Etre de gauche face à l’immigration

une partie de la gauche européenne dite de « transformation sociale » opte pour l'Allemande Sahra Wagenknecht...Édouard Philippe : cette année sera « une année de bagarres ». les députés Pierre Dharréville (PCF), François Ruffin (FI) et Valérie Rabault (PS) ont échangé sur les mauvais coups...--Le capitalisme contre l’écologie ?...Maurice Ulrich--Pierre Ivorra--Gaël Giraud ...

Etre de gauche face à l’immigration

MIGRANTS Ainsi donc, une partie de la gauche européenne dite de « transformation sociale » ne cacherait pas son inclination pour l'Allemande Sahra Wagenknecht, une des principales figures de Die Linke et à l'origine d'un nouveau mouvement, Aufstehen (« Debout »), qui, certes, ambitionne de pousser les partis à replacer la question sociale au cœur des débats, mais en s'appuyant, en grande partie, sur la question de l’immigration pour y parvenir. Passons sur la visée politique consistant à ne pas laisser ce terrain idéologique aux extrêmes droites – cela répugne le bloc-noteur –, venons-en au sujet de fond.

Car celui-ci semble hanter Sahra Wagenknecht. Ne dénonçait-elle pas, en 2016, «l'ouverture incontrôlée des frontières ? Et si elle continue de s'opposer au durcissement du droit d'asile, elle estime néanmoins que « plus de migrants économiques signifient plus de concurrence pour décrocher des jobs dans le secteur des bas salaires» et qu' « une frontière ouverte à tous, c'est naïf ». Cette vaste problématique polémique, qui lui valut d'être désavouée par Die Linke, a depuis dépassé la frontière.

Une interview dans l’Obs de Djordje Kuzmanovic, conseiller de Jean-Luc Mélenchon, le confirme. L'orateur national de la France insoumise y déplore ainsi « la bonne conscience de gauche» qui empêcherait « de réfléchir concrètement » à la question migratoire. Son objectif affiché : «Ralentir, voire assécher, les flux migratoires» par le recours au fameux «protectionnisme solidaire ». Et il ajoute : « Lorsque vous êtes de gauche et que vous avez sur l'immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème. »

L'historien Roger Martelli, dans une tribune publiée sur le site de Regards, dénonce l'argument en ces termes : « N'est-on pas en droit de s'étonner plus encore quand, se réclamant de la gauche, on tient des propos qui pourraient être taxés de proches du discours d'extrême droite ? »

MIGRATIONS Mais que se passe-t-il ? Tenter de (re)conquérir l’électorat populaire perdu à l'extrême droite, pourquoi pas. Mais de là à croire que le mouvement social critique parviendra à enrayer la poussée des pires idées identitaires en flirtant avec une part de ses discours...

Primo : peut-on affirmer que le capitalisme contemporain valorise la libre circulation des personnes, tels les marchandises et les capitaux ?

Roger Martelli répond: «Dans la pratique, la force de travail est la seule "marchandise" qui ne circule pas en pleine liberté. En fait, l'objectif fondamental du capital est de maximiser la compétition par la réduction globale des coûts salariaux. (...) Ce sont les masses laborieuse s d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine qui pèsent le plus en faveur de la réduction relative de la masse salariale. Les migrants le font à la marge. »

Explication simple. En intégrant des zones de niveaux salariaux plus élevés, les masses laborieuses nourrissent plutôt une tendance inverse à la hausse, comme le démontre actuellement l'Allemagne. Secundo : le «protectionnisme solidaire » ne sonne-t-il pas comme un oxymore ? Dirait-on du capitalisme qu'il puisse être «solidaire » ou «partageux» ? Mauvaise blague. Le protectionnisme vire vite souverainisme – il est rarement du côté du peuple et débouche sur la désillusion et le ressentiment. « La bataille n'est pas avant tout locale, nationale ou supranationale, écrit Martelli. Elle est à la fois locale, nationale et supranationale. (...) Ce ne sont pas les migrations qui sont au cœur du marasme vécu mais le trio infernal de la concurrence, de la gouvernance et de l’obsession identitaire. » Reste donc l'essentiel : ce que signifie être de gauche face à ces migrations, dont on exagère l'ampleur, surtout en France, sachant qu'elles constitueront toujours un fait social dont les effets ne dépendent pas de leur volume mais des politiques d'accueil et de l'environnement social. Alors ?

