Les masques, et les prémisses de la Révolution

Ce papier n'a pas vocation à dire à qui que ce soit ce qu'il a à faire. C'est tout le contraire. Mais la désobéissance est un art et elle n'a de sens que si elle est liée à une réflexion collective, et à un idéal qui en découle. Il n'y a pas d'idéal à faire le "rebelle" en sortant pour tout et n'importe quoi. Il y en a un à ne pas vouloir « être les complices de ce qui nous fait souffrir ».

« Il faut porter le masque ».

« Non mais en vrai, on s'en fout »!

« Non en fait, le masque sera nécessaire quand il sera obligatoire ».

« Mais vous devez quand même le porter maintenant ».

« Mais des masques, y en a pas ».

« Enfin, en fait y en a, mais je veux pas vous les donner, nah ».

« Mais moi je sais pas coudre ».

« Et ben, tu regardes TF1, tu appelles un jeune esclave qui viendra te livrer en vélo et tu attends gentiment que papa t'autorise à nouveau à sortir... ou pas. Ça dépend si t'es sage ».

 Oui, il faut croire qu'on n’a pas été sages, parce que papa il est en roule libre là, et ça pique. Alors soyons clair, je ne vais pas vous prendre la tête avec le masque, quoique la tentation soit forte, mais je préfère vous parler de la stratégie politique gouvernementale. Non, pardon je ne voulais pas vous faire rire. Disons plutôt l'ingérence totalitaire et criminelle gouvernementale. On prend un virus meurtrier à la gueule, papa nous dit qu'il s'occupe de tout alors même qu'il y a quelques mois il tapait sur la tronche des soignant.e.s et qu'il comprend un beignet à toute cette merde, et nous on râle parce qu'on a pas de masque. Ou pire, on s'en branle.

 Bon, en vrai moi cette douce « râlerie » à la française, elle me plait bien. J'aurais même tendance à la pratiquer avec talent. Mais après... Jusqu'à quand allons-nous râler ? Parce que tant qu'on râle, on supporte. Et tant qu'on supporte, on accepte. Et donc on cautionne.

Que ce soit par incompétence ou pour toute autre raison, le gouvernement nous met en danger et nous ne devons pas l'accepter. Macron prend le contrôle sur les masques et c'est criminel. Les pharmacien.e.s n'ont pas le droit de vendre des masques car le gouvernement veut en contrôler la distribution. Rendons-nous compte de l'ampleur de ce type de décisions gouvernementales. C'est clairement une gestion paternaliste et totalitaire.

Nous ne devons pas accepter ça. Nous avons le devoir de réagir face à la terreur. Nous devons faire preuve de réflexion collective. Papa nous dit que c'est la guerre et qu'il refuse de nous armer, et on devrait rester comme ça les bras croisés ? Nous ne pouvons pas nous contenter de le regarder faire. C'est notre devoir de citoyens de réfléchir à la place des meurtriers qui nous servent d'hommes politiques.

 Le Corona, qui a tout de même pris soin d'avoir un petit nom sympathique, est impossible à maîtriser, ni encore moins à éradiquer. On est à peu près tous d'accord avec ça. Bon, sauf certains « complotistes », mais je n'ai qu'une seule page.

 Alors soyons clairs, je ne vais pas vous prendre la tête avec la réduction des risques liés à la contamination du virus, quoique la tentation soit forte, mais je veux quand même défendre l'idée selon laquelle plus on réduit les risques de contamination, moins on est malade, et donc moins il y a de morts. Parce que même si ce n'est pas toi qui meurt, ben c'est des morts quand même. D'autant que rien ne nous certifie que ce ne sera pas toi. Non, moi c'est pas possible, j'ai une barbe bionique.

 Ce que je veux dire par là, c'est que la logique nous porte nécessairement à comprendre que chaque geste barrière est utile. Oui, moi aussi j'en ai plein le cul de ces deux mots qui ne nous quittent pas d'un millimètre, ou d'un mètre plutôt, ou deux d'ailleurs, c'était pas quatre... oh merde ! Bref, porter un masque est utile, autant que de garder ses distances et tout le bordel qui va avec. Et si papa ne te donne pas de masque, tu peux aussi trouver des solutions et t'en fabriquer un ou t'en faire fabriquer un. Ce qui ne doit pas t'empêcher de râler hein, non ça tu gardes.

 Au-delà du masque, nous sommes face à une situation inédite pour tout le monde et tout le monde peut écouter un spécialiste et se faire son idée. Et s'émanciper de papa. « Jeunesse lève-toi », dirait Damien Saez. Ça tombe bien, c'est vous les moins malades. « Indignez-vous » aurait dit Stéphane Hessel. Et si l'indignation commençait par la fabrication de son masque ? Le masque comme symbole de la guerre de l'autre guignol. Comme une arme de guerre. Portons des masques comme on balancerait des pavés. Plus vite on se protègera tout seuls, plus vite on sortira de cette merde. Et plus vite on sortira les pavés, pour le coup !

 Et puis c'est quoi ton problème avec le masque en vrai ? Ok, c'est pas ultra esthétique, mais ça sauve des vies quand même. Viens, on dirait que c'est important. Et puis je sais pas, moi, Zorro, Batman, Spider man, Superman (si, si, la mèche ça compte), ils ont des masques. Tu serais un peu comme un super héros révolutionnaire. C'est classe ça non? Oui, alors c'est sûr, mettre un masque quand on porte un message, symboliquement, c'est pas top. On comprend moins bien, c'est vrai. Mais qu'est-ce que tu veux, on postillonne, on postillonne, j'y peux rien moi.

 Bon, mais malgré ce ton un poil provocateur et donneur de leçon et le fait que j'ai menti en vous faisant croire que je ne vous prendrais pas la tête avec le masque, ce papier n'a pas vocation à dire à qui que ce soit ce qu'il a à faire. C'est tout le contraire. Mais la désobéissance est un art et elle n'a de sens que si elle est liée à une réflexion collective et à un idéal qui en découle. Il n'y a aucun idéal à faire le pseudo rebelle en sortant pour tout et n'importe quoi comme on désobéit à papa quand on est gosse. Il y en a un à ne pas vouloir « être les complices de ce qui nous fait souffrir »*. C'est les prémices mêmes de la Révolution.

 Le système nous fait souffrir aujourd'hui plus que jamais, alors levons-nous, indignons-nous, détachons-nous, débrouillons-nous, unissons-nous, et tout plein d'autres trucs en nous. Mais par pitié, masquons-nous bordel !

 Vive la Révolution...

Un article de Kawalight, travailleur social en prévention des risques.

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 * Xavier Renou, Désobéïr, le petit manuel.

Photo : Mahault Photo : Mahault

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