“Venezuela” : le mot unique qui sert aux médias US à contrer la menace socialiste

Le socialisme — quel que soit le sens qu’on lui donne — revient à la mode. Un récent sondage de la firme Gallup (8/13/18) montre qu’une majorité de l’actuelle génération états-unienne y est favorable, et le préfère au capitalisme.---

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Ce mardi 12 février à 19h heure française, nous organisons un Facebook Live depuis mon comptehttps://www.facebook.com/migusromain/

Depuis Caracas, les journalistes Marco Terrugi et Romain Migus et le cinéaste Thierry Deronne répondront à toutes vos questions sur la situation au Venezuela. 

FAITES TOURNER L'INFORMATION DANS VOS RESEAUX et à mardi 19h.

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Le socialisme — quel que soit le sens qu’on lui donne — revient à la mode. Un récent sondage de la firme Gallup (8/13/18) montre qu’une majorité de l’actuelle génération états-unienne y est favorable, et le préfère au capitalisme.

Le leader du Socialisme démocratique Bernie Sanders est l’homme politique le plus populaire aux Etats-Unis, et les politiques de la nouvelle députée de gauche Alexandria Ocasio-Cortez’s d’imposer les grandes fortunes, de rendre gratuits les frais de santé et de scolarité dans les collèges publics, sont hautement populaires – même chez les électeurs républicains (FAIR.org,1/23/19)

Inquiet face à la menace croissante de politiques progressistes à l’intérieur des Etats-Unis, l’establishment a découvert une arme faite d’un seul mot pour stopper la marée montante : Venezuela. Le jeu consiste à attaquer toute figure ou mouvement politique même vaguement orientées à gauche en les accusant de vouloir transformer le pays en un “champ de ruines socialiste” (Fox News, 2/2/19) dirigé par une dictature corrompue, abandonnant sa population à la famine et à la dévastation.

A la tête de cette campagne, on trouve Fox News et d’autres publications conservatrices. Un article d’opinion de Fox (1/25/19) affirmait que les états-uniens devraient être “absolument dégoûtés” par l’“escroquerie” de Bernie Sanders et de démocrates comme Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), Elizabeth Warren et Cory Booker, qui “continuent à promouvoir un système qui provoque une famine massive et la faillite d’un pays”, avertissant le lecteur que c’est exactement ce que produiraient aux Etats-Unis leurs politiques socialistes qui ont échoué partout. (Si on revient au monde réel, notons que si Sanders et Ocasio-Cortez se revendiquent comme socialistes, Warren se définit comme capitaliste, et Booker est connu pour ses liens avec Wall Street, dont il aurait sollicité l’appui pour son offre présidentielle). Un deuxième article de Fox News (1/27/19) continue dans la même veine, pour nous avertir qu’“au coeur de l’écroulement du Venezuela il y a une liste interminable de politiques socialistes qui ont décimé son économie.

Dans un article intitulé “Bernie Sanders, Jeremy Corbyn et les enfants affamés du Venezuela”, le Washington Examiner (6/15/17) avertit ses lecteurs de “se méfier de l’utopie socialiste”, la décrivant comme une dystopie où les enfants souffrent de famine grâce au socialisme. Le Wall Street Journal (1/28/19) a récemment condamné Sanders pour son appui au “dictateur” malgré le fait que Bernie a fortement critiqué le président Nicolás Maduro, et a traité son prédécesseur Hugo Chavez, de “dictateur communiste mort” (Reuters, 6/1/16).

Même des publications considérées plus au centre reprennent le même angle d’attaque. Dans le New York Times Bret Stephens (1/25/19) argumente : “Le Venezuela est une catastrophe socialiste. A l’ère de Alexandria Ocasio-Cortez (AOC), il faut réapprendre la leçon”— à savoir que le “socialisme ne marche jamais” et que “20 ans de socialisme” ont abouti à “la ruine d’une nation”. Le Miami Herald (2/1/19) trouve honteux que Sanders et AOC puissent trouver des arguments en faveur du socialisme alors qu’il y a tant de preuves contre lui, et décrit le refus de la gauche de soutenir l’autoproclamé président Juan Guaidó – quelqu’un dont moins de 20% des vénézuéliens ont entendu parler et pour qui un pourcentage moindre encore a voté -, comme “moralement répugnant”.

