Bras d’honneur d’un « premier de cordée » de Nestlé pour Emmanuel Macron

Le groupe suisse pour le compte duquel Emmanuel Macron avait négocié l’achat d’une filiale de Pfizer en 2011 a confirmé lundi qu’il transférait dans le canton de Vaud les activités de Galderma que se trouvaient depuis 36 ans à Sophia Antipolis dans les Alpes-Maritimes. Les 550 salariés du site ne savent toujours pas ce qu’ils vont devenir dans moins d’un an....

Gérard Le Puill- Mercredi, 18 Octobre, 2017- Humanité Dimanche

Les 550 salariés du site ne savent toujours pas ce qu’ils vont devenir dans moins d’un an.

Encore une illustration de la manière dont fonctionnent « les premiers de cordée », glorifiés dimanche soir sur TF1 et LCI par le président de la République.

Hier nous rappelions le montant de la coquette somme empochée par Emmanuel Macron en 2011. Il avait négocié, pour le compte de la banque Rothschild,  e rachat par le groupe suisse Nestlé d’une filiale de l’américain Pfizer. Une filiale que le groupe français Danone convoitait également. Macron ayant été grassement payé pour ce qu’il a fait et le monde des affaires étant ce qu’il est, Nestlé n’entend pas aider l’actuel président de la République à lutter contre le chômage en France durant son quinquennat à l’Elysée.

En septembre dernier, Nestlé faisait savoir que son laboratoire Galderma de recherche et développent situé sur le site de Sophia Antipolis près de Nice supprimerait  400 emplois sur 550 l’année prochaine. Hier, le quotidien les Echos complétait ainsi l’information : « Trois semaines après avoir annoncé une vaste restructuration de son centre de recherche sur la peau à Sophia Antipolis, Nestlé a fait savoir lundi que le site quitterait la France pour la Suisse. Sauf repreneur, ce site industriel et ses 550 emplois devrait donc disparaître. Après avoir passé trente six ans dans le Sud de la France, Galderma devrait s’installer « quelque part dans le canton de Vaud » non loin du siège de Nestlé, a indiqué Sébastien Cros, le directeur de la communication de Galderma », selon les Echos.

« Un volet de licenciements contraints » à Sophia Antipolis

Le même Sébastien Cros a fait savoir qu’il y aura « une centaine d’opportunités dans le nouveau centre en Suisse», pour des salariés des Alpes-Maritimes. Encore faut-il pouvoir déménager et se loger dans un pays où le logement est tellement cher que les Français qui y travaillent franchissent souvent la frontière deux fois par jour quand ils habitent du côté d’Annemasse où la spéculation immobilière flambe également.

Selon une déléguée CFDT de Galderma à Sophia Antipolis, « il y a un volet de mobilité, internationale, un plan de départs volontaires, la recherche d’un repreneur mais aussi un volet de licenciements contraints. La fin c’est septembre 2018. Les salariés sont très en colère du fait du manque de clarté de la direction. A aucun moment, elle n’a voulu parler de fermeture ».

Pour reprendre une formule utilisée dimanche soir par Emmanuel Macron pour glorifier le patronat, il y a chez Galderma de quoi donner envie au personnel de « jeter des cailloux sur les premiers de cordée » de Nestlé, et même de « foutre le bordel » devant tant de désinvolture vis-à-vis  de salariés qui ne demandent qu’à travailler.

Du rapport de la Commission Attali aux décisions attendues de Carrefour

Dans un tout autre domaine, c’est aujourd’hui que le groupe Carrefour doit publier son chiffre d’affaire pour le troisième trimestre, tandis que son nouveau PDG, Alexandre Bompard, prépare une restructuration qui pourrait  se traduire par des fermetures de grandes surfaces jugées non rentables.

Ces dernières années, en dépit de la guerre des prix menée en pillant les paysans et les PME de l’agroalimentaire, les grandes surfaces ont perdu de la clientèle au profit des livraisons à domicile, des magasins dépôts que sont les « drive », des supérettes de proximité que ces mêmes distributeurs ont recréé dans les centre ville après avoir ruiné les petits commerçants indépendants.

Encore un gâchis économique et social sans même parler du bilan carbone de cette « destruction »dite « créatrice » chère aux économistes libéraux et à Emmanuel Macron.

