les projets de développement, les gares ferroviaires se transforment en véritables centres commerciaux rejetant les espaces ferroviaires en arrière-plan car jugés moins rentables financièrement.

Ainsi, les surfaces commerciales de la Gare du Nord seraient multipliées par 5 alors que celles consacrées à la circulation et à l’accueil des voyageurs ne le seraient que par 2,5.

Ce qui interpelle aussi est le montage juridique choisi pour assurer le financement des 600 M€ de travaux. Habituellement, l’entreprise passait des conventions d’exploitation, des autorisations d’occupation temporaires avec des « partenaires » pour assurer tant le financement des travaux que l’exploitation des surfaces commerciales.

Sur ce dossier, la direction a utilisé une disposition de la loi N° 2017-257 du 28 février 2017 relative au statut de Paris et à l’aménagement métropolitain qui autorise SNCF Mobilités à créer « une Société d’Economie Mixte à opération unique dénommée Gare du Nord 2024 ».

La CGT, par l’intermédiaire des administrateurs salariés CGT au conseil d’administration de SNCF Mobilités, s’est opposée à la mise en oeuvre de cette disposition opaque et complexe. D’autant plus que la SNCF s’est positionnée sur le seuil minimal de participation dans la SEM alors que la loi l’autorise à détenir jusqu’à 85% des parts.

Alors OUI, la Gare du Nord (et la SNCF de manière générale) a besoin d’investissements pour améliorer le confort des voyageurs, la qualité de service et la régularité. Mais cela ne doit pas être le prétexte pour transformer une gare en centre sportif, culturel et commercial.

La CGT sera très vigilante sur la suite de ce dossier et plus particulièrement sur le contrat final qui sera soumis au vote des administrateurs en octobre 2018.

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