TRAINS ET GUICHETS FANTÔMES : SONT-ILS DEVENUS FOUS ?

Les 300 millions d’euros annuels engloutis dans la communication par la direction SNCF servent en fait à couvrir, par un nouveau mensonge, le mensonge précédent avec la bienveillance du Gouvernement. -- Perpignan-Rungis. Un train fantôme qui roule pour la galerie...NVO : La réforme SNCF : casse d'un service public et de l’aménagement du territoire...

CGT-Cheminots :

GUICHETS

Alors que les files d’attente s’allongent aux guichets, que les points de vente ferment les uns après les autres, que près de mille postes de vendeurs ont été supprimés en 7 mois, le Gouvernement et la direction SNCF s’empêtrent dans les mensonges et les opérations de communication.

Ainsi, les dernières annonces concernant les guichets ne régleront rien aux difficultés rencontrées par les usagers. Les « 150 collaborateurs » sont en fait des salariés d’une entreprise sous-traitante qui accueilleront les voyageurs afin de les aiguiller vers les automates ou … les guichets désespérément vides. Ces personnels ne sont pas formés à la vente. Il en est de même pour les « Volontaires de l’information » qui seront seulement chargés de vérifier que le temps d’attente n’est pas trop long !

Par ailleurs, la Direction SNCF annonce le gel des fermetures de boutiques en Région Parisienne.
Lesquelles ? Combien ? Où ? Silence radio. Ces mesures, largement discutables, n’ont en outre, pas fait l’objet d’une consigne en interne. L’encadrement, dans la majeure partie des cas, a appris ces décisions dans la presse !

La réalité est crue et sans partage. Pour exemple, sur la région de Paris Rive Gauche, fin 2016, il y avait 146 guichets Grandes Lignes. Il en reste 25 aujourd’hui !

La CGT exige :
▪ Que les dossiers de plus de 3000 cheminots placés dans les EIM (Pôle Emploi interne) et qui ont perdu leur poste, fassent, avec leur accord, l’objet d’une étude particulière quant à la compatibilité de leur profil professionnel avec les métiers du commercial Voyageur ;
▪ Que la SNCF déclenche immédiatement une campagne de recrutements au Statut d’ampleur nationale permettant de couvrir, dans un premier temps, les 1000 postes supprimés.

TRAIN PRIMEUR / FRET SNCF

Après avoir consciencieusement désossé le Fret SNCF depuis des années, Gouvernement et direction SNCF, à l’heure où les questions environnementales n’ont jamais été aussi prégnantes, s’acharnent sur le Train Primeur reliant Perpignan à Rungis. Après avoir contraint les chargeurs à jeter leurs marchandises sur la route (22 000 camions par an), « Calamity Borne » et « Pepy the Kid », afin de ne pas perdre la face, continuent de faire rouler ce train à vide sans wagons frigorifiques ! Cela constitue un véritable scandale et une provocation supplémentaire ! Les « Bonnie and Clyde » du ferroviaire (en moins mythiques) s’en donnent donc à coeur joie au nez et à la barbe des cheminots, des usagers et de la population toute entière.

La CGT exige :
▪ Le retour de ces circulations avec des fruits et légumes à bord ;
▪ L’arrêt immédiat du processus de filialisation / privatisation / destruction du Fret SNCF, notamment par le biais de sa transformation en Société par Actions Simplifiées ;
▪ Un plan d’urgence global de relance du Fret SNCF, planifié sur plusieurs années et financé à la hauteur des exigences sociales et environnementales, en déclarant cette activité d’utilité publique.

La Fédération CGT appelle les usagers, les cheminots et la population à s’emparer de leur outil public SNCF afin de le soustraire aux mains des casseurs.

Préparons-nous, ensemble, à les stopper.

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Perpignan-Rungis. Un train fantôme qui roule pour la galerie

Un convoi remis en place mais qui roule à vide : un coup de communication du gouvernement avant une énième réunion du comité de pilotage du fret ?

Sous la pression, le gouvernement semblait fléchir ou simplement réfléchir à une meilleure prise en compte du transport du fret, plus écologique, plus économique, en décidant de remettre sur les rails le train des primeurs venant de Perpignan pour fournir le Marché d’intérêt national (MIN) de Rungis.