Cette arme utile contre la gauche ne peut fonctionner que dans la mesure où elle occulte un grand nombre d’éléments-clefs – parmi lesquels le principal est le rôle des Etats-Unis dans la dévastation du Venezuela. Les sanctions des USA, selon le tsar en économie de l’opposition vénézuélienne, sont responsable d’une baisse de 50% de la production pétrolière (FAIR.org, 12/17/18). Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU a formellement condamné les Etats-Unis et évoqué le paiement de réparations. Le rapporteur spécial des Nations Unies a décrit les sanctions de Trump comme un probable “crime contre l’humanité” (London Independent, 1/26/19). Ces faits n’ont été rapportés par personne ni dans le New York Times, ni dans le Washington Post, ni à CNN ni dans aucune autre publication d’infos en “résistance” aux Etats-Unis, où les médias ont par contre fait preuve d’une grande célérité dans l’appui aux plans de Trump de changement de régime (FAIR.org, 1/25/19).

De même, le rôle de la droite locale, soutenue par les Etats-Unis, dans la crise économique est à peine mentionné. L’opposition qui contrôle la majeure partie de l’approvisionnement en nourriture du pays, a assumé officiellement sa responsabilité dans l’organisation d’une “guerre économique” qui accapare de la nourriture et d’autres biens essentiels.

Par exemple, l’entreprise monolithique Polar contrôle la majorité de la production et de la distribution de farine, cruciale pour confectionner l’arepa de maïs, aliment de base au Venezuela. Le président du C.A. de Polar est Leopoldo Lopez, coordinateur du parti d’extrême droite de Juan Guaidó Voluntad Popular, et son PDG, Lorenzo Mendoza, a envisagé de se présenter contre Maduro lors des élections de 2018 qui ont beaucoup agité la sphère médiatique (FAIR.org, 5/23/18).

Il est évident que ce sont les produits sur lesquels Polar détient un quasi-monopole qui connaissent de fréquentes pénuries. Ce n’est pas un secret et pourtant ce fait n’est jamais mentionné dans les copieux articles (CNN, 5/14/14, Bloomberg, 3/16/17, Washington Post, 5/22/17, NPR, 4/7/17) qui se focalisent sur les files d’attente au Venezuela.

Autre fait rarement rapportés: les multiples missions d’observateurs internationaux ont déclaré que les élections présidentielles de mai 2018 ont été libres et justes, et la proportion du PIB (souvent prise comme baromètre du socialisme) dépensée par le gouvernement du Venezuela est en réalité moindre qu’aux Etats-Unis, et beaucoup moindre qu’en Europe, selon la conservatrice Heritage Foundation.

Indépendamment de ces faits gênants pour eux, les médias ont continué à présenter la dictature “socialiste” du Venezuela comme étant l’unique responsable de la crise et comme un avertissement pour tous les progressistes qui seraient tentés par de mauvaises idées. Un outil si utile qu’il est employé contre les mouvements progressistes partout dans le monde. Le Daily Express (2/3/19) et le Daily Mail (2/3/19) ont condamné le leader du Parti Travailliste Jeremy Corbyn pour sa “défense” d’un “dictateur”, tandis que le Daily Telegraph (2/3/19) nous explique que la catastrophe du Venezuela n’est autre que le projet des travaillistes pour le Royaume-Uni. Pendant ce temps, la reconnaissance par le parti grec Syriza de Maduro comme président légitime (position officielle partagée par les trois-quarts des pays membres des Nations Unies) est condamnée comme “honteuse” (London Independent, 1/29/19).

Le “Venezuela” est aussi utilisé comme réponse-à-un-seul-mot pour clore les débats et contrer toute idée ou pensée progressiste. Lorsqu’un panel d’invités sur ABC’s The View (7/23/18) discutait d’une législation progressiste comme le Medicare pour Tous et de la réforme de l’immigration, la conservatrice Meghan McCain a répondu en évoquant le Venezuela. “Ils meurent de faim” a-t-elle expliqué, laissant les autres invités perplexes.

Le président Trump aussi l’a employé. Après s’être moqué des racines indigènes de la sénatrice Elizabeth Warren en la traitant de “Pocahontas”, il a répondu aux critiques de celle-ci en affirmant qu’elle “transformerait notre pays en Venezuela” (Reuters, 10/15/18).

