1789-2019: actualité de la Révolution !

Les silences officiels autour du 230e anniversaire de la Révolution française en disent long. L'écho de cet événement fondateur serait-il à ce point dérangeant qu'il faille l'étouffer dans le bruit rituel des Rafale, des parades militaires et le retour des casernes pour nos jeunes ? ....et le billet de Jean Levy...

Le spectre révolutionnaire, que M. Macron aura contribué à ranimer, tourmente bel et bien notre époque. Face à lui se retrouvent libéraux et nationalistes dans la méfiance ou l'aversion des principes de fraternité, d'égalité et de liberté et, au fond, de toute forme d'émancipation individuelle et collective.

Évoquer ou mettre en débat l'héritage révolutionnaire devient dès lors un acte politique. Et l'on comprend aisément que l'actuel pouvoir refuse de s'y engager, sauf à rappeler à ses dépens que, depuis la prise la Bastille, le peuple s'est érigé en seul souverain contre quiconque prétendrait lui dicter sa conduite.

Qu'y a-t-il aujourd'hui de plus actuel que la souveraineté populaire quand les États détruisent un à un tous les conquis sociaux en donnant carte blanche aux entreprises transnationales qui se développent à l'ombre des traités de libre-échange contre l'intérêt général humain et environnemental ; quand le droit des affaires supplante la loi souverainement définie grâce à des tribunaux d'arbitrage privés ; quand la démocratie représentative s'abîme dans un désaveu massif ; quand le capital s'efforce à défaire tous les cadres d'expression et de délibération démocratiques, ne rechignant plus à saborder les droits et libertés ? La préservation de la civilisation humaine place à l'ordre du jour le postcapitalisme ouvrant la voie à un monde nouveau de partage des savoirs, des avoirs et des pouvoirs, et de protection de l'environnement : un communisme à inventer.

Les partis du consensus capitaliste ont, chacun leur tour ou en coalition, créé les conditions d'un affaiblissement des nations au profit du capital mondialisé. Les multinationales du numérique vont désormais jusqu'à vouloir créer leur propre monnaie et leurs propres tribunaux pour supplanter les États et organiser à leur avantage la vie sociale. Cet affaiblissement des nations, ces «associations politiques» selon Robespierre, est une condition de la dépossession démocratique et du pillage systématisé du travail humain et de la nature. La nation n'est pas un principe figé. Elle n'en reste pas moins aujourd'hui un héritage vivant et un outil puissant pour créer les conditions d'une nouvelle révolution sociale démocratique et écologique.

« Il n'est de révolution que sociale», écrivait le grand historien Albert Soboul. Celle qui frappe à la porte devrait mettre en procès la propriété capitaliste, et porter l'enjeu de la propriété sociale et publique, un nouvel âge de la démocratie, des libertés et du rapport à la nature. C'est ainsi qu'un projet internationaliste pourrait émerger pour favoriser des coopérations européennes et mondiales, de nouveaux modes de production, d'échange, de consommation démocratiquement définis, permettant aux êtres humains d'affronter ensemble les immenses défis de notre temps : d'une rémunération juste du travail aux protections sociales tout au long de la vie, de l'éducation à l'émancipation des femmes, du climat à la paix, de l'alimentation à la santé, du numérique aux migrations mondiales.

1789 a mis l'abolition de la monarchie à l'ordre du jour. Le monde en fut ébranlé. Poursuivre l'œuvre révolutionnaire en 2019 commande de travailler au dépassement d'un système capitaliste aussi dangereux qu'inapte à répondre aux besoins humains et écologiques. La nécessité d'une « évolution révolutionnaire », pour reprendre les mots de Marx, chemine dans les consciences. À chacun d'entre nous de la faire collectivement advenir.

Patrick Le Hyaric (Éditorial journal L’Humanité - 12 juillet 2019)

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14 juillet 2019 : Macron mis en échec par les Gilets jaunes, les nouveaux sans culottes contre l'oligarchie, l'aristocratie de nos jours par Jean LEVY

Macron et les petits marquis de son clan, avaient annoncé à son de trompe que la présence des gilets jaunes étaient une fois pour toutes interdit sur les Champs-Elysées.