Rappelons toutefois, que ce même Macron ne fut pas un grand visionnaire en 2008  quand il demandait une ouverture sans limite des grandes surfaces pour introduire plus de concurrence entre les enseignes en page 146 du rapport qu’il a rédigé pour la Commission Attali à la demande de Nicolas Sarkozy. Voici ce qu’il écrivait il y an seulement 9 ans: « 379 grandes surfaces ouvraient en moyenne chaque année entre 1986 et 1984, alors que leur nombre est tombé à 162 entre 1995 et 2003. Cette réglementation (la loi Raffarin, ndlr) a particulièrement entravé le développement des grandes surfaces de type maxi-discount au moment où ce format de vente commençait à séduire les consommateurs … ».

Neuf ans plus tard, on voit qu’Emmanuel Macron avait tout faux.

Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres dans un rapport inspiré par les grands patrons et les économistes libéraux coopés par Attali dans sa Commission. Quant à Macron, il devrait relire son rapport aujourd’hui pour voir qu’il lui a néanmoins servi de base pour son programme présidentiel. Y compris pour alimenter les caisses de l’UNEDIC par 9 millions de retraités via une augmentation de 1,7% de la CSG sur leur pension alors qu’ils ne peuvent avoir droit au chômage du fait même qu’ils sont des retraités !

Gérard Le Puill - Journaliste et auteur

-----

Pensée complexe : les jaloux et les fainéants face aux « premiers de cordée »

Pour gommer l’exploitation de l’homme par l’homme et les antagonismes de classes qui en résultent, le président de la République use de bien curieuses métaphores. Ainsi, la critique des revenus scandaleux que les super-riches  tirent du travail de leurs salariés relèverait aux yeux d’Emmanuel Macron de la seule jalousie.

Les salariés licenciés de GM§S seraient des jaloux qui choisissent de « foutre le bordel » en jetant  des pierres aux « premiers de cordée » que sont les PDG de Renault et de PSA Peugeot-Citroën. Lesquels les ont privés de travail pour accroître la part variable de leur propre salaire.

Petit détail, la rémunération annuelle du PDG de Renault a été de 7 millions d’euros en 2016 et celle du patron de PSA de 5,4 millions d’euros en 2015...

Un sondage de l’institut Harris Interactive pour RMC réalisé auprès de 856 personnes après l’interview télévisée du président de la République, dimanche soir, a donné les résultats suivant : 7% des personnes interrogées disent avoir été « totalement convaincues » par la prestation du chef de l’Etat et 32% ont été « partiellement convaincues ». Mais 24% des sondés se sont déclarés « pas du tout convaincus » et 37% « plutôt pas convaincus».

Justifiant devant les trois journalistes des chaîne privées TF1 et LCI ses récentes accusations proférées contre les travailleurs de GM§S qu’il avait accusés la semaine précédente de « foutre  le bordel au lieu d’aller voir s’il y a des postes » à prendre dans un autre métier à 150 kilomètres de chez eux, Emmanuel Macron a déclaré que le gouvernement avait « beaucoup œuvré pour sauver 120 emplois» à La Souterraine alors que 157 personnes ont été licenciées dans l’opération. Qui plus est, on a licencié le plus jeunes de manière systématique. Sans doute dans le but payer moins d’indemnités de licenciement et de ne pas donner un avenir durable à cette usine qui fournissait des pièces détachées à Renault et PSA Peugeot-Citroën.

« On ne refait pas sa vie en un claquement de doigt »

On imagine que ni Macron, ni les trois journalistes qui l’interrogeaient dimanche, n’avaient lu la veille le reportage de Charlotte Chabas dans le Monde. On y parlait de cette usine creusoise, revendue une fois de plus, dans laquelle  les ouvriers disaient « attendre le boulot qui ne vient pas ». Un licencié faisait état de ses « dix sept ans de crédit immobilier sur le dos », sans savoir comment y faire face désormais.

Un syndicaliste, lui aussi licencié, faisait remarquer que la moyenne d’âge du personnel est passé de 49 ans à 55 ans avec l’arrivée du repreneur stéphanois GDM. Puis il posait cette question : « A qui veut-on faire croire qu’en gardant les vieux, on mise sur l’avenir ?». Un autre ajoutait que « tout ce qui rendait la boîte un minimum capable d’aller chercher des débouchés est supprimé.» 