Face à la mondialisation de la finance globalisée, face aux replis identitaires, assumons la mondialité du développement et l'universalité des droits – l'internationalisme en somme. Ce n'est pas avoir une « bonne conscience de gauche »; c'est être de gauche.

Jean-Emmanuel Ducoin (Journal L’Humanité)

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L'Huma - Mercredi, 19 Septembre, 2018 - Loan Nguyen et Julia Hamlaoui

Que prépare le gouvernement en matière de politiques antisociales pour les mois à venir ?

Pierre Dharréville Une nouvelle attaque est portée contre les retraités après la hausse de la CSG : l’augmentation de 0,3 % seulement des pensions de retraite, nettement en dessous de celle du coût de la vie. C’est une des mesures que nous aurons à affronter dans les discussions budgétaires. On peut aussi s’attendre à des attaques frontales contre la Sécurité sociale solidaire et contre notre système de santé. Le plan pour la santé, je crains qu’il ne soit pas au niveau parce que la logique de compression des ressources et des dépenses qui y sont consacrées risque de se poursuivre.

Nous, parlementaires communistes, avons fait un tour de France des hôpitaux qui montre une situation de crise aiguë et profonde, qui exige de changer de cap et de prendre des mesures d’urgence. Sur les retraites, le gouvernement avance masqué en disant qu’il s’agit de faire une réforme équitable. Mais il y a matière à s’inquiéter pour l’avenir de nos retraites quand on voit les attaques menées par Emmanuel Macron contre notre système de Sécurité sociale solidaire.

Valérie Rabault Je rejoins le constat de Pierre, le gouvernement avance masqué. C’est ce qui rend la prise de conscience plus difficile. Sur les retraites, 13 millions de retraités vont voir leur pension gelée au 1er janvier 2019, dont 8 millions ont subi la hausse de la CSG depuis le 1er janvier dernier, sans aucune compensation. Sur ces 8 millions – ceux qui dépassent 1 289 euros par mois –, c’est l’équivalent d’un demi-mois de retraite en moins en pouvoir d’achat sur l’année 2019. C’est du jamais-vu ! Pour ceux qui vivent à la campagne et qui n’ont pas accès aux transports en commun, le gouvernement a augmenté les taxes, pas pour aller à la transition énergétique mais pour renflouer les caisses de l’État vidées par la fin de l’ISF. Il y a aussi le carnage sur les emplois aidés, qui permettaient dans les associations et dans les petites communes de donner un coup de pouce et de ne pas laisser certaines personnes sur le bord du chemin.

Sur la réforme des retraites, ce qui se dessine, c’est un régime par points. Et vous n’aurez aucune certitude de ce que vous aurez. Dans le fond, c’est faire un régime par capitalisation sans passer par les marchés financiers.

La politique d’Emmanuel Macron avance sur plusieurs fronts. La réplique est-elle possible point par point ?

François Ruffin Le programme des luttes à venir a été correctement tracé par nos amis. Pour vaincre Macron, il ne faut pas le lâcher sur son côté président des riches. La première mesure qu’il prend, c’est de donner 5 milliards d’euros supplémentaires par an aux riches avec la suppression de l’impôt sur la fortune. On a la chance que Macron soit l’incarnation d’une classe.

Mais on ne gagnera pas seulement sur le rejet, parce qu’on risque d’avoir un autre visage ensuite qui incarne le même programme. Il faut avoir des combats défensifs comme sur les retraites – il faut dire que ce sont les retraites qui ont fait baisser le taux de pauvreté –, mais il faut aussi être offensif. Ça fait plus de quarante ans, depuis Pompidou, qu’on entend les mêmes discours sur les privatisations qui vont redonner confiance, faire de la croissance et créer de l’emploi. Il faut que nous, nous incarnions la nouveauté. Si on veut davantage d’espérance de vie, de bonheur, ça ne passe pas forcément par plus de croissance, qui peut être nuisible sur le plan écologique. Des chercheurs ont montré que ce qui fait le bonheur au sein des sociétés développées, c’est le niveau d’égalité.

