Quel projet et quelle organisation pour dépasser le capitalisme ?

Avec les contributions de Frédéric Boccara, membre du comité exécutif national du PCF, Émilie Lecroq, membre du comité exécutif national du PCF, coordinatrice du pôle vie du Parti et Hugo Pompougnac, secrétaire de section du PCF Nanterre.

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Notre responsabilité le 18 novembre, pour un congrès de choix clairs  par Frédéric Boccara, membre du comité exécutif national du PCF

Les motifs qui ont conduit à convoquer un congrès extraordinaire du PCF ne doivent pas être perdus de vue : une perte d’influence électorale catastrophique, que la préservation de deux groupes parlementaires ne peut compenser même si c’est un appui pour rebondir ; un délitement de la gauche, et son recul global, qui favorisent l’entreprise autoritaire de démolition sociale du pouvoir macroniste, tandis que l’influence électorale de l’extrême droite est au plus haut.

Le PCF n’a pas pu peser sur le débat de la présidentielle, qui a construit cette configuration politique, car on l’a amené à être absent de cette bataille en n’y présentant pas de candidat communiste.

Le Parti est devenu quasi inaudible depuis notre effacement dans la campagne présidentielle derrière Jean-Luc Mélenchon, contrairement à nos décisions de congrès. Ce dernier choix prolonge des errements qui ne datent pas de 2017.

Alors qu’il y aurait tant besoin d’une voix forte pour porter la cohérence de réponses ouvrant des perspectives de transformation radicale de notre société, notre parti, s’il est maintenu debout par ses militants, semble privé de capacité d’initiative effective. Il a perdu en autonomie. Au-delà d’annonces de campagnes jamais véritablement conduites – sa direction a systématiquement refoulé toute bataille tenace sur le projet et les propositions (coût du capital, sécurité d’emploi et de formation, financement de la Sécu et des services publics, BCE et euro…).

Nos idées ne sont plus identifiées.

Pourtant, la demande de radicalité exprimée par le vote à l’élection présidentielle puis la montée du mouvement social montrent un potentiel de luttes et une recherche de réponses nouvelles. Au cœur de cette recherche, la volonté, malgré les échecs et les désillusions, de sortir de la crise systémique et de civilisation, que le PCF a été le premier à repérer, au début des années 1970.

Au cœur de ces réponses, l’exigence d’une tout autre démocratie réelle, en libérant les femmes et les hommes de la domination du pouvoir de l’argent pour des buts de vie et de partage, sans hésiter à changer les entreprises, les services publics, les banques ou la protection sociale. Un tel contenu, clair et de haut niveau, est un atout pour le rassemblement.

Plus que jamais on a besoin d’un Parti communiste révolutionnaire, donc agissant, autonome, créateur et rassembleur.

Ceci a contrario de tous ceux qui, peu ou prou, « n’y croient plus », préconisent d’en finir avec le PCF et y travaillent. Certains vont jusqu’à sommer les communistes de se fondre dans une « nouvelle force », où serait admise par tous « la place centrale » de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, où les seules différences seraient de « sensibilité ». Avec des phrases fourre-tout, ils évitent les enjeux si décisifs des pouvoirs à conquérir sur l’utilisation de l’argent et s’en tiennent à la répartition des richesses.

D’autres veulent nous convaincre qu’encore une fois un simple assemblage de mots et d’idées disparates ou vagues permettrait de réussir le congrès et de relancer le Parti.

Un véritable renouveau pour le PCF est nécessaire et possible. Pour cela, le congrès doit pouvoir faire des choix clairs. Cette fois-ci, les élaborations collectives qui résulteront du débat de congrès doivent être suivies d’effet, sans quoi la poursuite du déclin actuel peut déboucher très vite sur la disparition du Parti.

C’est pourquoi, avant la réunion des animateurs de section du 18 novembre, étape importante de notre congrès, je souhaite alerter sur trois points importants des décisions à prendre.

Premièrement, le questionnaire est un élément de consultation. Il ne doit pas dispenser la direction de prendre ses responsabilités. Un texte d’orientation où la direction nationale prend position (à la majorité) doit être proposé aux communistes le plus tôt possible afin que nous ayons le temps de nous l’approprier collectivement et de l’amender, voire de proposer des options ou des textes alternatifs. Pierre Laurent et la direction doivent dire d’emblée où ils proposent d’aller. On ne doit pas diluer la préparation du congrès par des « chantiers » qui retarderaient sa tenue et la mise à disposition des communistes du texte de base.

Deuxièmement, le congrès doit avoir lieu au plus tard en juin 2018. En effet, des décisions stratégiques sont à prendre dès juin pour les élections européennes. Elles ne sauraient être traitées avant le congrès et dissociées de ses choix fondamentaux, et troisièmement, je suis convaincu qu’une volonté commune peut rassembler l’immense majorité des communistes : affirmer haut et fort la nécessité d’un PCF révolutionnaire, porteur d’idées transformatrices pour la France, l’Europe, le monde de notre temps. C’est la première question qui doit figurer à l’ordre du jour du congrès, sans biaiser.

La réponse apportée à cette question devra avoir des conséquences réelles dans la conception, l’action, l’organisation du Parti. C’est pourquoi l’ordre du jour du congrès devra également porter, à mon sens, sur :

– l’analyse critique des décisions prises, du congrès de Martigues jusqu’à l’élection présidentielle de 2017 ;

– l’orientation politique, de fond et de rassemblement (au plan politique et de la base sociale) à adopter face au défi posé par E. Macron ;

– la stratégie électorale, d’action, la bataille d’idées et les décisions d’organisation du PCF ;

– le renouvellement de la direction du Parti.

Révolutionner le PCF ? Bien sûr. Mais, au-delà des mots, engager en pratique un renouveau dans un sens clair pour une révolution à la hauteur des véritables enjeux du XXIe siècle.

Si nous le décidons ensemble, la délibération des communistes peut produire sur tous ces points des décisions précises, efficaces, capables de réaliser l’unité du Parti et de lui redonner sa capacité d’initiative pour conjuguer idées, luttes, élections, bataille politique dans les entreprises, la société et les institutions.

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