Licencié, lui aussi, un homme de 56 ans avait ces mots de détresse : « On nous dit d’être flexibles, mobiles, motivés : est-ce que ceux qui disent ça se rendent compte qu’on ne refait pas sa vie en un claquement de doigt ? On a voulu nous donner une image d’enfants gâtés, alors qu’on parle d’une situation de détresse et d’un territoire qu’on laisse crever». Faisant allusion à ces laissés pour compte, Emmanuel Macron a déclaré dimanche soir : « certains font tout pour bloquer les choses pour avoir plus d’indemnités de licenciement».

Plaidant pour la suppression de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) le président de la République a tenté d’expliquer aux Français qu’il ne servait à rien d’imposer les grosses fortunes « puisque les gens qui réussissent sont partis ou bien ont fait des montages financiers pour ne pas payer l’ISF. On a ainsi perdu beaucoup de talents », a-t-il soutenu.

Ajoutant les super- riches étaient les « premiers de cordée » qui font progresser notre économie vers les sommet et d'ajouté : « il nous faut des gens qui réussissent et il ne faut pas être jaloux d’eux. Si on commence par jeter des cailloux sur les premiers  de cordée, c’est tout la cordée qui dégringole», a-t-il  prétendu.

Des exploiteurs cyniques promus « premiers de cordée » par Macron   

Voilà qui nous ramène à GM§S. Renault et PSA Peugeot-Citroën étaient les « donneurs d’ordres » qui ont mis cette entreprise sous-traitante en difficulté en réduisant leurs commandes. Sans doute parce que les deux PDG pouvaient importer les mêmes pièces à moindre prix d’un pays à bas coûts de main d’œuvre. Comme la part fixe et la part variable du salaire des PDG dépendent en partie du vote des actionnaires, il faut un taux de profit élevé tant pour rémunérer ces mêmes actionnaires.

Du coup, ces derniers votent en faveur de l’augmentation de la rémunération globale du PDG. Ainsi, 53% des actionnaires de Renault ont voté les 7 millions de rémunération de Carlos Ghosn  pour 2016, dont une part variable de plus de 4 millions d’euros liée au bénéfice net. En 2015, PSA a fait un bénéfice proche de 5 milliard d’euros et la rémunération de Carlos Tavares s’est élevée à 5,24 millions d’euros dont  « 130.000 actions de performance » valant près de 2 millions d’euros.

Voilà comment se conduisent les « premiers de cordée » glorifiés par Emmanuel Macron. Ce sont eux qui font dégringoler des pierres sur la tête du petit peuple du bas de l’échelle, lequel ne demande qu’à vivre de son travail.     

Quand Macron et Pénicaud étaient des « premiers de cordée ».

Durant les deux petites années qu’il a passées à la banque Rothschild, avant de rejoindre le cabinet de François Hollande à l’Elysée, Emmanuel Macron pense avoir été un « premier  de cordée ». Il fut l’intermédiaire désigné par la banque pour faciliter l’opération de rachat d’une filiale du groupe américain Pfizer par le suisse Nestlé, au détriment de Danone. La somme perçue pour ce « travail » serait comprise entre 2,4 et 3 millions d’euros. Pour la seule année 2011, Macron a déclaré 403.000€ de salaire, 291.300€ de dividendes et 706.300€ de « bénéfices industriels » provenant de la réussite de cette transaction.

L’Humanité du 27 juillet dernier a révélé comment l’actuelle ministre du Travail avait aussi été une « première de cordée » dans le seul but de faire fructifier son magot. Il lui a suffit pour cela de préparer un plan de 900 licenciements chez Danone dont elle était la directrice des ressources humaines (DRH). Le jour de cette annonce, elle a pu voir comment la Bourse réagissait à la hausse et donner aussitôt l’ordre de vente d’un paquet de 52.220 Danone actions qu’elle détenait pour réaliser en quelque clics une plus value de 1. 129.034 euros et 54 centimes.

Oui, presque 1,3 million d’euros en une journée!

De quoi faire beaucoup de jaloux, même chez les boursicoteurs !

Gérard Le Puill -Journaliste et auteur

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.