Ce point, la question de la croissance, fait-il clivage entre vous ?

François Ruffin Je ne suis pas décroissant, je me dis a-croissant, comme d’autres sont agnostiques. Je fais sortir ce paramètre de mon champ de vision car cela a été une imposture pour interdire la redistribution. Plutôt que de se dire « comment répartir de manière plus égalitaire le gâteau ? », on nous dit « attendez, il faut d’abord le faire grossir et tout le monde sera content, il y en aura un peu plus pour les riches et un peu plus pour les pauvres ». Il ne faut pas attendre que le gâteau grossisse. À cette exigence sociale s’ajoute l’exigence écologique.

Valérie Rabault Moi, je crois à la croissance et au modèle français. Le modèle français, c’est la liberté. La liberté, c’est l’investissement, mais porté aussi par la puissance publique, qui, pour l’heure, fait complètement défaut. Renoncer à la croissance, c’est aussi renoncer à l’investissement. Cette notion de progrès qui fait qu’on vit mieux s’intègre dans la croissance économique, dans cette capacité à innover. Le deuxième pilier, c’est l’égalité, il faut effectivement une redistribution sans attendre. Le troisième volet, c’est la fraternité, la relation à l’autre, à l’Europe, aux autres pays. C’est ce modèle qui a soutenu la création de richesses en France depuis la sortie de la Seconde Guerre mondiale et qui a permis l’émergence de notre modèle social.

Pierre Dharréville En la matière, je pense qu’il ne faut pas de dogme, il s’agit de savoir quel développement nous voulons construire. Est-il utile de dépenser des ressources, de l’énergie humaine, du travail, de l’intelligence pour envoyer des touristes dans l’espace ? Est-ce que c’est le développement nécessaire demain ? Cela nous renvoie à une question fondamentale : qui décide de la manière dont nous utilisons ces richesses, le travail qui les produit et de la manière dont nous respectons la planète ? Un petit nombre exerce aujourd’hui le pouvoir grâce à l’argent, il faut s’y attaquer, reconquérir ces espaces de pouvoir, c’est cela aussi, la lutte des classes.

Vous avez des divergences, mais vous avez aussi mené des combats communs cette année. Est-ce un point d’appui important ? Comment faire pour que ces luttes dépassent les murs du Palais Bourbon ?

Pierre Dharréville Ce n’est pas au Palais Bourbon que va se faire la révolution. Ce qui me semble décisif, c’est qu’émergent dans la société des mouvements populaires profonds, puissants, enracinés, qui contestent le pouvoir d’Emmanuel Macron et de la finance. Parce que Macron mène la lutte des classes de manière extrêmement brutale. Les mouvements qui se sont développés dans l’année écoulée nous montrent les ressources, les valeurs, les aspirations fortes qui doivent s’exprimer.

Cela suppose de faire émerger une alternative. Pas simplement médiatique, même si ça compte, mais aussi populaire, pour que les gens soient acteurs du changement. Tout ce que fait Emmanuel Macron vise à les décourager. C’est pour cela qu’il ne lâche rien, jamais. Cela doit au contraire nous encourager à monter le niveau parce qu’ils sont en difficulté. Le récit qui l’a conduit au pouvoir est discrédité par l’affaire Benalla, mais pas seulement. La promesse de nouveau monde n’est pas tenue, beaucoup sont en train de s’en rendre compte.

Valérie Rabault Nous tous, nous devons réaffirmer que notre vie politique s’organise autour d’un clivage gauche-droite qu’Emmanuel Macron a voulu gommer tout en distillant l’idée que ce serait lui ou le chaos. Parmi les raisons qui l’ont porté au pouvoir, il y a cette volonté de dynamiter tous les partis, mais il s’est aussi adressé à l’individualité de chacun. Il a fait disparaître la notion de cause commune du débat.

