Monique Pinçon-Charlot a « la rage » contre « le président des ultra-riches »

L'heure est grave et « si tout est foutu » ou presque, ce n'est pas une raison pour se laisser faire ! C'est à peu près la teneur du discours de Monique Pinçon-Charlot, invitée pour débattre avec Philippe Martinez autour de son dernier essai : Le président des ultrariches, à savoir Jupiter lui-même. Un petit livre de salubrité publique.

La sociologue Monique Pinçon-Charlot a « la rage » contre « le président des ultra-riches »

L'heure est grave et « si tout est foutu » ou presque, ce n'est pas une raison pour se laisser faire ! C'est à peu près la teneur du discours de Monique Pinçon-Charlot, invitée pour débattre avec Philippe Martinez autour de son dernier essai : Le président des ultrariches, à savoir Jupiter lui-même. Un petit livre de salubrité publique.

Invitée du 52e congrès de la CGT où elle est venue dédicacer son dernier ouvrage, Le président des ultrariches, et en débattre avec Philippe Martinez, Monique Pinçon-Charlot n'a pas mâché ses mots. La sociologue — qui avec Michel, son confrère et époux — travaille depuis plus de 30 ans sur les riches — a clairement revendiqué sa « rage » contre Emmanuel Macron et la caste qui l'entoure.

Une oligarchie qui exerce une prédation sans précédent sur les travailleurs, l'État, les services publics et l'environnement. « Entre 1986, date à laquelle on a commencé à travailler sur les riches et des patrons, nous avons vu le capitalisme changer de forme. On est passé d'un capitalisme paternaliste et industriel à un capitalisme financier sans foi et qui veut s'affranchir de toute règle collective ».

Montrer les dents, c'est maintenant

Exit donc le bouclier fiscal de Nicolas Sarkozy, qui octroyait un milliard d'euros aux plus riches. Avec Macron, on est passé dans une nouvelle dimension. « À l'époque, on criait au scandale — et on avait raison — pour ce cadeau fiscal d'un milliard, mais aujourd'hui ce sont des dizaines de milliards d'euros qui sont pillés au cœur de l'État pour être donnés en cadeau aux actionnaires », a résumé la sociologue.

Des propos qui résonnent avec l'actualité sociale récente : « À juste titre, les gilets jaunes réclament le rétablissement de l'ISF, car sa suppression, c'est tout simplement la suppression de la solidarité nationale. Mais il faut aussi pointer la flat tax et surtout la conjugaison des deux », explique avec finesse la sociologue.

L'impôt sur les dividendes moins taxé que la première tranche d'impôt sur le revenu

La flat tax, ou Prélèvement forfaitaire unique (PFU), c'est cet impôt entré en vigueur en janvier 2018. Il est présenté comme taxant les intérêts du capital au taux unique de 30 %. « Sauf que c'est faux ! », s'indigne Monique Pinçon-Charlot. Cette flat tax est en fait plafonnée à 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 17,2 % sur au titre des prélèvements sociaux.

L'ensemble faisant bien 30 %. « Mais le pourcentage qui fait sens c'est bien 12,8 %, c'est-à-dire que pour la première fois, la taxation des intérêts du capital est inférieure à la première tranche d'imposition des revenus du travail (14 %, ndlr). Et  rien que ça, ça devrait nous donner la rage !  C'est un tournant dans la violence du néolibéralisme et la manipulation linguistique qui va avec ».

Les millionnaires sont au pouvoir

Écoutant avec intérêt la sociologue, Philippe Martinez l'a remerciée pour ce travail de décryptage. Une somme d'informations qui permet d'outiller les syndiqués contre la classe dominante et dirigeante. Des millionnaires qui sont, au mieux, des amis du pouvoir, au pire directement au pouvoir.

