Une intersyndicale pour les femmes

À Saint-Denis, militantes du Nicaragua et du Congo, chercheuses, avocates et syndicalistes françaises ont construit des solidarités pour lutter contre les violences.

Publié dans l'Huma

«Pour aller rejoindre les champs, les femmes portaient des préservatifs, car elles ne ­savaient pas ce qui pouvait se passer sur le chemin du travail. » Face à une salle comble de 400 hommes et femmes féministes, syndiqués à la CGT, FSU ou Solidaires, la responsable de la Confédération syndicale du Congo, Brigitte Sharadi, raconte comment convaincre un gouvernement de s’attaquer aux violences sexuelles et sexistes.

Comment la Marche mondiale des femmes de 2010 se terminant au Congo a donné un support à son organisation pour entamer des campagnes médiatiques, d’information et de lobbying pour lutter pour le droit des femmes dans un pays connu pour sa « capitale du viol ». Jeudi et vendredi derniers, à la bourse du travail de Saint-Denis, les violences contre les femmes au travail ont constitué un point phare des discussions de ces journées intersyndicales Femmes.

Avec en ligne de mire une actualité proche : la négociation en juin à l’Organisation internationale du travail (OIT) d’une norme internationale contre les violences dans le monde du travail, introduisant un chapitre spécifique sur les violences sexistes et sexuelles.

« Depuis dix ans, plus aucune norme n’a été votée à l’OIT, détaille Sophie Binet, membre du conseil exécutif de la CGT, qui négocie pour tout le collège des travailleurs auprès de l’organisme. L’impact serait fort si une norme sur les violences sexuelles et sexistes, qui s’impose aux États, était votée pour le centenaire de l’organisation internationale. »

« Il faut déconstruire les stéréotypes de genres »

Une première bataille a été menée l’an dernier pour l’imposer à l’ordre du jour. Et malgré un patronat très combatif et opposé à l’élaboration de cette norme contraignante, le texte final sera débattu en juin entre les trois collèges représentant syndicats, patronat et gouvernements. Au-delà du monde du travail, l’enjeu est de couvrir aussi les victimes de violences domestiques.

« En Australie après un dépôt de plainte, rappelle Sophie Binet, les femmes victimes de violences conjugales ont obtenu quinze jours de congés payés pour mettre en place leur protection et sauvegarder leur droit au travail. » Une grande manifestation est prévue à Genève le 19 juin et Suisses et Suissesses appellent à une grande grève pour le droit des femmes le 14 mai.

« Il faut déconstruire les stéréotypes de genres que nous avons intégrés, explique Cécile Gondard-Lalanne, de Solidaires. Dans tout notre quotidien de vie de femmes. Pour cela, nous avons des outils de droit, des livrets écrits par nos syndicats comme support, des collectifs mis en place. »

Les organisations doivent aussi se remettre en question, comme plusieurs militantes l’ont souligné avec vigueur dans l’assemblée. « Femme, ­travailleuse et syndicaliste : c’est parfois la triple peine, a exposé ainsi une syndicaliste. Il est difficile de dénoncer la violence dans nos organisations, qui reflètent la société. On culpabilise les victimes, les accusant de tacher le syndicat. »

Mais pour l’avocate de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail Élodie Tuaillon-Hibon, la réponse est simple : « Il faut porter la question dans les organisations syndicales sur le plan moral. C’est l’homme agresseur qui met l’organisation syndicale en péril. » L’intersyndicale Femmes veut multiplier les rencontres sur ces questions, en créant des solidarités transverses avec les chercheurs et chercheuses, les femmes migrantes, les organisations étrangères… « L’action féministe passe par la constitution d’un réseau féministe », a conclu avec évidence Cécile ­Gondard-Lalanne.

Kareen Janselme

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Maurice Ulrich Contribution

C’est en page trois du très chic M, le magazine du Monde, le journal : une jeune femme jambes nues, largement écartées avec juste les mains croisées devant le sexe

C’est en page trois du très chic M, le magazine du Monde, le journal : une jeune femme jambes nues, largement écartées avec juste les mains croisées devant le sexe, avec des lunettes et une veste noires, une cravate lavallière blanche. Elle a les fesses sur du marbre à côté d’une pendule genre second Empire.

Qu’est-ce qu’elle fait là, le cul sur la commode ? Rien. C’est une pub Saint Laurent. Ses concepteurs pensent sans doute que c’est de l’érotisme. Ça s’adresse à qui ?

Ça se veut provocant, ça se pense audacieux.

Ce n’est que bête, vulgaire et obscène.

Déjà en 2017, deux affiches d’une nouvelle campagne Saint Laurent à Paris avaient joué sur le même registre. Sur l’une, une femme apparaissait déjà jambes ouvertes en talons et collants résilles. Sur l’autre, une jeune femme avec des talons aiguilles sur des patins à roulettes était penchée sur un tabouret dans une position assez explicite. La maison avait dû retirer ses affiches, mais elle récidive. C’est sa contribution à la lutte contre le harcèlement et pour la liberté des femmes.

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Autre insanité : C’est le riche qui pollue

Intéressante enquête du CREDOC (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) intitulée « Consommation durable : l’engagement de façade des classes supérieures », publiée à la mi-mars. En clair, plus on est riche, plus on est au courant des enjeux écologiques et plus on pollue ! « Il y a un fort décalage entre les discours très théoriques sur la planète et la réalité des pratiques » dit l’étude. L’impact d’un consommateur sur l’environnement, son « empreinte écologique », notamment à travers ses émissions de gaz à effet de serre, dépend du revenu et des diplômes : plus la personne est riche et diplômé (CSP+), plus son score d’empreinte écologique est élevé.

Le privilégié, souvent le mieux au fait des enjeux environnementaux, est en même temps celui qui pollue le plus. Il a beau se procurer ses poireaux bios et freiner sur la viande, il accumule les équipements numériques gourmands en énergie -et polluants, et ils multiplient les voyages en avion (un AR Paris-New York égale la consommation annuelle en chauffage d’une personne). Dernier enseignement de l’enquête : plus on est positionné à gauche, plus la conscience écologique est forte, plus on va vers le FN, plus elle chute.

Gérard Streiff

 

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