Pour contrer cette idée que chacun serait face à lui-même, le meilleur moyen est sans doute de nous définir des causes communes. Sur certaines, nous nous rejoindrons, sur d’autres non. Mais la défense de l’hôpital, une transition énergétique qui permette à chacun de mieux vivre, l’école… sont de grandes causes sur lesquelles les uns et les autres nous pouvons trouver des combats communs.

François Ruffin Un an seulement après l’entrée en fonction d’Emmanuel Macron, on a réussi un mouvement ce printemps, les cheminots en particulier. L’assise serait sans doute supérieure aujourd’hui, vu la chute de popularité. Mais ce n’est pas aux politiques d’initier cela. J’espère qu’il va y avoir des luttes et que cela servira de points d’appui forts. Cependant, on ne va pas faire semblant d’être d’accord sur tout. Moi, je suis de gauche, je l’ai toujours été et je le resterai. Mais où sont les limites de la gauche ?

Je n’ai aucune difficulté à mener des causes communes tous les jours, avec le camarade communiste cela va de soi pour moi, avec les socialistes, avec des personnes du Modem, de l’UDI… Mais Macron est quand même le fruit du socialisme. Le Cice, la loi travail, il n’y a pas de rupture. Quand le Parti socialiste est dans l’opposition, il est de gauche. La question, c’est où on est quand on est au pouvoir ? Il ne s’agit pas de tirer sur une ambulance, ni de dresser un mur infranchissable. Mais il y a besoin d’une clarification. Je n’ai pas envie de polémiquer davantage. Notre adversaire est à l’Élysée et il est évident qu’il nous faut grouper nos forces contre.

Pierre Dharréville Il faut de la clarté dans le débat politique et il y a eu beaucoup de confusion. Que reste-t-il du clivage droite-gauche ? Il reste la droite. La droite est au pouvoir avec Emmanuel Macron, et François Hollande a bien souvent mené une politique de droite. Ce clivage continue effectivement d’être structurant parce qu’il découle de l’histoire du mouvement ouvrier.

La question, c’est de savoir ce qu’est la gauche. Ces cinq dernières années, je n’ai pas toujours été très fier de dire que j’étais de gauche parce que je ne la reconnaissais absolument pas dans la politique menée. Il faut faire preuve d’un peu de dialectique, il ne s’agit pas de dresser des frontières. Il y a une grande diversité à gauche. Il faut reconnaître ces différences et en faire une force. Mais l’avenir ne se construira ni avec des malentendus ni avec des logiques d’hégémonie.

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Le capitalisme contre l’écologie ? - Mardi, 18 Septembre, 2018 - Alexandra Chaignon

La démission de Nicolas Hulot est venue rappeler qu’écologie et libéralisme ne font pas bon ménage, pointant un coupable : les lobbies. Même si on ne compte plus les occasions manquées du gouvernement en matière environnementale, il reste possible de s’opposer aux forces de l’argent et de faire bouger les lignes....avec Clémence Dubois -Younous Omarjee-Mathieu Colléter-Pascal Durand-Gabriel Mazzolini-Pierre Laurent-

Retrouvez l'intégralité du débat en vidéo : 1h18

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Grand meeting de la Fête de l'Humanité - vidéo 38'

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S’organiser- L'éditorial de Maurice Ulrich. 

Au-delà du détail des mesures annoncées, Emmanuel Macron a lui-même défini la philosophie, si l’on peut dire, en tout cas le cadre de sa réforme des offres de soins pour « les cinquante années à venir ». 

La perspective est pour le moins audacieuse au regard de la réalité et de cette « analyse » à la va-comme-je-te-pousse du président : « Notre système de santé ne souffre pas d’un problème de sous-financement, il pèche par un vrai handicap d’organisation. » C’est faire bon marché du cruel manque de moyens, de personnels et de modernisation des équipements dont ont témoigné, depuis des mois, les luttes multiples des salariés ou des médecins dans les hôpitaux, les maisons de retraite. C’est ne pas entendre la vérité des paroles de celles et ceux qui sont, tous les jours, confrontés à la souffrance, à la dépendance, à la mort.