Et de citer le nom — un parmi les 15 millionnaires que compte le gouvernement Philippe — de Muriel Pénicaud, ministre du Travail. « Lorsqu'elle était DRH chez Danone, Muriel Pénicaud a gagné 1,7 million de plus-value en une journée en pariant sur la hausse des actions de Danone suite à la suppression de 600 postes. Et c'est la plus riche des ministres qui devient ministre du Travail. Devant une telle violence de classe, on est comme tétanisé », s'indigne Monique Pinçon-Charlot.

Lire pour agir

Elle dira encore que les riches ne veulent plus participer à l'effort collectif en payant l'impôt qu'ils doivent, que l'État, complice de ces prédateurs libéraux, détruit avec eux et pour leur compte le sens du travail, les services publics, la nature même. Bref, que même si la situation est grave, même si tout semble « foutu » ou presque, ce n'est pas une raison pour baisser les bras.

Lire pour agir, c'est le message qu'a voulu livrer Philippe Martinez, car la bataille est aussi — avant tout — idéologique. « Trop souvent j'entends, même chez nous à la CGT, parmi les militants : “il n'y a pas d'argent”. Que les médias dominants appartenant à l'oligarchie tiennent ce discours, je peux comprendre, mais que des camarades le relaient c'est difficile à entendre ».

Le livre de Monique Pinçon-Charlot démontre avec brio et de manière accessible que l'argent est bien entre les mains de quelques-uns, au détriment de tous les autres. Le savoir, le faire savoir, c'est déjà résister.

Le président des ultrariches, chronique du mépris de classe dans la politique d'Emmanuel MacronMichel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, éditions Zones, 176 pages, 14 euros.

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DES WAGONS, PAS DES CAMIONS ! La SNCF veut liquider le train de fret Perpignan- MIN de Rungis, SAUVONS-LE !

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Reporterre : Les transports en commun gratuits, ça roule !

L’idée de transports collectifs gratuits pour tous fait son chemin. Alors qu’une mission du Sénat s’intéresse à la question et que la loi sur les mobilités arrive au Parlement, Reporterre a observé les expériences de Dunkerque et d’Aubagne : bilan positif.

Et si la gratuité était un outil permettant le report modal de la voiture aux transports en commun et donc favorisant la transition écologique et améliorant la santé publique (par réduction d’émissions de particules fines notamment) ? Des collectivités locales se posent la question, d’autant plus que la gratuité des transports favorise une mobilité équitable entre tous les habitants.

Cependant, aujourd’hui en France, seuls 2 % de la population desservie par des transports en commun bénéficient de la gratuité totale.

En septembre 2018, la communauté urbaine de Dunkerque (la CUD, une agglomération de 200.000 habitants) a été la dernière en date de la trentaine de territoires français à adopter la gratuité sans condition des transports urbains. Cette partie du département du Nord est marquée par une forte activité industrielle (centrale de Gravelines, port de commerce…) et une partie de la population est précarisée. Avant la gratuité, les politiques de transports étaient déjà favorables aux plus fragiles avec des tarifs solidaires fixés en fonction des revenus. Le prix de l’abonnement mensuel pouvait ainsi baisser jusqu’à 7,20 €. « Nous avons été surpris lors des premières réunions publiques avant la gratuité car les gens les plus précaires nous disaient ne pas prendre le bus au motif que c’était trop cher. Il existait en fait une vraie barrière dans le fait de prendre un abonnement mensuel ou annuel. En définitive, les plus démunis étaient ceux qui payaient le plus quand ils utilisaient les transports en commun en achetant des billets à l’unité », explique Xavier Dairaine, directeur adjoint voirie et mobilité à la CUD et chef de projet Dk’Plus de mobilité. La gratuité a poussé des personnes à monter dans les transports en commun.

La gratuité, un acte de non-discrimination et de solidarité

Depuis septembre 2018, la CUD a également ouvert 30 km de lignes supplémentaires, « amélioré ses services » d’information en temps réel et équipé tous ses bus du wi-fi. La fréquentation en semaine a augmenté de 55 % et de 120 % les week-ends, selon la CUD. Certains contrôleurs des lignes sont devenus agents de maîtrise chargés de la coordination, d’autres ont repris la conduite ou accompagnent les conducteurs sur les lignes de nuit ouvertes les vendredis et samedis soir. En ville, où le taux d’engorgement des voitures n’a jamais réellement été un problème, Xavier Dairaine note une diminution du nombre de véhicules en stationnement et une vacance des parkings payants. « Mais il est encore trop tôt pour connaître réellement l’effet sur le report modal », précise-t-il.

