JULIEN LAUPRÊTRE, LE PRÉSIDENT DU SECOURS POPULAIRE EST DÉCÉDÉ

Le Secrétariat national du Secours populaire et la famille ont annoncé ce vendredi matin le décès de Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, à 93 ans.

Hommage à Julien Lauprêtre, président du Secours populaire - voir la vidéo 1h30

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Communiqué du Secours Populaire Français.

Le Secrétariat national du Secours populaire et la famille ont l’immense tristesse d’annoncer le décès de Julien Lauprêtre, Président du Secours populaire français, survenu à 93 ans, dans un hôpital parisien des suites d’une chute pour laquelle il avait été hospitalisé.

Plus qu’un Président, c’est un ami que tous les membres du Secours populaire ont perdu aujourd’hui. Julien se présentait toujours comme « bénévole à Paris ». C’est vrai qu’il n’était pas un Président ordinaire. Sa porte et son écoute étaient ouvertes à tous, sans distinction, à n’importe quel moment de la journée. Une humanité, une simplicité et une sincérité qui allaient droit au coeur des 80 000 bénévoles de l’Association.

Julien aimait répéter : « La solidarité ne règle pas tout, mais pour celles et ceux qui la reçoivent, elle est irremplaçable. » Et il ajoutait aussitôt cette phrase d’Henri Barbusse : « La solidarité, ce ne sont pas des mots, mais des actes. » Toute sa vie, Julien a refusé l’inacceptable, la pauvreté, l’injustice. Toute sa vie a été orientée vers les autres. Il a fait de la solidarité son combat quotidien, et du Secours populaire, un grand mouvement de solidarité populaire.

Dès son arrivée en 1954, Julien et un petit groupe d’hommes et de femmes vont faire du Secours populaire, l’une des plus importantes associations de solidarité de notre pays. Très vite, il a compris que l’association avait tout à gagner à se recentrer sur son rôle d’association de solidarité plutôt que d’intervenir sur le champ politique. Il en a fait une association rassemblant toutes les bonnes volontés pour que se développe une solidarité populaire indépendante des pouvoirs établis, qu’ils soient publics ou privés, philosophiques, confessionnels, politiques ou syndicaux.

Au Secours populaire, nous sommes quotidiennement les témoins de ceux qui vivent un véritable parcours du combattant pour régler leurs factures, faire trois repas décents par jour, se soigner… Nous sommes aussi les témoins, avec nos partenaires dans le Monde, des situations des enfants, des femmes, des hommes qui luttent pour survivre. La pauvreté est là. Elle ne recule pas. Elle s’aggrave.

Avec une ténacité incroyable, Julien a fait front pour ne pas laisser la désespérance prospérer. Il a sillonné le monde, fait le tour de notre pays pour mobiliser les bénévoles à agir sans relâche pour les personnes dans la précarité, et sensibilisé les dirigeants à la lutte contre la pauvreté en France, en Europe et dans le Monde.

Il avait aussi à coeur d’offrir aux enfants l’opportunité de prendre la parole, d’agir, de s’organiser. C’est ainsi qu’est né en 1992 le mouvement d’enfants bénévoles au Secours populaire, les « copains du Monde ».

Il a consacré sa vie pour que celles et ceux qui n’ont rien, ou si peu, relèvent la tête et soient plus forts pour s’en sortir grâce à la solidarité, dans une démarche d’égal à égal entre celui et donne et celui qui reçoit.

Aujourd’hui, les membres du Secours populaire sont plus que résolus à continuer son combat pour faire triompher l’entraide et la solidarité et faire reculer la pauvreté et l’exclusion.

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''Solidarité, le sens d'une vie'', appel à souscription - voir la vidéo 5'

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le site du Secours Populaire :

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Fête de l'Humanité. Julien Lauprêtre : "La fraternité est l'ambition du secours populaire" - vidéo 4'"

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Avec Julien Lauprêtre, disparaît une grande figure du combat pour la justice et la dignité.

