Ennemi de la France blanche

L'info est tombée ce week-end. Une confirmation officielle diffusée sur une chaîne de télé française. Même si on me le répète depuis des décennies que je suis un ennemi de la France. Quasiment à chaque élection. Et déflagration. Comment m'a-t-on repéré ? C'est écrit noir sur noir sur mon histoire. Une histoire pas très claire depuis la maternité. À cause du teint olivâtre ?

        

Eparpillé façon puzzle - Les Tontons Flingueurs - Répliques cultes - Bernard Blier © AgoraVoxFrance

 

                L'info est tombée ce week-end. Une confirmation officielle diffusée sur une chaîne de télé française.Même si on me le répète depuis des décennies. Quasiment à chaque élection. Et déflagration. Comment m'a-t-on repéré ? C'est écrit noir sur noir sur mon histoire. Certes une histoire pas très claire depuis le départ. Comme vient de me le rappeler une chaîne de télévision française. Plusieurs individus en tribune, bien vêtus et avec une langue soutenue, m'ont désigné à mots ouverts à la vindicte populaire. Parmi cet aréopage cathodique  un tribun fort fébrile au micro. Il a  aussi étrangement une tête d'ennemi public de Sa chère France blanche. Son visage est tendu. Visiblement très inquiet de l'avenir du mâle blanc. Sa virulence serait-elle liée à son teint olivâtre- comme on écrivait jadis dans les romans ? Sans doute que ses parents ne sont pas nés à Passy ou Drancy. Contrairement à leur enfant venu au monde à Montreuil ( 93). Une maternité où je voyais le jour quelques années plus tard. Elle est devenue désormais une Ehpad. L'un de nous deux y finira-t-il ses jours ? En espérant que sa direction accepte les vieux métèques.

          Mon cas a été réglé en direct. L'homme à abattre c'est moi. Fuir ? Où ? Partout ailleurs les mêmes idées brunes. Ou leurs sœurs jumelles avec barbe intégriste. Coincé entre deux obscurantismes. Faire comme si de rien n'était. Pas facile. De plus ça use son citoyen d'être un ennemi au quotidien. Même dans son miroir. Ma face est un délit à elle toute seule. En plus, j'ai le toupet de la promener dans les rues. Parfois même de l'installer à une terrasse de café et regarder le temps passer. Que faire ? Rester enfermé à domicile ? Me déguiser en white face ? Ma marge de manœuvre se rétrécit de plus en plus. Mais nulle envie de raser les murs et baisser la tête. Jouer à cache cache dans un pays que j'aime beaucoup. Bien que, de loin en loin, il m'agace. Qui aime bien châtie bien. Mais on me pousse à partir de ce pays. Paraît que ma présence pollue la douce France.

        Quitter mon épouse au doux prénom de la République ? Saluer mes deux gosses sur le quai d'une gare ? Moins typés et avec prénoms non polluants, ils peuvent passer à travers les mailles du filet. Combien de temps encore ? Comment leur expliquer que je suis tricard dans ma patrie natale ? Quelques transports non payés dans ma jeunesse. Parfois des excès de houblon et autres cépages de comptoir. Plus ma part de connerie naturelle et de mauvaise foi. Athée jusqu'au bout des ongles. Un adepte de rire de tout et de moi. Mais sans bac, ni permis de conduire. Incapable de réussir à être mis en examen. Bref: un loser en terme de délits. Si ce n'est celui de passer mon temps à noircir des pages blanches. Et en plus à y trouver du plaisir. Comme si mon histoire n'était pas assez sombre. Série noire tendance olivâtre ?

       Nous sommes des millions d'ennemis de la France blanche. Certains, les plus dans le viseur, se trouvent en réalité dans des situations nettement moins enviables que la mienne. Ils sont les ennemis à abattre en priorité. Cela va être un gros boulot de tous nous rassembler. Pas en terme de stockage. De grands stades et des Zénith peuvent nous accueillir avant notre départ forcé. Mais attention: d'aucuns se camouflent derrière des croisements. Jusqu'à parler trop bien la langue française pour être honnête. De vrais espions, taupes au service du grand remplacement, qu'il faudra démasquer. Pour nous étiqueter, il suffira de reprendre la fameuse main jaune. Une main qui avait commencé à faire le tri. Ne vous restera plus qu'à nous éparpiller façon pulzze. Nettoyer le pays de toutes les pièces rapportées. Venues de tribus lointaines. Des pièces ennemies de la France.

       Pour conclure, une petite annonce aux gendarmes susceptibles d'intervenir dans une éventuelle opération " façon pulzze ". Nul besoin de perdre votre temps à détruire ma porte ou dégainer vos armes. Il suffira de frapper. Comme tout bon citoyen, j'ouvrirais bien entendu aux représentants de l'ordre ( nouveau? ). Mais en étant armé. Une arme de poing.

      Un Bic quatre couleurs.

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