Le roi est nu : La face cachée du pouvoir absolu

Jean Ortiz : « République exemplaire » ou « République bananière » ?--IAN BROSSAT (PCF) : AFFAIRE BENALLA - après les 2 premières auditions ...Benalla et l’arc d’extrême droite par Frédéric Lordon...

« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que du vent. » George ORWELL

 Jean Ortiz : « République exemplaire » ou « République bananière » ?

"Monsieur le président Manu, tes hommes de l’ombre sont des révélateurs de la vraie nature de ta conception du pouvoir."

Le petit jeune avait tout compris en vous APOSTROPHANT sur le mode du tutoiement. LE VOUVOIEMENT, CELA SE MERITE. Alors, choisissons l’hybridation... « Vous-tu » as été élu, sur un rejet du Front national. « Vous-tu » n’étais, disais-tu, ni de droite ni de gauche. « Vous-tu » es rapidement devenu ambidextre : « vous-tu » voles les pauvres des deux mains.

En fait, « vous-tu » cachais ton véritable visage de banquier vorace, surfriqué, sans scrupules. Ami des plus riches.

Ce qui étonne, président Manu, c’est votre-ta haine du peuple, des ouvriers, des salariés, et surtout des militants. Ah, si tu pouvais les parquer dans un stade ! Tu hais les militants, Notamment ceux des secteurs les plus emblématiques : ceux de La Poste, de la SNCF, de l’Enseignement, de la Santé... « Vous-toi », tu devais te charger de la « taxe sur les yachts » qui devait rapporter gros. Le montant s’est avéré ridiculement dérisoire. Alors parle, vas-y ! « Vous-toi » qui te considères comme le roi de l’éloquence. On a rarement vu un président semer autant le mépris des petits, comme « vous-tu » le fais, avec autant de détachement.

Mais désormais, Manu, votre-ta « République exemplaire » est tombée de l’Olympe. « Vous-tu » en as fait la République des ripoux, de la canaille, des « copains et des coquins », des milliardaires, des « au-dessus des lois ». « Vous-tu » sais comment l’on appelle cela en Amérique centrale ? Une « République bananière ». Un régime d’opérette, sanglant, un gouvernement fantoche, inféodé, qui relaie les coups d’Etat. Bref, des apparences de République seulement... Corruption, arbitraire et déliquescence à tous les étages. Une multinationale peut et défaire les gouvernements... Si c’est « votre-ton » modèle, assume-le ! Parle ! Si les services publics français sont pour « vous-toi » des start-up, dis-le !

Monsieur le président Manu, tu collectionnes les bourdes. Cette fois-ci « vous-tu » t’es fourré dans une « affaire d’Etat » qui donne une image crado de notre République et de la France. Le sieur Alexandre Benalla, qui semble bien peu fréquentable, était le pilier central de ta garde rapprochée. Ton « chouchou », dit-on. On a vu sa bestialité sur des images glaçantes. Qui l’a accrédité ? Quels liens avait-il avec « vous-toi »? Comment a-t-il obtenu autant de passe-droits, de privilèges, de possibilités d’usurpation de fonctions? Les syndicats de policiers s’en émeuvent...

Les images du premier mai font froid dans le dos. Pourquoi avoir étouffé l’affaire pendant plus de deux mois ? Pourquoi ces dérisoires « sanctions » ? 15 jours de « mise à pied », dans la discrétion la plus totale !!! Rétrogradé puis vite promu par l’attribution deux mois après ses actes bestiaux d’un appartement « quai Branly ».

Un barbouze logé dans une dépendance de l’Elysée !!! Comment a t-il pu se procurer ces privilèges ? Enfin licencié... parce que vu et pris... Oui, mais pas pour les brutalités du premier mai, pour s’être procuré auprès de hauts gradés des images de vidéos surveillance (ultraconfidentielles) sur les faits. Enfin licencié, oui mais après un tollé général... Pour ce qui te concerne, d’après les médias, tu considérais la sanction suffisante. Rien que pour cela Manu, « vous-tu » devrais démissionner !