Avec Emmanuel Macron, c’est tellement facile. Pour se payer un costard, il n’y a qu’à travailler, et pour trouver du boulot, il faut juste traverser la rue. Pour régler dans les cinquante ans à venir les questions de la santé, il faut juste s’organiser autrement. Les hommes et les femmes qui tentent précisément de s’organiser pour faire face, avec parfois, comme le soulignait une infirmière à la Fête de l’Huma, « la honte, voire la culpabilité de devenir les agents, contre leur gré et leur vocation, d’une vraie maltraitance », apprécieront.

Il n’y a pas si longtemps, des dames de la bonne société animées par un pur esprit de charité allaient expliquer aux femmes des milieux populaires comment bien gérer leur budget, s’occuper de leurs enfants et faire de la bonne cuisine avec trois quignons de pain. S’organiser. Il y a de ça chez Emmanuel Macron, sauf que ce n’est pas par esprit de charité. C’est une vision du monde. Il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, coûtent un pognon de dingue et qui doivent, s’ils veulent s’en sortir, faire comme le baron de Münchhausen se tirant lui-même par les cheveux. Sans doute trouvera-t-on çà et là, à la condition d’oublier les tours de bonneteau sur les chiffres, quelques mesures adaptées, mais rien qui puisse définir le système de soins du XXIe siècle.

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La chronique économique de pierre Ivorra. Macron nous fait les poches

L’inventaire des différents postes de recettes confirme que, sous le règne de Jupiter, plus encore que sous celui de ses prédécesseurs, les plaisirs fiscaux sont réservés aux résidents de l’Olympe de notre société. Les impôts sur le revenu et la consommation, soit la TVA et la taxe sur les produits pétroliers (Tipp), autrement dit les prélèvements qui pèsent le plus lourdement sur les catégories populaires, augmentent tous : de 3,3 % pour l’IR, de 4 % pour la TVA et de 16,7 % pour la Tipp.

À l’opposé, l’impôt sur les sociétés acquitté par les entreprises baisse de 8,4 % et ce que l’administration appelle « les autres impôts », rubrique qui rassemble notamment des prélèvements sur le capital, plonge de 36,7 %.

Côté dépenses, elles diminuent de 0,1 % à périmètre constant. Les deux postes les plus mis à mal sont ceux des dépenses de fonctionnement (achats, gestion immobilière, subventions au titre du service public…), qui diminuent de 2,2 milliards d’euros et de 8,5 %, et les dotations aux collectivités territoriales, qui reculent de 2,5 milliards d’euros et de 2,5 %.

Cette amputation de leurs ressources est particulièrement inquiétante. De l’aveu même du gouvernement précédent, la dotation globale de fonctionnement qui leur est versée, et qui représente la plus grosse part des contributions de l’État, est passée de 40,1 milliards d’euros en 2014 à 30,9 milliards en 2017.

Au total, les concours financiers de l’État aux collectivités territoriales ont diminué, en exécution, de près de 10,6 milliards d’euros entre 2013 et 2017. Merci Hollande ! Dans le prolongement de ses prédécesseurs, le gouvernement actuel veut clairement que les collectivités territoriales diminuent leurs effectifs, alors que l’efficacité des prestations publiques dépend de la disponibilité des personnels, de la qualité de leur formation.

Pour relancer les dépenses publiques, une réforme fiscale s’impose, mais si elle est nécessaire, elle n’est pas suffisante. L’ampleur des besoins de développement humain à l’heure de la révolution informationnelle oblige à rechercher d’autres leviers.

Celui d’une maîtrise de la monnaie et du crédit est essentiel dès lors qu’ils sont orientés vers un développement efficace de la richesse créée et de l’emploi.

La situation du budget de l’État à la fin juin 2018 illustre le caractère profondément réactionnaire de la politique d’Emmanuel Macron et de la République en marche (LaREM).

Au 30 juin de cette année, à la mi-temps de 2018 donc, les recettes fiscales de l’État sont en baisse de 2,4 %, un recul qui, compte tenu d’une hausse des prix en moyenne de 2,1 %, est en réalité de 4,5 %.

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Gaël Giraud « La balle est dans le camp du secteur public » - Mardi, 11 Septembre, 2018 - Marie-Noëlle Bertrand

Samedi, 700 scientifiques ont publié une tribune appelant le gouvernement à prendre ses responsabilités climatiques. Parmi eux, Gaël Giraud, économiste, revient sur les illusions écologiques du modèle libéral.