L’efficacité de l’arme ne peut fonctionner que sur la base de médias étroitement liés aux objectifs gouvernementaux de changement de régime. Nul hasard dans le fait que les médias se focalisent sur les difficultés d’un pays relativement petit et sans importance dans la «cour arrière» américaine et que l’image du Venezuela soit si superficielle. Bien au contraire, le récit simpliste d’une dictature socialiste affamant son peuple est d’une grande utilité en tant qu’arme qui permet à l’establishment de vaincre la « menace » intérieure du socialisme, en associant des mouvements et des personnalités telles que Bernie Sanders, Alexandria Ocasio-Cortez et Jeremy Corbyn à une caricature diabolique conçue avec beaucoup de soin.

(1) L’auteur: Alan MacLeod @AlanRMacLeod est membre du Groupe sur les Médias de la Glasgow University. Son dernier ouvrage “Bad News From Venezuela: 20 Years of Fake News and Misreporting” (Venezuela : 20 ans de mensonges ou d’inexactitudes) a été publié par Routledge en avril 2018.

Source : https://fair.org/home/venezuela-medias-one-word-rebuttal-to-the-threat-of-socialism/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4ue

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-Entretien avec l'ELN: Les guérillas marxistes colombiennes "se battront" contre les troupes américaines si elles envahissent le Venezuela

L'Armée de libération nationale (Ejército de Liberación Nacional, Unión camilista) est en guerre avec le gouvernement de droite de Colombie et les combats ont repris suite à la rupture des négociations de paix. Dans une interview à "The telegraph", Israël Ramírez Pineda, le commandant de l'ELN, connu sous le nom de Pablo Beltran, a déclaré que l'ELN aiderait à repousser toute attaque au sol - traduction Nico Maury...

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 Jean Ortiz :Les franquistes sont de retour... Ils n’étaient jamais partis

En Andalousie, désormais, les renards surveilleront les poulaillers, les loups les troupeaux, les chauffards contrôleront la vitesse sur les autoroutes, les tortionnaires soigneront les torturés, les jugeront à la place des juges ; ...suivi de "Guerre d'Espagne

...les sadiques présideront les commissions des droits de l’homme et la Brigade politico sociale, dans les souterrains insonorisés de la Puerta del Sol ; défendra la liberté de crier à sa guise ; d’ailleurs le flamenco n’est-il pas un cri ?

On pourrait en rire s’il ne s’agissait d’une insupportable provocation, d’une souillure, d’une insulte aux milliers d’antifascistes « disparus », environ 130.000, la plupart fusillés, qui pourrissent dans les fosses communes du franquisme, s’il ne s’agissait d’un essai de retour à un franquisme pur et dur, assumé.

La revanche de classe continue. Combien de fois ne m’a-t-on pas opposé le consensuel « tu exagères ! ». Les faits ont parlé. Le PP et Ciudadans ont confié hier en Andalousie la présidence de la commission de la culture et de la Mémoire historique à un fasciste de VOX. Il fallait le faire : ils l’ont fait. Tranquillement. Cyniquement. Comme si de rien était. J’ai souvent écrit que se livrait en Espagne une véritable guerre de la mémoire sur la IIe République, le franquisme, la transition.

En Espagne, nous l’avons répété jusqu’à plus soif, il n’y a pas eu de rupture avec le franquisme : on n’a pas véritablement défranquisé. Après 36 ans consécutifs de gouvernements socialistes, les fascistes relèvent la tête, et plus encore, même.

Récemment, le leader des « fachas » de Vox, Santiago Abascal qualifiait le travail de mémoire des collectifs, associations, de « débat infect ». Il appelait à ne pas se laisser imposer par les « rouges » une mémoire républicaine. Le point 33 du pacte PP-Ciudadans-Vox prévoit d’en finir avec la progressiste loi de mémoire andalouse.

La triple alliance de la droite fachote n’a pas tardé à tirer sur cette loi mémorielle (très avancée) ; je crains le pire pour l’exhumation, l’identification, et la récupération des restes de la journaliste et romancière française, Renée Lafont, fusillée par les franquistes et jetée au cimetière à Cordoue de la Salud, dans une fosse commune, avec 2000 autres corps. A l’autre cimetière cordouan, le San Rafael, gisent aussi près, ou plus, de 2000 corps. Cela fait 4000.