Monsieur le président Manu,

Tu peux bien changer le visage de Marianne sur les timbres, tu ne laveras pas cette infamie. Tu voulais un nouveau visage, c’est mal barré ! Tes hommes de l’ombre sont des révélateurs de la vraie nature de ta conception du pouvoir. Tu voulais une Marianne « inaltérable », mais rien ne l’est autant que ta condescendance. « Votre-Ton » terrible et coupable silence.

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IAN BROSSAT (PCF) : AFFAIRE BENALLA - APRES LES DEUX PREMIERES AUDITIONS

Nous sommes encore en pleine polémique, tous les faits ne sont pas encore établis, et il n'est pas encore temps d'en tirer toutes les leçons.

Il est en tout cas très clair, après les deux auditions du jour, celle de Collomb comme celle du Préfet Delpuech, que les responsabilités dans l'affaire Benalla sont à chercher du côté de l'Élysée. Les tentatives visant à faire du Préfet de Police de Paris un fusible ont lamentablement échoué. En l'écoutant en début d'après-midi, on se disait d'ailleurs qu'il était beaucoup plus à sa place que son Ministre de tutelle qui était intervenu quelques heures plus tôt.

La seule question qui vaille est donc la suivante : qu'est-ce que cette affaire révèle de Macron, de sa pratique du pouvoir comme du fond de sa politique ?

J'en entrevois déjà deux aspects.

D'abord, le plus évident : Un pouvoir ultraconcentré, ultracentralisé. Comme dans n'importe quel pouvoir de ce type, dès lors que le chef est responsable de tout, plus personne ne se sent responsable de rien. Ce pouvoir est dé-responsabilisant, ce qui est éminemment paradoxal de la part d'un Président de la République qui n'en finit pas de disserter sur la nécessité de responsabiliser les petits, les gens modestes, les allocataires sociaux, tous ceux qui coûtent un "pognon de dingue" et sur le dos desquels il convient de faire des économies.

Ce principe-là ne vaut pas pour ses proches, pour ses collaborateurs et ses ministres. Eux ne sont responsables de rien, renvoyant tous à la responsabilité du chef. C'est ainsi qu'on en arrive au spectacle pathétique d'un ministre de l'intérieur, au courant de rien, ignorant de tout, imprécis, indolent, incompétent.

Ensuite, un deuxième aspect, au moins aussi important, et dont il est moins question pour le moment : cette nouvelle élite, dont Macron est l'emblème, est animée d'une méfiance viscérale vis-à-vis de l'État.

Cela ne manque pas de surprendre s'agissant de gens formés à l'ENA. Cela n'en est pas moins vrai. En témoigne, cette volonté de contourner le service public de sécurité en constituant une officine parallèle à directement placée sous l'autorité du président de la République totalement soumise aux desiderata du chef. Les privilèges exorbitants dont bénéficiait Benalla, ses fonctions sans rapport avec ses qualifications, les missions qui lui étaient confiées, disent cela.

Ils n'aiment pas l'État, n'aiment pas la fonction publique, et faute de pouvoir faire sans, ils tentent de la contourner.

À suivre...

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Nous nous sommes portés partie civile, lundi 23 juillet 2018, après avoir eu la satisfaction de voir un juge d’instruction nommé pour s’occuper de l’affaire BENALLA/MACRON.

Nous voulons avoir accès au dossier pour qu’aucun des responsables hiérarchiques au plus haut sommet de l’Etat ne soit « oublié », comme il a été « oublié » de saisir le procureur dès que ces mêmes personnes ont eu connaissance des délits commis par le sbire de l’Elysée.

Car non une sanction administrative de 15 jours d’exclusion de fonction, non effective selon le directeur de la DOPC, ne peut pas remplacer la décision pénale d’un juge.

Être partie civile va nous permettre de vérifier que nos trois collègues fautifs soient sanctionnés, mais uniquement pour leur manquement et non qu’ils soient les boucs-émissaires d’un système de « magouilles »....Vigimi :

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Danielle Bleitrach

L’affaire Benalla c’est l’affaire Macron, mais ce n’est pas tout

Toute la presse étrangère ne s’y trompe pas l’affaire Benalla, c’est l’affaire Macron.