L’appel que vous cosignez dans Libération avec 699 autres scientifiques le relève : les émissions de gaz à effet de serre de la France augmentent. Cela traduit-il un déni politique de notre impact sur le climat ?

Gaël Giraud Cela traduit l’illusion de croire qu’on ne pourra traiter la question climatique que lorsqu’on aura fait nos « devoirs à la maison », en termes économiques et financiers. Certains d’entre nous ont choisi de donner la priorité à ce qu’ils pensent être la manière d’assainir les finances publiques – la réduction des déficits publics, par exemple, conformément à ce qu’exigent les traités européens. Cela reporte sine die le traitement de l’écologie. Je crois, à l’inverse, que la transition écologique est la réponse à nos problèmes de finances publiques.

Un exemple simple : le déficit de la balance commerciale s’élève à environ 70 milliards d’euros, soit à peu près la facture de tout le pétrole que nous importons. Or, la rénovation thermique des bâtiments permettrait quasiment de supprimer notre dépendance au pétrole, donc d’arriver au plus proche de l’équilibre. Plus généralement, un peu de dépenses publiques supplémentaires en faveur de la transition écologique offrirait de la croissance, par conséquent une augmentation des recettes fiscales…

On est loin d’une vision décroissante de l’économie…

Gaël Giraud Ce que je dis n’est pas intrinsèquement lié à la décroissance, mais on peut être décroissant et y adhérer. La croissance du PIB est essentiellement le résultat de l’augmentation de la consommation énergétique – c’est la réalité thermodynamique de notre économie : sans énergie, pas de croissance. Tant que notre énergie restera essentiellement carbonée, pas de croissance sans émissions de CO2. Certains pensent qu’un découplage est possible – c’est le thème de la croissance verte. D’autres envisagent de choisir d’autres indicateurs de croissance que le PIB, en particulier ceux relatifs à l’empreinte écologique de notre activité économique. Je suis favorable à cette seconde option.

Vous affirmez que le modèle néolibéral est incompatible avec la transition. Au final, la bataille est-elle politique, idéologique ou scientifique ?

Gaël Giraud Les trois. Côté scientifique, le débat reste vif dans le champ économique. Depuis 2008, la science macroéconomique, celle des grands agrégats, est en crise profonde. On réalise que l’économie néoclassique – le corpus de base de l’économie néolibérale – est complètement fausse… Un front politique existe par ailleurs, dans la mesure où tout cela a une incidence majeure et est le terme de politiques publiques. Il y a enfin un troisième front, idéologique cette fois. L’économie libérale n’ayant aucun fondement scientifique, elle consiste à faire croire que rendre les riches plus riches rendra tout le monde plus heureux.

Or c’est faux…

Gaël Giraud Non seulement c’est faux, mais c’est ce qui nous conduit dans le mur. L’économie libérale est construite sur l’idée que le capital existe, alors que le capital n’existe pas. Ce qui existe, ce sont les infrastructures qui pompent des ressources naturelles – de l’énergie et de la matière – et des actifs financiers. Cette conception néolibérale de l’économie néglige totalement l’impact écologique de nos activités. C’est cet aveuglement qui conduit à la crise écologique.

Ce constat est-il partagé par les autres signataires de l’appel ?

Gaël Giraud Ce qui fait consensus, c’est qu’il y a des décisions politiques à prendre maintenant. La balle est dans ce camp. Même si la société civile et les entreprises ont un rôle majeur à jouer, elles n’ont pas les moyens d’initier cette extraordinaire révolution qu’on appelle transition écologique. Nous avons besoin d’infrastructures vertes pour produire de l’électricité propre. Et cela, la société civile ne peut pas le faire. Le secteur privé, lui, est surendetté. C’est donc au secteur public de s’engager. Il doit aussi dicter les normes : jamais le privé ne prendra la décision de fermer les centrales à charbon. L’État lui-même continue de subventionner les énergies fossiles. Tout cela doit changer.

Gaël Giraud économiste en chef de l’Agence française de développement

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