4000 raisons de combattre sans relâche, de bannir, de mettre à la raison ces monstres qui poussent sur la crise sociale, morale, les espoirs trahis, la vie quotidienne devenue un chemin de croix...

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La Guerre d’Espagne

Quelques éléments de réponses à des questions qui m’ont été posées sur la Guerre d’Espagne (Hitler, Franco, Mussolini, la France, l’URSS...). Réponses incomplètes donc, et qui reflètent un point de vue, le mien. D’où le débat, la confrontation nécessaires.

La Guerre d’Espagne fut un soulèvement qui en réalité « n’a ni réussi ni échoué ». Je ne sais plus quel est l’auteur de cette idée, mais elle me semble assez pertinente.

En août et septembre 1936, la victoire des « fascistes » (le peuple, immédiatement, les appela ainsi) paraissait imminente. La République n’avait pas d’armée et manquait quasiment de tout. Hitler comprit très vite ce qui se jouait à Madrid et misa immédiatement sur Franco, et lui seul. On sait aujourd’hui qu’il le méprisait, mais la real-politique a souvent des drôles de raisons.

L’aide massive du Reich passa donc essentiellement par Franco, ce qui en fit l’homme fort face à quelques officiers concurrents (surtout Queipo de Llano et Yagüe). Franco , chaud partisan de l’Axe, au point d’envoyer la phalangiste « Division Azul » combattre aux côtés des Allemands sur le front russe. Le général factieux rêvait d’obtenir d’Hitler une espèce d’empire méditerranéen, puisque ce dernier devait lui renvoyer rapidement l’ascenseur... Franco concevait la guerre comme celle du Rif, pendant laquelle il s’illustra par sa cruauté.

Avec l’intervention multiple et permanente d’Hitler et de Mussolini, la guerre changea en quelque sorte de caractère et devient une guerre internationale.

Pour Hitler, qui avait déjà fait main basse sur le gros des richesses minières espagnoles, l’Espagne comme alliée relevait plutôt du fardeau économique et militaire que de l’aubaine. La priorité pour Hitler est d’affaiblir la France. La thèse selon laquelle Franco aurait évité à l’Espagne d’entrer dans le conflit mondial n’est plus avancée que par quelques propagandistes d’ultra-droite.

L’autre protagoniste (l’Union Soviétique) dont la « littérature » franquiste et désormais « libérale », ont délibérément gonflé la participation, et le soutien (tout en relativisant celui de l’Allemagne nazie), se retrouve quasiment criminalisé.

Il est vrai que pendant que l’URSS est la seule puissance à soutenir matériellement Madrid, se tiennent à Moscou les « grands procès » staliniens. Par peur de l’isolement, l’Union Soviétique, qui n’est pas encore une « grande puissance », proposa à la France et à la Grande Bretagne une alliance de « sécurité collective », une sorte d’union contre la montée des périls fascistes.

La réponse fut une « ruade», « la farce » de la « non intervention », pas farce du tout mais choix très politique qui contribua à l’étouffement de l’Espagne républicaine. Les puissances occidentales refusèrent la proposition soviétique et optèrent finalement pour une fausse neutralité, pour une non assistance à peuple en danger.

Le mythe d’un Léon Blum déchiré qui plie sous la pression du Royaume Uni, d’Anglais pro-franquistes, a été démoli, archives en main, par Annie  Lacroix- Riz dans « Le choix de la défaite », devenu le livre de référence. La France interrompit les échanges avec Madrid, attitude d’autant plus significative qu’un traité commercial liait les deux pays depuis décembre 1935.

Dès le début des années 1930, des liens politiques étroits unissent les fascistes italiens et la Phalange espagnole.

En juillet 1936, Mussolini décide d’aller au-delà de ses « conseils en fascisation » et d’apporter à Franco une aide concrète. Il lui livre des bombardiers et avions de guerre. L’aviation sera l’une des clés de la guerre. La République dut créer la sienne en catastrophe.

Après un été 1936 où Moscou s’aligne quelques semaines sur la non-intervention, ça bagarre à l’intérieur de l’Internationale communiste.