Si l’on devait résumer les interventions de hier on dirait que monsieur Collomb, le ministre de l’intérieur ne sait rien et n’a aucune autorité sur ses services et que d’ailleurs il dégage en touche vers les sulbalternes mais aussi l’Elysée. Le préfet de police, Michel Delpuech refuse de jouer les fusibles pour le ministre et il l’accuse de fait d’avoir menti (sous serment), en démontrant que ce n’est pas lui préfet qui devait prendre l’initiative de l’article 40 mais bien l’Elysée son « corps d’origine ».Un ministre qui ment et feint d’ignorer jusqu’à l »existence du trublion. Le préfet de police a refusé de porter le chapeau, mais il a bien été obligé d’avouer qu’il avait lui même cédé aux caprices élyséens et accordé un permis de port d’arme refusé par le ministère.

L’audition la plus redoutable a été sans doute celle de Alain Gibelin, le subalterne du subalterne préfet de police, observateur des mœurs élyséenne et qui nous a expliqué froidement, un que monsieur Benalla n’avait pas la moindre autorisation y compris pour aller jouer les observateurs, et pour se trouver ni à la place de la Contrescarpe et donc au poste de commandement de la police le premier mai. Et il enfonce le clou du cercueil en disant que si l’Elysée a sanctionné son collaborateur cela n’était guère visible puisque celui-ci a continué à vaquer à toutes ses occupations....la suite :

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Benalla et l’arc d’extrême droite

par Frédéric Lordon, 23 juillet 2018

l'affaire Benalla, c’est la police qui en parle le mieux. « Nous avons le sentiment que d’une affaire Benalla, on est en train de faire une affaire de police (1) », déclare un syndicaliste policier. Précisément. Et d’ajouter dans un éclair de lucidité dévastatrice : « Ce n’est pas ça la police. Il a ruiné notre image. » Bien sûr, avant d’être dévastatrice, cette lucidité est paradoxale puisqu’elle prend la forme retournée de la dénégation, ce tour du psychisme qui fait dire la vérité mais en énonçant le contraire de la vérité. En lieu et place de « ça n’est pas ça la police » et « il a ruiné notre image », le lecteur attentif aura évidemment rectifié de lui-même pour entendre « la police, c’est tout à fait ça (si ça n’est pas bien pire) » et « il a mis en pleine lumière ce que nous sommes ».

La mise au débat public des manières réelles de la police via les méfaits d’un séide de seconde zone fait irrésistiblement penser à Al Capone, tombé pour fraude fiscale. Hegel appelait « ruse de la raison » cette manière particulière qu’emprunte parfois l’histoire pour s’accomplir : les tournants majeurs se négocient au milieu des broutilles, et l’Histoire majestueuse avance par les forces des histoires de cornecul. L’Histoire de la période présente, c’est qu’il y a un problème de police, et même de police-justice, dans ce pays, un problème de première grandeur, où il faudra bien se décider à voir un symptôme politique.

Au reste, il appartiendrait à une minutieuse enquête de sociologie des médias d’éclairer ce mystère de l’émoi qui a saisi les rédactions au spectacle d’une scène de violence que, dans leur propre norme désormais déformée, les manifestants ne seraient pas loin de trouver « ordinaire ». C’est que depuis deux ans, en fait depuis la manifestation COP 21 du 29 octobre 2015, date d’inauguration de l’état d’urgence à usage des opposants politiques, la violence policière déployée contre les manifestants n’a cessé de passer des seuils. La police matraque, la police éborgne, la police grenade, mutile et tue. À qui veut se donner la peine de simplement regarder, les réseaux sociaux offrent depuis deux ans des tombereaux de vidéos de brutalités policières proprement ahurissantes, dont le centième suffirait à horrifier la population… si seulement on les lui donnait à voir. Mais à cette exposition, qui entre normalement dans le minimum minimorum des devoirs de la presse, la population n’a jamais eu droit. Sauf aujourd’hui.

Mais pourquoi ? Parce que, misère du journalisme politique, ce concentrat de toutes les tares de la presse contemporaine, il est question de « l’Élysée ». Et la séquence, alors, redevient intéressante...la suite :

 

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