Santé. « C’est tout l’hôpital qui brûle ! »

À l’appel de la CGT santé, les personnels hospitaliers ont défilé à Paris. «Hôpitaux, psy, Ehpad, médico-social, public, privé, des emplois et des moyens pour travailler dignement », proclame une banderole. C’est que la colère déborde : le système des soins souffre du manque de financement....--Le président des yachts -- Alléluia, hosanna...de Maurice Ulrich

Publié dans l'Huma le 12 septembre 2019 - Lola Ruscio

À l’appel de la CGT santé, les personnels hospitaliers ont défilé à Paris.

«Hôpitaux, psy, Ehpad, médico-social, public, privé, des emplois et des moyens pour travailler dignement », proclame une banderole. C’est que la colère déborde : le système des soins souffre du manque de financement. « Les urgences sont la partie immergée de l’iceberg. C’est tout l’hôpital public qui brûle », a alerté Mireille Stivala, secrétaire générale de la CGT santé. Partis de la place d’Italie, les manifestants exigent une augmentation des salaires de 300 euros pour tous les personnels.

Dans les cortèges, les professionnels de santé sonnent l’alerte : ils n’ont plus les moyens d’exercer correctement leur métier.

Par exemple, le centre hospitalier d’Avignon est « touché par des fermetures de lits dans tous les services », dénonce Catherine Larsson, secrétaire générale CGT de l’établissement, où le service logistique, d’ortho-traumatologie, les urgences pour adultes et pédiatriques font grève depuis cet été. « L’hôpital est géré comme une entreprise », déplore-t-elle.

Cette logique comptable, Christine Thomas, une aide médico-psychologique dans un Ehpad, en fait les frais : « Il y a seulement 6 professionnels pour s’occuper de 84 résidents. Les personnes âgées sont traitées comme des boîtes de conserve. »

Qu’ils travaillent dans l’hôpital, les urgences ou la psychiatrie, tous refusent de sacrifier le système de soins.

Le nerf de la guerre se situe au niveau des budgets octroyés aux hôpitaux, soumis bientôt aux débats parlementaires dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale.

La CGT exige un relèvement de 5 % de l’objectif national de dépenses d’assurance-maladie (Ondam), l’enveloppe fermée qui contraint les dépenses de santé. Dans le même temps, la centrale réclame l’abrogation de la taxe sur les salaires à laquelle sont soumis les hôpitaux publics. « Cette taxe est injuste : elle rogne sur la masse salariale des personnels hospitaliers », explique Patrick Bourdillon, secrétaire fédéral CGT santé et action sociale.

Sa suppression, qui dégagerait 4 milliards d’euros, permettrait de financer des postes. « Au total, il faut 200 000 postes supplémentaires, à dispatcher dans l’hôpital, les urgences, la psychiatrie, les Ehpad, etc. », détaille le responsable syndical. 

-----

Editorial de "La Marseillaise" : Placebo pour fièvre sociale

Attendu après 6 mois d’une grève inédite, le plan Buzyn pour les urgences n’est pas un traitement mais un trompe-l’œil. Après les coupes claires imposées aux hôpitaux par le gouvernement durant les deux derrières années : 1,5 milliard en moins en 2018 et 910 millions en moins en 2019, les 754 millions, sur 3 ans, promis par la ministre ne sont pas à la hauteur de la crise traversée par notre système de santé.

Pire, parmi les mesures annoncées, dont certaines sont néanmoins dignes d’intérêt, nulle trace de la revendication prioritaire des personnels en lutte : des créations de postes et des créations de lits.

Comment dès lors ne pas comprendre le maintien de la journée d’action prévue par la CGT demain ?
Ce n’est pas en leur injectant du macronisme que l’on guérira les hôpitaux

La ministre bute sur l’un des piliers de la doctrine présidentielle : l’austérité. Si elle consent à redonner plusieurs centaines de millions d’euros au système de soins et notamment aux urgences pour éviter qu’elles n’implosent, c’est pour mieux repousser les revendications des personnels en lutte qui viendraient à ses yeux alourdir durablement « le coût » de nos hôpitaux.

Et pourtant ce n’est pas en leur injectant du macronisme qu’on les guérira. C’est en tout cas la conviction de celles et ceux qui tentent au quotidien de les faire fonctionner.
Leur réaction au plan Buzyn est unanime : il ne produira pas même l’effet d’un placebo. Il pourrait en revanche faire encore monter la fièvre sociale d’un cran.

Léo Purguette

-----

PENDANT LE MEME TEMPS : Le président des yachts

A l’automne 2017, au moment du débat sur la liquidation de l’ISF et son remplacement par l’IFI, l’équipe à Macron, histoire de bien détourner l’attention, surjouait les rodomontades contre les biens de « m’as-tu-vu », comme les yachts, des biens « inutiles », « improductifs », dixit Amélie de Montchalin (aujourd’hui secrétaire d’État à l’Europe).

Caramba, on allait voir ce qu’on allait voir. On allait taxer ces bateaux de frimeurs. Cela devait rapporter 40 millions d’euros au budget de l’Etat. Un an et demi plus tard, la redoutable taxe a permis de recueillir… 86 700 euros !

Flop total. Ecart magistral entre les prévisions et la réalité. La presse dit que le rapporteur macronien du projet « a beaucoup de mal à comprendre comment sa taxe a pu si peu rapporter ». Les copains du président ont sans doute planqué leurs engins dans des criques inaccessibles aux douanes… Macron était président des riches, le voici président des yachts.

Gérard Streiff

-----

Le billet de maurice ulrich. Dans les limbes

Alléluia, hosanna et bataille, bataille… La droite et l’extrême droite ont enfin trouvé leur croisade, des plumes du Figaro à Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement national, hier sur France Inter, en attendant Marion Maréchal, Éric Zemmour, toute la droititude.

Ce n’est qu’un cri, ou plutôt trois lettres, GPA. Ils tiennent ce qu’ils cherchaient.

La PMA n’est qu’un prétexte, un prélude à ce que désirent, malgré toutes leurs déclarations, toutes celles et ceux qui tiennent à son extension à toutes. Ce qu’ils veulent, en réalité, c’est la gestation pour autrui et, avec elle, la destruction de la famille et de notre identité. La preuve en est qu’il serait question, au moment où vont s’ouvrir les débats à l’Assemblée sur le projet de loi de bioéthique, de préciser le statut des enfants nés d’une GPA à l’étranger.

Les âmes pieuses, si soucieuses des enfants, n’en ont rien à faire de ceux-là. Ils n’ont pas à exister. L’État ne peut les reconnaître. Ils n’ont pas de droits. Ils sont dans les limbes hors leur usage politicien. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.