Le PCF, notamment, plaide en faveur d’un soutien franc et massif aux Républicains espagnols. A l’exception du Mexique, la plupart des pays ferment leurs portes à Madrid. Le 26 septembre 1936, l’URSS vend à la République entre 80 et 100 chars d’assaut T 26, 50 à 60 bombardiers S B ; ce n’était pas du matériel vieillissant, caduc, comme on l’a trop souvent écrit, mais du matériel moderne, payé par le gouvernement espagnol. Dans « L’or de Moscou », Angel Viñas s’est livré à un remarquable travail de recherche et publié tous les chiffres...

Quant au nombre des « assesseurs » soviétiques, il a été surdimensionné à dessein par anticommunisme. Il ne dépasse pas les 2000.

Parmi ces personnels, on recense 772 aviateurs, 351 tankistes, 222 « généralistes » et « instructeurs ». Les conseillers en aviation risquèrent souvent leur vie, au moment même où leurs camarades du NKVD, dirigé par Orlov, assassinaient Andrés Nin, et liquidaient le POUM. Cela complexifie davantage l’étude de l’aide soviétique, sans laquelle Madrid serait certainement tombé en octobre-novembre 1936. Les chiffres sont tirés de la biographie de Negrín, par Jackson (ed. Crítica, 2008).

Dans cette guerre à dimension mondiale, nous l’avons déjà écrit, Madrid fut le prologue du premier des grands affrontements mondiaux entre fascisme et démocratie. Il fallut créer, à toute vitesse, l’Armée populaire « professionnelle », à partir des milices, des militaires loyalistes et des meilleurs cadres républicains, pour faire face aux Chemises noires, aux troupes coloniales, à la Légion Condor... On sait que le processus s’avéra difficile, voire fratricide. Le contexte international devenait de plus en plus défavorable aux Républicains.

Des facteurs externes ont pesé très lourd pour faire basculer le rapport de forces du côté des factieux. On sait l’aide massive, permanente, continue, de l’Italie fasciste et de l’Allemagne nazie face à des « démocraties occidentales » qui, de fait, soutenaient davantage les putschistes que les Républicains. L’Angleterre, sous des apparences trompeuses, prit en réalité fait et cause pour Franco. A propos de la France, les historiens progressistes espagnols qualifient son attitude « d’inhibition », de « rétraction », de « trahison », essentiellement par antisoviétisme... Hitler, érigé en « premier rempart contre le communisme ».

Dans les faits, les « démocraties occidentales » ont contribué à la défaite des Républicains. Après Munich, Franco se sent encore plus conforté.

On sait que pendant quelques semaines, l’Internationale communiste, via l’Union soviétique, fournit des armes à partir de début octobre 1936 ; le thème de l’aide fut abordé et adopté au politburo du PCUS du 2 septembre 1936. Moscou livra, par le Mexique, 50 bombardiers modernes.

Malgré l’aide militaire soviétique, l’Espagne républicaine ne pourra jamais rattraper son retard militaire, et restera en infériorité matérielle. Que pouvait-elle militairement contre le nouveau concept de la Légion Condor, unité militaire « intégrée » ?

Mais la Luftwaffe et ses « Junkers 52 » étaient plus efficaces, mieux entraînés, que les avions républicains (fournis par l’Union soviétique) que le peuple appelaient « chatos » (I-15), « moscas » (I-16) et qui stimulèrent le moral des défenseurs de Madrid. Pour Negrín, pour Largo Caballero, l’URSS constituait la seule possibilité d’acheter en grande quantité du matériel militaire.

Staline, qui était hostile à toute « révolution » en Espagne, diminua sensiblement l’aide militaire au cours du deuxième semestre 1938, avant de la relancer fin 1938.

A la frontière française, aux premiers jours de 1939, plusieurs trains chargés d’armes, de chars, de tanks soviétiques, sont bloqués par les autorités françaises, et n’atteindront jamais leur destination. Vous avez dit « non intervention » ?

Au final, l’Espagne républicaine, exsangue, tiendra trois ans à la force des idéaux et des convictions de ses combattants. Dès la chute du nord aux mains des franquistes, la guerre paraissait perdue. Mais ils avaient raison, tous ceux qui mirent en garde l’Occident : dans quelques semaines, c’est votre tour !

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