Et d'annoncer que la belle avenue du monde était "libérée" définitivement de  leur présence...dont il fallait, d'après eux, parler au passé.

Le 14 juillet 2019, cette fanfaronade s'est effondrée avec la venue de centaines et de centaines de gilets jaunes mobilisés pour conspuer le Président de la République descendant les Champs-Elysées, escorté - on pourrait dire protégé - par un triple cordon de motocyclistes, et d'engins blindés. Ainsi, il s'est isolé lui-même de la population, conscient de son impopularité. 

Accueilli par des nombreux "Macron démission !", et par la chanson ironique des gilets jaunes, le Président a pu ainsi mesurer son  l'isolement au sein de la société française, et cela face à la présence de dirigeants étrangers. 

Des journalistes et des commentateurs ont pris leur air le plus indigné, faignant voir dans ces manifestations, s'exprimer une hostilité à l'armée française, dont les cérémonies du 14 juillet lui seraient, selon eux, consacrées.

Or, le 14 juillet, c'est la fête nationale dédiée au peuple sans-culotte qui,  menacé d'exactions par les Gardes suisses et le régiment du Royal-Allemand appelés en renfort pour "faire cesser les troubles", s'en est pris à la Bastille, la prison royale, symbole du despotisme, incarnée par un pouvoir monarchique absolu.

Mais la prise de la Bastille ne fut que l'acte symbolique d'une colère qui se diffusait au sein du royaume depuis des mois et des années.

Telle "la journée des Tuiles", nom donné à une émeute survenue à Grenoble le 7 juin 1788, au cours de laquelle les insurgés ont affronté les troupes royales à coup de tuiles pour contrer une réforme visant à annuler les pouvoirs donnés aux Parlements.

Ou les deux jours d'émeutes Faubourg Saint-Antoine, les 26 et 27 avril 1789 contre le fabriquant de papier peint Reivillon.

On disait qu'il affamait ses ouvriers (Réveillon voulait s'aligner sur la diminution du pain promulguée par le gouvernement).

Le 28 avril 1789, la manufacture fut mise à sac et incendiée. 

Les gardes françaises tirèrent sur la foule au soir du 28 avril 1789, il y eut environ 300 morts qui furent enfouis dans les catacombes et un millier de blessés

Ces faits, parmi d'autres témoignent du climat qui régnait en France dès avant l'été 89. La pénurie de farine, nourriture essentielle de la population, entretenue par l'agiotage sur le cours du blé, les fortunes dilapidées par la Cour à Versailles, les impôts exorbitants payées par les paysans à leurs seigneurs, le servage,  tout concourait à l'insurrection populaire.

C'est en brûlant les parchemins qui consacraient ces privilèges -  et les chateaux des nobles récalcitrants - que la terre fût acquise par les paysans. L'abolition des priviléges, reconue dans la nuit du 4 août 1789, par les seigneurs et les dignitaires de l'Eglise, n'en fut que l'épisode ultime.

Le pouvoir macronien se garde bien de faire connaître cette vérité.

La prise de la Bastille est donc devenue l'évènement symbole de la Révolution où le peuple exaspéré a exprimé par la violence sa volonté de mettre fin à l'arbitraire royal et de prendre place dans les affaires du royaume.

La trahison de ce pouvoir menacé, faisant appel aux nations étrangères pour intervenir contre son propre peuple a conduit trois ans plus tard à la chute de la royauté et à l'établissement de la première République le 21 septembre 1792.

Célébrer le 14 juillet 1789, c'est rendre hommage au peuple, à ses "sans-culotte"  qui deviendront les jacobins qui sauveront la Patrie et la République menacées par l'Europe des Rois.

Et si le 14 juillet, l'armée française est conviée aux cérémonies, ce n'est pour en célébrer ses propres vertus, mais pour associer les militaires de la République à l'hommage rendu au peuple soulevé.

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