Parce qu’il avait chevillé au corps, depuis son plus jeune âge, le principe de fraternité proclamé par notre République, Julien Lauprêtre aura consacré l’essentiel de sa vie à l’animation du Secours populaire, dont il sera devenu la figure centrale depuis 60 ans.

C’est sous son impulsion que l’association sera devenue l’un des principaux recours des oubliés et des victimes d’un système capitaliste qui reproduit en permanence ses insupportables privilèges et inégalités. C’est aussi grâce à lui qu’elle sera devenue, en 1985, un « Établissement d’utilité publique ». Et c’est encore grâce à son inépuisable énergie qu’elle se sera toujours placée en première ligne des actions de solidarité avec celles et ceux qui affrontent les humiliations du quotidien comme les grandes tragédies humaines, des résistants espagnols à la dictature de Franco aux opposants chiliens au général Pinochet, du peuple vietnamien écrasé par la plus puissante armée du monde aux populations de Palestine sous les bombes, des enfants victimes du SIDA aux rescapés des grandes catastrophes naturelles.

Avec Julien Lauprêtre, le Secours Populaire aura inscrit tous ses engagements sous le mot d’ordre : « Nos vies s’appellent solidarité. » Il avait coutume d’invoquer les « nouvelles résistances » qu’il convenait d’organiser, et les plaçait dans la continuité du programme du Conseil national de la Résistance. À l’occasion du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, il avait même lancé une campagne autour de « nouveaux cahiers de doléances », initiative quoi prend de nos jours une singulière résonance.

Aujourd’hui, dans un monde en convulsions, la précarité et la misère saccagent d’innombrables vies, l’accès aux droits fondamentaux comme à la culture n’est plus garanti pour des dizaines de millions d’êtres humains, les libertés fondamentales sont remises en questions dans de très nombreux pays, l’humanité se voit mise en péril p,ar le dérèglement climatique. Jamais nous n’aurons eu autant besoin de cette vision plaçant l’Humain au cœur des politiques publiques. Les familles qui, chaque année dans notre pays, auront connu pour un court moment le bonheur des vacances, peuvent en témoigner.

Les communistes ne sauraient, au demeurant, oublier que Julien Lauprêtre aura fait ses premiers pas militants dans les rangs du PCF. Fils de cheminot communiste et syndicaliste CGT, lui-même tailleur de glace, il rejoindra la Résistance aux heures les plus noires de l’Occupation. Il intégrera alors le réseau clandestin de la Jeunesse communiste, sera arrêté en 1943, et partagera la cellule de Missak Manouchian, figure emblématique de l’Affiche rouge et de la Main-d’œuvre immigrée. Cela le marquera pour le reste de son existence et l’amènera, après la Libération, à devenir l’un des responsables nationaux de la JC puis du Parti communiste français. Il sera ainsi, trente ans durant, membre de son comité central. Bien qu’ayant décidé de se consacrer exclusivement aux activités du Secours populaire, après 2000, il se retrouvera encore très souvent à nos côtés dans le combat sans cesse renouvelé en faveur d’un autre avenir pour l’humanité. Il était ainsi venu faire partager aux membres du conseil national sa grande inquiétude devant la gravité de la situation des droits humains fondamentaux en France et dans le monde.

Aujourd’hui, tous les humanistes, tous les progressistes se sentent orphelins. Julien Lauprêtre restera pour chacun et chacune un exemple de courage, d’humanité et de détermination. Il va terriblement manquer à l’action contre l’ordre absurde de notre société.

Au nom du Parti communiste français, j’adresse mes condoléances émues à ses quatre enfants et à sa famille. Et je veux assurer ses proches, ses amis du Secours populaire, de toute notre affection et de notre solidarité.