À l’autre bout de la France, le pays d’Aubagne et de l’Étoile (Bouches-du-Rhône) a fait le choix de l’accès gratuit il y a dix ans. Ce choix politique est à présent menacé par l’absorption du territoire par la métropole Aix-Marseille, qui a repris la compétence des transports et veut instaurer une tarification unique aux 1,5 million d’habitants de ses 96 communes. Depuis le centre d’Aubagne, il est possible de rejoindre en transport en commun les quartiers est de Marseille, toute proche et souvent très embouteillée. Alors, le changement de cap imposé par la métropole est perçu comme une aberration par certains.

L’association Aubagne se déplacer en liberté (Asdel) se réjouit de ces dix années de gratuité, qu’on appelle ici « l’accès libre » : « Il s’agit de faire profiter d’un accès libre, sans contrôle à toute la population, sans aucune différenciation », expliquent Maurice Marsiglia, Maurice Duto et Jacques Mira, membres du bureau de l’association qui milite pour le développement des transports en commun.

La gratuité est pour eux un acte de non-discrimination et de solidarité qui a des conséquences directes et indirectes : « Outre le pouvoir d’achat qui a augmenté de 40 à 60 € par mois et par famille en moyenne et le nombre d’usagers qui a triplé en 10 ans, l’accès libre favorise la convivialité et la mobilité d’habitants qui ne se déplaçaient pas auparavant. Et le parc roulant est respecté par les usagers. »

À Aubagne comme à Dunkerque, le rapport aux transports a changé : « Auparavant, le bus était un bien de consommation alors qu’aujourd’hui, chacun se sent responsable de ce bien commun », explique l’Asdel. À Dunkerque, Xavier Dairaine fait remarquer la force du « contrôle social » contre les incivilités : « Les bus sont davantage fréquentés et il n’y a pas de dégradation quand il y a du monde. » Dans les deux territoires, on remarque un recul des incivilités, allant à l’encontre de l’idée reçue que le gratuit n’a pas de valeur.

La présidente de la société Façonéo, Sylvia Barthélémy, qui gère les transports publics d’Aubagne [1] est aussi vice-présidente de la nouvelle métropole Aix-Marseille. Au début opposée à la gratuité, elle a changé d’avis au vu des résultats sur son territoire. « La gratuité a engendré une flambée de l’utilisation des transports en commun par tous. Si la gratuité [acquise jusqu’à 2021] venait à disparaître, je pense que ce serait une catastrophe », explique l’élue Union des démocrates et indépendants (UDI).

Selon les chiffres communiqués par Façonéo, on serait passé en dix ans de gratuité de moins de deux millions de voyageurs par an à plus de six millions. Le report modal voiture/scooter-transport en commun serait important puisque 50 % des nouveaux utilisateurs ont abandonné leur ancien moyen de transport. 44 % des utilisateurs sont des actifs et 14 % des scolaires et étudiants. Deux voyageurs sur dix sont des nouveaux usagers qui ne se déplaçaient pas auparavant.

La gratuité fragilise le financement général des transports en commun

La satisfaction est répandue dans les villes qui l’ont instaurée mais la gratuité ne fait pas l’unanimité. La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) n’y est pas favorable et plébiscite plutôt une gratuité réservé à ceux qui en ont besoin ainsi qu’une tarification solidaire. « Les usagers souhaitent avant tout bénéficier d’une offre de transport bien organisée », explique son président, Bruno Gazeau.