Mais la réalité est plus hallucinante : « Le train roule à vide, c’est de l’enfumage ! » dénonce Mikaël Meusnier, mécanicien fret à la SNCF, de l’équipe de conducteurs qui faisaient rouler le Perpignan-Rungis. « J’ai lu le bulletin de compo (où sont précisés tous les éléments concernant le train : masse, nombre de véhicules, etc. –NDLR), j’ai eu au téléphone les transporteurs qui n’ont rien chargé : il n’y a pas de camelote dans le train ! »

« Le scandale continue »

Une situation hallucinante également dénoncée avant-hier par le responsable national du collectif des cheminots du PCF, Thomas Portes, sur Twitter : « Le scandale continue. Après un Perpignan-Rungis avec 11 wagons-bois vides, on apprend que le Rungis-Perpignan vient de partir du MIN avec 11 wagons frigorifiques... vides ! Pendant que les camions roulent, Élisabeth Borne promène des wagons vides ! Honteux. »

Pour le collectif Sauvons le train Perpignan-Rungis, il ne s’agit rien de moins qu’une opération de communication de la ministre des Transports visant à démontrer que ce train n’est pas rentable…

Pour faire bonne figure et assurer plancher sur l’avenir du fret, le gouvernement avait mis en place un comité de pilotage, qui se réunit encore aujourd’hui, invitant à une même table tous les acteurs (le ministère des Transports, l’entreprise SNCF, le directeur du marché Saint-Charles à Perpignan, les conseils départementaux du Val-de-Marne et des Pyrénées-Orientales, l’Occitanie, l’entreprise Semmaris gestionnaire du marché de Rungis).

La CGT dénonce sa mise à l’écart systématique des rendez-vous officiels, alors qu’elle mène le combat depuis trois ans pour sauver ce train des primeurs.

Sans pouvoir participer à la réunion du comité de pilotage, le syndicat a cependant obtenu d’être reçu dans la matinée par la Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer. « L’État doit taper du poing sur la table, estime Mikaël Meusnier, faire pression pour qu’on charge réellement la marchandise en prolongeant les contrats des entreprises de logistique. Et l’État doit surtout mettre en place une vraie politique du fret ferroviaire. » Mais, surtout, « Fret SNCF doit rester sous le statut d’Epic (établissement public à caractère industriel et commercial) et non en SAS (société par actions simplifiées), comme ça en prend le chemin pour le 1er janvier », ajoute, inquiète, Charlotte Thillien, secrétaire de l’union locale CGT de Perpignan Sud.

Kareen Janselme

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NVO : La réforme SNCF : casse d'un service public et de l’aménagement du territoire

Un an après leur longue grève contre le pacte ferroviaire du gouvernement, les cheminots manifestaient à nouveau, le 4 juin, à l'appel du front syndical unitaire CGT-CFDT-Sud-Unsa, pour dénoncer la casse d'un service public essentiel. 
Dans les territoires, des élus, des comités citoyens, des gilets jaunes défendent aussi leurs lignes, leurs gares, leurs guichets.

Au printemps 2018, leur mobilisation avait marqué les esprits. Après les luttes sociales contre les ordonnances Macron de l'automne, les cheminots, en s'opposant à la réforme ferroviaire durant 36 jours de grève répartis sur trois mois, étaient apparus comme l'un des derniers remparts au projet libéral du gouvernement. Alors que leur ténacité n'a pas réussi à empêcher l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de passagers, les scénarios catastrophe qu'ils craignaient se réalisent peu à peu.

Un réseau qui se réduit 
comme une peau de chagrin

Fermetures de petites lignes, suppressions de dessertes, fermetures de guichets… Il ne se passe pas une semaine sans que la presse quotidienne régionale relate les épisodes de la grande saga du déclin du train dans les territoires. L'un des plus emblématiques de la période est certainement celui de la suspension du train de marchandises Perpignan­- Rungis, prévue le 15 juillet prochain. « La décision d'arrêter cette ligne – déjà passée de quatre trains par jour à un seul aujourd'hui depuis l'ouverture à la concurrence en 2006 – vient du fait qu'il fallait renouveler les caisses des wagons réfrigérés, explique Sébastien Mourgues, contrôleur de train et secrétaire fédéral des cheminots CGT de Montpellier. Or, ni le chargeur, ni le Fret SNCF ne veulent procéder aux investissements nécessaires. »

Une situation d'autant plus regrettable que Fret SNCF aurait pu investir si « le chargeur » avait accepté de s'engager dans une relation commerciale à long terme, sauf que cet engagement relèverait du service public et non plus du marché. « Notre comité de vigilance avait alerté, il y a quelques mois, et nous sommes devenus un sujet phare durant la campagne européenne mais, depuis, on est le bec dans l'eau, dénonce le syndicaliste, car malgré les engagements de la ministre de prolonger le train, il n'y a rien de concret, c'est le chargeur qui décide du mode de transport qu'il va utiliser. » Et d'ironiser : « Voilà la démonstration du dynamisme de la libéralisation du secteur : le transport global par fret ferroviaire a été divisé par deux au profit du transport routier, une aberration écologique. »