FABIEN ROUSSEL, secrétaire national du PCF

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Solidarité, le sens d’une vie, le film sur la vie de Julien Lauprêtre

Vendredi, 26 Avril, 2019 -Caroline Constant

Laurence Karsznia et Mourad Laffite ont rencontré Julien Lauprêtre en 2013, dans le cadre d’un film sur la Résistance des jeunes Parisiens. Ils ne se sont pas lâchés.

C’était un vendredi soir, en 2013. Laurence Karsznia et Mourad Laffite terminaient le montage de leur film « Les FTP-MOI dans la Résistance », en regrettant un tantinet de ne pas avoir eu l’occasion de rencontrer Julien Lauprêtre, le président du Secours Populaire Français. Mourad a tenté, sans trop y croire, de joindre le vieux monsieur à son poste, dans les locaux de son association. Et, oh miracle, il l’a eu en ligne « en moins de cinq minutes ». « Tu passes boire un pot lundi ? », a lancé Julien à Mourad. Laurence et Mourad se sont rendus à l’invitation. Et Julien est entré dans leur vie, tout simplement. C’est une histoire d’amitié, mais aussi une histoire de valeurs communes, d’humanité et de résistance, que la leur. Qui a débouché sur un film, en 2017, « Solidarité, le sens d’une vie », dont le président du SPF est le sujet.

À la projection, Julien Lauprêtre a été ému jusqu’aux larmes

En rencontrant Julien Lauprêtre, en 2013, les deux réalisateurs avaient déjà en tête leur film suivant, « Une jeunesse parisienne en résistance ». « Julien, tu prends contact avec lui, tu as deux trois valeurs communes… et il t’embarque », raconte Laurence Karsznia. « Nous, il nous embarque avec lui au Secours Populaire ». Du coup, pendant des mois, Mourad et Laurence l’ont suivi « chez lui, au secours populaire, en déplacement », dit Laurence. « Et même en vacances », ajoute Mourad. Cette complicité a donné naissance à un film de soutien sur le Secours Populaire, « les vacances, c’est pas du luxe, c’est un droit ». Et, forcément, est montée l’idée de réaliser un portrait de Julien Lauprêtre. « Au départ, Julien n’était pas d’accord », se souvient Laurence Karsznia. « Il n’aimait pas l’idée qu’on parle de lui. Il était vraiment dans une dynamique où nous devons avancer tous ensemble, collectivement. Il a fini par accepter, quand nous lui avons confirmé qu’il y aurait dans ce film sa famille, ses amis, ses camarades ». Il leur facilite même le travail en leur ouvrant son carnet d’adresses. Sans pour autant lâcher sur son exigence. Au final, lors de la projection, à la Fête de l’Humanité, en 2017, Julien Lauprêtre a été ému jusqu’aux larmes. « Et il s’est beaucoup battu pour ce film », assure Laurence.

Et c’est vrai que c’est un très beau témoignage, en même temps qu’un portrait d’un homme qui s’est battu, de ses prises de conscience successives pendant la période de l’Occupation, à ses combats au SPF et au parti communiste.

Julien Lauprêtre a été préoccupé par le sort de l'Humanité toute sa vie

Laurence Karznia comme Mourad Laffite insistent aussi sur le rapport au journal de Jaurès de Julien Lauprêtre. « Ça remonte à très loin : A son mariage, son père fatigué est rentré chez lui… parce qu’il n’avait pas lu l’Huma du jour », sourit Laurence. Et Julien Lauprêtre a été préoccupé par le sort du journal toute sa vie. « Il m’a confié, dans toute son existence, n’avoir loupé que deux ou trois fêtes de l’Humanité », explique Mourad Laffite. Et, le 22 février dernier, empêché de venir à la fête de soutien au journal, à Montreuil, il lui exprimait sa crainte pour l’avenir du titre, et son espoir de pouvoir retourner sur la Fête, justement. « À soixante mètres de chez lui, dit Mourad, il y a un buraliste qui n’a qu’un seul exemplaire de l’Huma. Pour Julien. Depuis quelques jours, il doit être tout seul… »

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