Selon lui, la gratuité fragilise le financement général des transports en commun, qui repose sur trois piliers : les recettes de billetterie (les usagers), le versement transport des entreprises [2] et les taxes. « En supprimer un paraît dangereux et fait reposer le système sur les deux autres. À Dunkerque, les impôts n’ont pas augmenté mais il s’agit d’un territoire riche, avec la présence de nombreuses entreprises qui financent le versement transport. »

À Dunkerque, Xavier Dairaine parle d’un « choix politique » alors que la gratuité n’a pas fait augmenter le versement transport (qui avait été augmenté en 2010 par l’ancienne gouvernance). « Les recettes de billetterie, environ 4,5 millions d’euros, sont aujourd’hui assurées par le budget de la communauté urbaine de Dunkerque. Notre choix budgétaire a été d’abandonner d’autres projets, comme la construction d’une salle Arena et les impôts n’ont pas augmenté. »

À Aubagne, d’après un rapport de la cour régionale des comptes, le versement transport a augmenté et a permis le financement de la gratuité et des investissements en matériel roulant. « Il y a dix ans, la majorité en place avait considéré qu’on pouvait assurer la suppression des recettes commerciales par le versement transport », confirme Sylvia Barthélémy. Aujourd’hui, le versement transport est perçu par la métropole, qui déduit le coût de la gratuité de la dotation au territoire du pays d’Aubagne. Comme Dunkerque, Aubagne a trouvé de nouveaux équilibres.

Les villes qui ont adopté la gratuité des transports en commun sont encore peu nombreuses dans le paysage français et la loi d’orientation des mobilités, en discussion au Parlement, prévoit à peine l’augmentation des moyens alloués au développement des transports en commun. Cependant, une consultation en ligne accessible à tous est ouverte dans le cadre de la mission d’information sénatoriale sur la gratuité des transports collectifs. Elle se terminera fin mai.

Puisque vous êtes ici…

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sur "Là bas si j'y suis"  GRAND PROCÈS DE MACRON : LA VIDÉO ! [première partie]

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ÉLECTIONS EUROPÉENNES - Patrick Le Hyaric « un vote important pour sa vie quotidienne » - voir la vidéo 20'

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Le désir d’émancipation face à l’idéologie capitaliste

Nous sommes pris entre une logique de globalisation et de déréglementation du marché de travail, ainsi que dans un impérialisme de consciences sous une logique d’autosurveillance dans un monde orwellien :

des personnes dépossédées de leur liberté et dévorées par un imaginaire collectif de domination.

Nous courons comme des cobayes dans une roue qui nous empêche de facto d’avancer en notre qualité d’êtres humains. Même avoir un travail ne garantit pas actuellement de pouvoir mener une existence digne. Les idéologues ultralibéraux sont les producteurs de ce métaphorique concours qui se délectent de leur pouvoir aux sommets de spéculateurs de vies, visualisant comme une majorité d’esclaves salariés sont victimes de l’exploitation systématique de leur force de travail.

Un processus cathartique se produit entre le peuple et l’idéologie capitaliste quand nous acceptons les miettes des systèmes en vue d’un paroxystique hédonisme consommateur.

Des contre-valeurs sont diffusées, telles que l’égoïsme et l’individualisme, en provoquant une dénaturalisation de la conscience de classe. Toute existence est susceptible d’être commercialisée. Les mass media réinterprètent la réalité pour anticiper la post-vérité en synchronisant les consciences avec les intérêts du système : instrumentaliser l’existence pour nous faire renoncer à tout désir d’émancipation.

La classe travailleuse exploitée est essentielle pour la survie des élites et le statu quo de domination.

Sans l’acceptation des règles du jeu, l’accumulation de richesses ne serait pas possible de la part de cette minorité. Le collectif qui n’accepte pas l’amoralité économique des réformes que subit l’ensemble de la population se transforme en une source d’espoir pour dénoncer les mesures néolibérales qui sont imposées depuis les conseils d’administration des multinationales et leurs lobbies, pour lesquels nous sommes seulement des pions sacrifiés dans une partie d’échecs bureaucratique de vies virtuelles.

Relire le "Discours de la servitude volontaire." de La Boétie

 

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