Disparition de services et de guichet au nom de la rationnalité markéting

Autre disparition programmée, le 14 décembre prochain, celle de l'auto-train qui permet de faire acheminer sa voiture par le rail et de la retrouver à l'arrivée. « L'auto-train n'est plus le meilleur moyen de satisfaire la clientèle de ce marché de niche : il faudrait atteindre un taux de remplissage de l'ordre de 85 % tout en menant simultanément une forte hausse tarifaire pour justifier la pertinence d'un train. Or, deux tiers des clients actuels considèrent déjà le ­service cher alors qu'il est très déficitaire », explique une note de la SNCF.

La logique comptable d'entre­prise prévaut sur les considérations écologiques ou d'utilité publique. Quand ce n'est pas la démarche marketing qui impose la fermeture de billetteries rentables, aussi bien en plein cœur de la capitale que dans des gares de province.

« À Alençon, il est question de réduire l'ouverture des guichets en semaine et de les fermer les samedis et dimanches », s'étrangle Philippe Denolle, président du collectif de défense des axes ferroviaires du sud Normandie et ancien cheminot.

Petites batailles, grande lutte ?

Alors que le droit à la mobilité est une revendication majeure du mouvement social des gilets jaunes, alors que la loi LOM – sur l'orientation des mobilités, en cours de discussion au Parlement actuellement – doit préciser les grandes orientations publiques sur ce registre, alors que l'exigence écologique devient de plus en plus pressante dans l'opinion publique, la défense d'un service public ferroviaire n'est-elle pas justifiée ?

Les multiples cortèges et appels à rejoindre la mobilisation nationale et unitaire des cheminots, le 4 juin, sont-ils le signe d'une convergence des luttes ? Bien sûr, il s'agissait de peser sur les négociations internes à la SNCF où, alors qu'un nouveau cadre social va remplacer le statut des cheminots, le climat social se dégrade au point que certains syndicats évoquent le parallèle funeste avec feu France Télécom. Bien sûr, il s'agissait de mettre la pression sur le gouvernement qui complète dans le même temps la réforme à coups d'ordonnances et de décrets.

Mais la diversité des composantes de la manifestation a révélé une exigence sociale et sociétale bien plus large que celle de la logique corporatiste à laquelle voudrait la réduire l'UTP, le patronat de la branche avec lequel les négociations sur la convention collective nationale (CCN) sont bloquées tant les visions s'opposent sur les exigences professionnelles et sociales à définir pour le secteur.

Des mobilisations chez les cheminots et dans toute la population, sur tout le territoire

En marge de la manifestation du 4 juin, plusieurs rassemblements avaient eu lieu comme celle qui s'était tenue devant le siège de l'UTP, rue d'Anjou­, où les organisations syndicales de la restauration ferroviaire, soutenues par les cheminots, réclamaient le rattachement de leur secteur à cette branche, et non à celle de la restauration de collectivités, expliquant que leur « activité est adossée à celle des trains ».

En parallèle, plusieurs comités citoyens, dont le collectif de défense des axes ferroviaires sud-Normandie (voir reportage p. 28) et SOS gares, s'étaient donné rendez-vous devant le siège de la SNCF, en Seine-Saint-Denis, pour remettre la pétition nationale lancée avec le réseau Convergence­ nationale rail – qui rassemble plusieurs associations, collectifs d'usagers, etc. – pour y déposer leur pétition « Non à la déshumanisation des gares et des trains », laquelle a recueilli près de 20 000 signatures.

« On demande à la SNCF qu'elle remette du personnel cheminot dans les gares, dans les trains, on s'oppose à la fermeture des guichets, à la suppression de lignes », résume Jean-Louis Dalibert, président de SOS gares. Depuis septembre 2018, après la mise en place du pacte ferroviaire, en juin de la même année, environ 900 postes commerciaux ont été supprimés dans les gares. Le 8 juin 2019, c'était au tour des gilets jaunes ariégeois de se mobiliser avec plusieurs syndicats et politiques en gare de Latour-de-Carol (Pyrénées­-Orientales), pour dénoncer la menace qui plane sur la liaison avec Ax-les-Thermes (Ariège), comme un nouvel exemple de poches de résistances citoyennes pour la défense de petites lignes qui font le maillage territorial complémentaire aux axes TGV.

Cheminots et usagers endurent désormais au quotidien la transformation de la SNCF. Parviendront-ils­ à faire de la défense de leurs multiples causes légitimes une grande cause nationale de nature à remettre au cœur du pacte républicain un service public ferroviaire pour tous ?

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